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Architecte ayant eu très vite l' occasion de travailler avec les designers les plus talentueux, Robert Mallet-Stevens réalise de nombreux éléments de décoration d' intérieur. Du mobilier aux appliques, son attachement aux arts décoratifs lui valut d' être parfois méjugé par ses confrères. A tort. Il suffit d' observer ses cartons pour les broderies destinées à décorer les chaises Brauer de sa propre maison pour comprendre combien Mallet-Stevens pouvait si habilement passer de l' architecture à la décoration d' intérieur. Au premier abord, on pourrait l' échanger pour le plan d' une des villas qu' il réalisa pour la bourgeoisie de son temps. Similitude des formes, capacité d' adaptation, volonté de continuité et sens des matériaux sont aussi tangibles que transposables. Peut-être faut-il rappeler que Mallet-Stevens fut décorateur pour le cinéma (le premier en France, dit-on) pour expliquer comment il a pu si intelligemment brouiller les notions d' intérieur et d' extérieur, de "décoratif" et d' "architectural". Cette confusion des genres lui vaut quelques reproches venus des promoteurs les plus corporatistes d' un rationalisme tout-puissant. Pourtant, cette manière de contrôler totalement l' ensemble de l' habitat peut être considérée comme la plus efficace pour optimiser un lieu de vie. Constat d' autant plus évident quand le créateur des objets d' intérieur et l' architecte ne font qu'un... Mais à une époque où rationalisme rime avec hygiènisme, où la lutte quasi-phobique contre la tuberculose privilégie aération, ensoleillement, bannissement des recoins et des éléments ajoutés, ces préoccupations sont plutôt perçues comme un raffinement inutile. C' est une époque et un milieu où, en bref, le mobilier est résolument rattaché au décoratif et le décoratif au superflu. Pour preuve le dénigrement de Siegfried Giedion, fondateur des CIAM (Congrès Internationaux d' Architecture Moderne) et figure très influente de ce qui deviendra le "style international", qui refusa Mallet-Stevens comme délégué de la France au congrès de 1929, trouvant celui-ci justement trop "décoratif". C' est que Robert Mallet-Stevens fit ses premiers pas dans la réalisation de mobilier en s' inspirant de celui qui fut aussi son maître à penser en architecture, Josef Hoffman. Le créateur autrichien, avant de s' imposer avec la réalisation du palais Stoclet à Bruxelles (1905-1911) s' était illustré dans la réalisation de mobiliers et d' aménagements d' intérieur. Mallet-Stevens, comme Hoffman, entretien un rapport privilégié avec des artistes de son temps et multiplie les collaborations hors du cercle habituel des architectes. Les résultats obtenus à Glasgow à la même époque par Mackintosh, combinant industries automatisées et qualités esthétiques l' impressionnent aussi, bien que lui-même ne produira jamais que des séries très limitées. Qu' importe ; il est convaincu désormais qu' il est possible de réaliser des objets du quotidien à la fois fonctionnels et élégants.
C' est bien entendu dans les projets de décoration d' intérieur que cette dimension de l' oeuvre de Mallet-Stevens est la plus tangible. Depuis sa première publication de dessins d' aménagements intérieur ( 1911) à sa dernière réalisation, le restaurant des arts ménagers ( 1939) en passant par le réaménagement de l' hôtel particulier de Mme Rossignol, aujourd'hui disparu, son attention s' est toujours portée sur l' osmose indispensable qui doit lier les éléments occupant un espace et l' espace lui-même. Similitude de formes, de couleurs, de matériaux aussi, comme l' attestent par exemple ses nombreuses collaborations avec Louis Barillet qui réalisa avec lui aussi bien des baies vitrées que des appliques.
Pour le mobilier, Robert Mallet-Stevens se tourne vers les structures tubulaires, dignes étendards de la modernité, fiables et adaptées à une production sérielle. Cependant, le niveau social très élevé de sa clientèle ainsi que ses propres goûts de luxe, sinon de dandy, l' orientent vers la création de meubles en bois -souvent laqués- irréprochablement réalisés en exemplaires uniques ou très limités. Cette quasi-unicité des modèles se justifie aussi par la prise en compte du lieu, unique lui aussi, auquel ils sont destinés. Les lignes sont épurées, les finitions très soignées, les tissus et les motifs qui les recouvrent sont volontiers repris sur d' autres éléments de la pièce, tentures, objets ou murs. C' est cette capacité à décliner son style unique, épuré et raffiné, qui sont à l' origine de ce que certains appellent ses "oeuvres totales". C' est aussi dans ce contexte que Mallet-Stevens fonde à la fin des années vingt l' UAM (Union des Artistes Modernes) afin de réunir ces "artistes en sympathie de tendance et d' esprit".
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