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DE VISU > La villa dans l' oeuvre de Robert Mallet-Stevens
Guimard et Mallet-Stevens, une génération d' écart
 

Vingt ans seulement les séparent, mais Mallet-Stevens et Guimard sont éloignés par bien plus que des années ; la Grande Guerre, terreau de toutes les désillusions et fondement d' une certaine modernité. La volupté des courbes de Guimard doit-elle pour autant être opposée au raffinement un peu glacé de Mallet-Stevens ?...

En 1927-28, Hector Guimard réalise son dernier immeuble parisien. Il s' agit de ce bâtiment situé au 36-38 de la rue Greuze : le souvenir du style qui fit la célébrité de l' architecte n' est plus visible que dans la courbure de l' entrée du numéro 38. Redressant ses lignes, Guimard donne à la façade un air qui se veut moderne mais qui, finalement, n' est surtout qu' austère. On est loin des courbes élégantes et sensuelles qui lui valurent les foudres de l' église catholique et qui enrobent les fenêtres de balcons ouvragés et variés, remplacés ici par de maigres rambardes ou par des bow-windows...

A quelques centaines de mètres de là, en juillet 1927, la rue Mallet-Stevens venait d' être inaugurée. Ici, les bâtiments répondent à ce que certains appellent l' architecture "modern swing" : chacun de ces cinq hôtels particuliers est unique mais la similitude des matériaux et des formes cubiques, encastrées selon des règles personnalisées, donnent à l' ensemble une harmonie cohérente. Guévrékian, Barillet et Prouvé contribuent à donner à chacune de ces bâtisses un caractère propre et tissent aussi les liens qui les unissent. Digne représentant de cette nouvelle génération d' architectes et de décorateurs, Robert Mallet-Stevens décide cette même année de rassembler les jeunes créateurs en délicatesse avec la Société des Artistes Décorateurs, projet qu' il réalisera deux ans plus tard avec l' UAM.

Ces deux grands noms de l' architecture ne sont séparés que de vingt ans seulement ; mais, si Guimard a réalisé ses oeuvres les plus belles avant la Grande Guerre, Mallet-Stevens ne projeta sa première Villa qu' en 1923. Ainsi, plus que deux générations, ce sont deux manières d' entendre l' architecture qui cohabitent vers la fin des années vingt.

Hector Guimard, influencé par Violet-le-Duc, réalise des oeuvres où les principes du gothique sont rajeunis par l' utilisation de techniques et de matériaux industriels. L' acier et la fonte se plient aux aspirations esthétiques qu' elles peuvent enfin exprimer pleinement ; la structure visible devient une ossature élégante, volontiers dissymétrique. Cette architecture, hymne à la nature autant qu' au progrès, est propre à cette manière de voir des premières décennies de l' industrialisation. Comme Jules Verne ou Charles Cros, Guimard considère que les nouveaux matériaux et les inventions qui élargissent considérablement le champ d' action de l' Homme peuvent et doivent être mis au service de la fantaisie, que les rêves d' hier seront la réalité de demain. Hélas, en plus des premiers avions et des nouveaux procédés de reproduction du son et de l' image, c' est la première guerre mondiale qui modifie profondément l' existence de millions de personnes. Les rêves sont envolés, l' art nouveau, terme fourre-tout déjà tellement hétéroclite, se meurt. Preuve -sanglante- est faite que progrès ne rime uniquement pas avec amélioration des aspirations des individus.

Si Guimard était "nouveau", adaptant des idées à des procédés contemporains, Robert Mallet-Stevens est un architecte "moderne" qui discerne dans cette transformation du monde une esthétique propre. Comme Guimard, Violet-le-Duc ou Hoffman, il prône l' utilité destinée à améliorer le cadre de vie ainsi que le décloisonnement entre les arts. Mais, loin de Delacroix qui se méfiait des lignes droites parce qu' elles n' existent pas dans la nature, Mallet-Stevens découvre dans les techniques et les outils modernes une beauté abstraite qu' il saura transcrire. Le naturel, source de désenchantement, est évacué au profit des formes utiles où l' ornement n' as pas disparu mais a été adapté aux plans mathématiques, épuré, débarrassé de ce qui, ne faisant plus rêver, devient inutile.

 

 

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La Villa Noailles, première oeuvre
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L' Union des Artistes Modernes
Manifeste de l'UAM
Collaborateurs, amis et inspirateurs...
Portfolio : Hector Guimard en 100 photographies

Plaque de la Villa Flore
Plaque de la Villa Flore (1926)

 

Villa Jassedé  (1893)
Villa Jassedé (1893)

 

Un balcon de l' hôtel Guimard (1909)
Un balcon de l' hôtel Guimard (1909)