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DE VISU > La villa dans l' oeuvre de Robert Mallet-Stevens
La Villa Noailles, première oeuvre architecturale de Mallet-Stevens
 

Première commande et grandiose réussite, la villa du vicomte et de la vicomtesse de Noailles n' est pas seulement, comme ils le désiraient, "une maison infiniment pratique et simple, où chaque chose serait combinée du point de vue de l' utilité"...

En 1923, Charles et Marie Laure de Noailles reçoivent en cadeau de mariage un terrain d' un hectare et demi situé à Hyères, à quatre kilomètres de la mer. Décidés à y construire rapidement une maison, ils se tournent tout d' abord vers Mies Van der Rohe qui ne pourra se rendre disponible dans les temps. Le Corbusier, sollicité et rencontré, ne fera pas l' affaire ; son peu d' écoute pour les désirs des Noailles et son manque de flexibilité rendent impossible toute entente. Des membres du Bauhaus sont aussi contactés, en vain.
Sous les conseils du directeur du musée des arts décoratifs, les Noailles contactent donc Robert Mallet-Stevens, qu 'ils avaient déjà rencontré par l' intermédiaire d' une relation commune, le cinéaste Marcel L' Herbier. Sans doute refroidis par l' expérience vécue avec Le Corbusier, ils se montrent très directifs sur le projet : cette maison devrait être "infiniment pratique et simple, où chaque chose serait combinée du point de vue de l' utilité". Les Noailles ne veulent pas de décoration inutile, de choix purement esthétiques : ils désirent une demeure "modeste" mais commode, où ils pourront venir accompagnés de quelques invités et d' où ils pourront profiter au maximum du soleil et de la vue.

Robert Mallet-Stevens accepte ces contraintes. Habitué à gérer la lumière pour avoir travaillé à des décors de cinéma, il dispose le bâtiment sur un axe est-ouest, utilisant le cube et le tranchant de ses arêtes, combinés au grain des enduits, pour accrocher les rayons du soleil. Les chambres sont simples et petites, quinze mètres carrés pour les maîtres et la moitié pour les domestiques. Une salle de bain rudimentaire mais soignée ainsi qu' une terrasse éventuellement pourvue d' un porche permettant de dormir dehors sont associées à chacune d' elle. Cette préférence affichée pour la fonctionnalité, voire le fonctionnalisme, au détriment du décoratif, n' est pas seulement motivée par un désir de simplicité monacale. La modernité est partout. L' usage du béton, ce matériau encore rarement utilisé dans les constructions privées, permet l' implantation de systèmes complexes, coulissants, escamotables. Pour exemple, ces grandes glaces qui permettent de couvrir la piscine (une des premières réalisée pour un particulier) les jours de grand vent et de l' isoler de la grande terrasse dédiée aux activités corporelles. Très attachés aux joies du sport, les Noailles désiraient en effet jouir le plus possible des parties extérieures et demanderont par exemple à Pierre Chareau de réaliser une chambre en plein air. Gabriel Guévrékian, futur directeur des travaux de la rue Mallet-Stevens, réalise un jardin "cubiste". Habitué au travail d' équipe déjà rencontré sur les plateaux de tournage, Robert Mallet-Stevens croise les compétences, réalisant lui-même une partie du mobilier tandis que Louis Barillet exécute le plafond vitré de l' atelier (dit "salon rose") et Chareau ou Perzel les appliques, de verre elles aussi. Les éléments décoratifs sont donc vus comme devant être parfaitement intégrés et pensés avec les murs. A l' inverse, la collection de tableaux des Noailles, pourtant riche d'ouvres de Picasso, Chagall, Mondian ou Miro, est bannie de la plupart des murs. Le stockage est fait au sous-sol, dans un ingénieux système de rangement sur rails, initialement destiné au séchage du linge et utilisé par Man Ray dans "Les Mystères de château du dé", sorte de reportage surréaliste sur la villa.

Très vite, l' espace manque dans ce lieu qui accueille pour des séjours plus ou moins longs de nombreux amis et artistes, charmés par le lieu. Le "modeste" projet initial, tel un jeu de cube, se développe pour ajouter d' autres chambres, d' autres terrasses, dans un dédale de décrochements rationnels qui laissent à chacun une autonomie remarquablement maîtrisée. Seul un système électrique permettant de synchroniser la trentaine d' horloges réparties dans chaque pièce de la villa rappelle aux occupants qu 'ils occupent un même lieu : le temps sert ici l' unité de l' espace.

A la fin des travaux, en 1933, neuf ans après l' exécution des premiers plans, les points de vue de l' architecte et du commanditaire se sont imbriqués. L' ouverture vers le soleil et la pureté des formes voulues par Charles de Noailles est mis en scène avec finesse et ingéniosité par Robert Mallet-Stevens qui trouve là l' occasion de se forger un style et une équipe.

La villa du vicomte de Noailles sera mise à la vente à la mort de la vicomtesse en 1970 et, après de longues années d' abandon, restaurée et réhabilitée en 1996 pour devenir un Centre d' Art et d' Architecture.

L'entrée de la villa Noailles
L' entrée de la villa Noailles

 

La double salle à manger
La double salle à manger

 

La chambre de plein air (Pierre Chareau)
La chambre de plein air (Pierre Chareau)

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