Collectionneurs
et découvreurs d'art
brut
Plus
encore que dans n'importe quel autre domaine, les découvreurs
et collectionneurs ont un rôle crucial dans le milieu
de l'art brut. Il s'agit souvent de praticiens, psychiatres
ou psychanalystes qui "découvrent" des
patients (voir à ce sujet l'interview
de Jean-François
Kaiser, de la galerie Strasbourgeoise Ritsch-Fisch);
ces collections exclusives peuvent faire l'objet d'échanges
entre médecins.
Des artistes collectionneurs, parfois découvreurs (c'est
le cas de Dubuffet, mais aussi de Nathan Lerner avec Darger,
ou de Charles Shannon avec Bill Traylor), possèdent
aussi des œuvres souvent liées à leurs pratiques.
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Alain et Caroline Bourbonnais
Alain Bourdonnais, architecte, est aussi un récolteur d'objets,
artiste, bricoleur et passionné d'art forain, populaire
ou brut depuis le début des années 60. En 1972, après
avoir contacté Jean Dubuffet, il crée une galerie ("l’Atelier
Jacob "). En 1983 il décide d'ouvrir au public La Fabuloserie,
lieu qu'il a lui-même restauré, à Dicy, dans
l'Yonne, et d'y présenter sa collection, dont le manège
de Petit Pierre. A la mort d'Alain Bourdonnais en 1988 c'est sa
femme Caroline qui perpétue la collection et continue à gérer
La
Fabuloserie.
Bruno Decharme
Réalisateur de film publicitaires et de documentaires, Bruno
Decharme s'est constitué une collection d'environ 1500 œuvres
d'art brut. En 1999, il crée avec sa compagne Barbara Safarova
ABCD - Art Brut Connaissance & diffusion, "une association
française à vocation internationale, qui a pour objectif
la recherche, l'étude et la diffusion de l'art brut à travers
des expositions, des publications et des productions audiovisuelles".
En 2000 sort chez Acte Sud "abcd - une collection d'art brut",
ouvrage de référence reproduisant environ 300 œuvres
extraites de cette collection. En 2004, première grande exposition
au pavillon des Arts à Paris : " A corps perdu" rassemble plus
de deux cent cinquante oeuvres.
Jean Dubuffet
Jean Dubuffet a lui-même un parcours un peu atypique ; marchand
de vin, puis peintre, musicien et écrivain-critique, c'est
un violent défenseur des expressions créatrices "spontanées".
En 1945, il "invente" le terme "art brut",
ces réalisations créées par des "personnes
obscures, étrangères aux milieux artistiques professionnels".
Trois ans plus tard, il crée avec Breton (qui, comme Ernst,
s'est toujours intéressé aux productions hors norme
de ce type) et Tapiès la Compagnie de l'Art Brut. En 1968
paraît aux éditions de Minuit "Asphyxiante culture" où il
réaffirme ses positions. Polémique, il offrira sa
collection d'art brut à la ville de Lausanne en 1975. Considéré comme
le "père" de l'art brut, découvreur de grandes
figures, il sera à l'origine
de nombreuses vocations et de la reconnaissance de l'art brut,
mais entretiendra aussi une certaine confusion en reprenant dans
sa propre pratique d'artiste quelques concepts liés à l'art
brut.
Cérès Franco
Installée depuis les années soixante à Paris,
Cérès Franco expose à l'origine des œuvres
naïves de son pays natal, le Brésil. Une des premières à ouvrir
une galerie à Beaubourg en 1972, elle y présente des "talents
singuliers" sans se limiter à un domaine précis,
réducteur. Depuis 1988 rassemblée dans l'ancien
Casino de Lagrasse, sa vaste collection a été présentée à plusieurs
occasions, notamment à la très récente manifestation "Désirs
bruts"
Nathan Lerner
Photographe issu du Bauhaus, designer au Chicago Institute of Design,
Nathan Lerner était en outre le propriétaire d'un
modeste appartement loué à un certain Henry Darger.
En 1973, au départ de celui-ci pour une maison de retraite,
sa femme Kiyoko découvre l'œuvre de celui qui sera
considéré une des plus grande figure de l'art brut
: feuillets, écrits, dessins, découpages, collages,
près de cinquante ans d'activité dont une pièce
maîtresse, "The Story of the Vivian Girls". Le
couple Lerner entreprend alors de photographier, cataloguer et
promouvoir cette œuvre qui sera exposée pour la première
fois au Hyde Park Art Center en 1977. Deux ans plus tard, les
Lerner commençaient à vendre des pièces
de cette collection. A la mort de Nathan en 1997, c'est sa femme
Kiyoko qui gère les droits et qui lègue en 2000,
après de longues tractations, un nombre considérable
d'œuvres au Museum
of American Folk Art de New York.
Madeleine Lommel
En 1983, Madeleine Lommel crée avec Michel Nedjar
et Claire Teller la
fondation l'Aracine, qui rassemble sa collection personnelle
et est censée
compenser la donation faite par Dubuffet à la Suisse. D'abord à Neuilly-sur-Marne,
cette collection est confiée en 1996 au Musée
d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq, contre" la garantie
que la collection prendrait place dans un bâtiment spécifique".
Présentée actuellement sous la forme d'expositions
temporaires, elle attend la fin de l'extension du Musée pour
s'y implanter définitivement.
Leo Navratil
Médecin psychiatre, Leo Navratil
s'intéresse aux travaux de Morgenthaler (qui s'occupa de Wölfli),
Prinzhorm (voir ci-dessous) et entretien des relations avec Thévoz et Dubuffet.
En 1965, il écrit "Schizophrenie und kunst". Il développe à partir
du
milieu
des années
70
une
théorie (le "state bound") et, influencé par les travaux
de Karen Machover
et l'antipsychiatrie, il
fonde
en
1981
la
"Maison
des
artistes" dans le complexe psychiatrique
de Klosterneuburg
où il travaille.
Gugging (près de Vienne en Autriche) est
un
lieu
à
part,
où
les patients sont considérés comme de futurs potentiels artistes et non comme
des
déracinés à réinsérer dans la société. De fait, quelques-uns des "pensionnaires"
de Gugging font désormais parti des grandes collections d'art brut : c'est le
cas de Max, d'August Walla ou de Johann Hauser.
Hans Prinzhorn
Assistant à la
clinique psychiatrique de l'université d'Heidelberg à partir
de 1919, Hans Prinzhorn est chargé par le chef du département,
Karl Wilmanns, d'étoffer un fonds modeste mais existant
de "travaux artistiques" réalisés par des
patients. Ce type de collection existait déjà dans
d'autres cliniques mais, hormis le psychiatre Paul Meunier qui
dès 1907 publiait (sous le pseudonyme de Marcel Réja) "L'art
chez les fous", aucune n'intégrait une approches esthétique.
Au total, environ
6.000 dessins, collages ou sculptures seront rassemblés à partir
de fonds provenant de toute l'Europe.
Il publie en 1922 un ouvrage ("Bildnerei der Geisteskranken")
où il fait un parallèle avec les œuvres d'enfants,
de "primitifs" mais aussi d'artistes contemporains. Acclamé par
les artistes, son ouvrage sera froidement accueilli dans le milieu
de la psychiatrie et de la psychanalyse. Malheureux en amour comme
dans sa carrière professionnelle, il adhère en 1932
au National Socialisme allemand. Il meurt l'année suivante
d'une infection.
Arnulf Rainer
Peintre viennois de stature internationale, Arnulf Rainer s'inspire
dans son travail des œuvres d'autres artistes qu'il manipule,
transforme, adapte. C'est dans ce cadre qu'il se constitue une
des plus belle collection d'Europe. Un catalogue a été réalisé par le
musée De Stadshof (Zwolle, Pays-Bas)
Jean-Pierre
Ritsch - Fisch
Initié à la peinture par son professeur de philosophie
durant ses études en Suisse, Jean-Pierre Ritsch - Fisch
se constitue une collection d'art contemporain de qualité,
remarquée lors de l'exposition "passion privée" du
Musée d'Art Moderne de le Ville de Paris. Il ouvre en 1996
une galerie à Strasbourg, exclusivement dédiée à l'art
brut et participe depuis à tous les grands salons internationaux
liés à l'art brut.
Charles Shannon
Jeune peintre et photographe, membre du
mouvement local ("the New South"), Charles Shannon découvre
au printemps 1939 sur un trottoir de Monroe Street, à Montgomery
(Alabama) un certain Bill Traylor.
Fasciné par ce vagabond-dessinateur,
il lui offrira son soutien moral et financier, lui rendant souvent
visite et lui fournissant du matériel. L'année suivante,
il organise dans la ville une exposition dont il signe aussi le
catalogue et en 1942 se rend à New-York où il fait
connaître auprès de ses amis l'œuvre de Traylor.
Contacté par le Museum of Modern Art, il déclinera
la proposition d'achat, jugeant la somme trop basse et le ton trop
hautain. Possesseurs de plus de 1.000 dessins, capables d'identifier
des personnages représentés par Bill Traylor, de
dater ses dessins, Charles Shannon et sa femme Eugenia entament à la
mort de l'artiste phare du "Black folk art" en 1947 la
rédaction d'un catalogue de son œuvre.
Jean Tinguely
Artiste célèbre, Jean Tinguely
fut toujours très attentif aux productions d'art brut, qu'il
a collectionné depuis les années cinquante. Visiteur
coutumier du Musée d'art brut de Lausanne, il avait l'habitude,
lors de ses expositions à Milan, de passer à Laveno
pour y acquérir des œuvres de Podestà dont il
fut un des plus important collectionneur. A la mort de Tinguely en
1991,
c'est sa compagne Niki de Saint Phalle qui hérite des œuvres.
Elle les offrira en 2001 à l’Etat de Fribourg .
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