« que ma mort serve à quelque chose »
(Guy Môquet, 22 octobre 1941)

Dernière lettre de Guy Môquet à sa famille, 22 octobre 1941
(© MRN, fonds Môquet-Saffray)
Transcription de la lettre
La dernière lettre de Guy Môquet,
l’histoire et la mémoire
Construites en partenariat avec le Musée de la Résistance nationale à Champigny et le Centre départemental de documentation pédagogique du Val-de-Marne, ces pages sont destinées à accompagner les enseignants et leurs élèves lors de la lecture de la lettre de Guy Môquet, le 22 octobre prochain ou dans les jours qui suivront.
La lettre de Guy Môquet s’inscrit dans un contexte historique particulier, celui de la Seconde Guerre mondiale, de la défaite de la France en 1940, de l’occupation allemande du territoire français et de l’installation du gouvernement de Vichy. En outre, cette lettre n’est pas unique. D’autres lettres comme celle-ci ont aussi été produites par d’autres fusillés peu avant d’être exécutés par les Allemands.
Chaque lettre permet d’évoquer ce que représente le travail de mémoire en histoire et comment ces mémoires participent de la construction historique. La lecture de cette lettre, accompagnée de celle d’autres lettres, peut aider à conduire efficacement une réflexion didactique avec le souci de former les élèves par un véritable travail historique, en particulier au lycée où, pour la première fois dans les programmes d’histoire de l’enseignement secondaire, le thème de la mémoire apparaît explicitement.
C’est pourquoi, nous avons rassemblé un ensemble de documents permettant d’aborder ce que représentent ces lettres de fusillés, très diverses dans leur forme et leur contenu. Nous avons voulu apporter des indications sur la vie de Guy Môquet, ce jeune lycéen de 17 ans, très tôt engagé pour défendre la liberté et la démocratie de son pays. Nous avons tenu aussi à évoquer le sort des « 50 otages », leur internement, les conditions de leur exécution.Autant de documents, autant de démarches pédagogiques pour montrer aux élèves ce qu’a représenté cette période de notre histoire, leur faire découvrir la place et le rôle du document dans la recherche historique, le travail de mémoire et, au-delà, l’engagement de ces résistants, jeunes ou non, pour un idéal de vie fondé sur la liberté, la justice, l’égalité et la démocratie.
Le Musée de la Résistance nationale (MRN)
Le Centre départemental de documentation pédagogique (CDDP) du Val-de-Marne
Le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de l’académie de Créteil
Le bulletin Résistance publié par MRN et CDDP 94
(12 pages, disponibles en format .pdf)
Télécharger le bulletin Résistance, numéro spécial « 22 octobre »
Coordination :
Avec le concours des personnels du MRN et du CDDP 94.
Eric Brossard, professeur relais au musée de la Résistance nationale à Champigny ;
Guy Krivopissko, conservateur du musée de la Résistance nationale à Champigny ;
Marie-Claude Angot, directrice du Centre départemental de documentation pédagogique du Val-de-Marne.
Partie 1 – Les lettres de fusillés
Avec la défaite de la France, l’Allemagne nazie occupe une partie du territoire français. Les Allemands sanctionnent durement les premiers résistants qui s’en prennent aux troupes d’occupation mais ils laissent le gouvernement de Vichy prendre en charge l’essentiel de la répression. La situation change durant l’été 1941, avec l’attaque de l’URSS par l’Allemagne nazie. Les Allemands ne peuvent tolérer que la France soit un territoire hostile. Les premières actions armées contre l’occupant sont brutalement réprimées. La politique des otages, menée avec la complicité du gouvernement de Vichy qui accepte de livrer des détenus, aboutit à l’exécution de plusieurs centaines d’hommes, désignés le plus souvent en tant que communistes ou juifs. Les exécutions se poursuivent jusqu’à la Libération, même si l’Allemagne nazie substitue à partir de 1942 les déportations aux exécutions pour faire disparaître de France les résistants et les opposants qui ont pu être capturés.
Ceux qui vont être fusillés peuvent écrire à leur proches au maximum trois lettres, dans lesquelles il faut résumer toute une existence. Quelques lignes tracées au crayon sur le support fourni par l’administration française ou allemande, sous la surveillance de gardiens, avec la perspective de mourir dans quelques heures. Quelques lignes pour ne rien oublier.La précarité des conditions de rédaction explique la grande diversité des lettres de fusillés, qui ne passent pas toutes l’étape de la censure : certaines sont interceptées, d’autres sont reproduites avec des phrases supprimées, d’autres parviennent sans problème à leurs destinataires, parfois avec la complicité d’un gardien, d’un prêtre, d’un codétenu. Pour les familles, ces feuilles de mauvais papier témoignent des derniers instants, des dernières pensées, des ultimes paroles de l’être disparu. Souvent recopiées, largement diffusées, ces lettres acquièrent le statut de derniers messages adressés à ceux qui ont eu la chance de survivre à la guerre, qu’on se doit de suivre par fidélité et respect pour les sacrifiés. Plus simplement, et c’est aussi ce qui fait leur force, ces lettres sont d’abord de magnifiques odes à la vie.
Partie 2 – Guy Môquet, un jeune dans la guerre
Né le 26 avril 1924 à Paris, Guy est le fils de Prosper et Juliette Môquet. Son père est cheminot. Syndicaliste et militant du parti communiste, il devient député du 17e arrondissement de Paris. Guy est un élève doué, aussi bien dans les disciplines intellectuelles qu’en sport. Il milite activement au sein de la Jeunesse communiste.
A la suite de la signature du pacte germano-soviétique, le gouvernement français prend des mesures contre les responsables communistes en France. Prosper Môquet est arrêté le 10 octobre 1939, déchu de son mandat de député en février 1940.
C’est un choc pour Guy, alors élève au lycée Carnot. Avec l’occupation, le jeune garçon s’engage plus activement encore dans l’action, distribuant des tracts de la Jeunesse communiste dénonçant le gouvernement de Vichy, l’occupation et ceux qui en profitent.
Guy est arrêté par la police française le 13 octobre 1940 au métro Gare de l’Est. Il est interrogé avec brutalité, dans le but de lui faire donner les noms d’amis de son père.
Incarcéré à la prison de Fresnes puis à la prison centrale de Clairvaux, il est interné au camp de Choisel à Châteaubriant alors qu’il aurait dû être libéré sur décision de justice. Guy se lie d’amitié avec nombre d’internés, notamment Rino Scolari ou Jean-Pierre Timbaud, participant à toutes les activités mises en place par les prisonniers pour rendre la perte de liberté moins pénible.Pendant toute sa période de détention, Guy écrit à sa mère, révélant dans son courrier les inquiétudes de l’enfant qu’il est encore et les préoccupations de l’adulte qu’il devient rapidement du fait des circonstances. Sa mère, son jeune frère Serge et son père s’efforcent de soutenir son moral par une correspondance aussi régulière que possible et l’envoi de colis réconfortants. Le don des archives de la famille Môquet-Saffray au musée de la Résistance nationale en juillet 2007 permet de suivre ces années de partage et d’espérance puis de séparation et de douleur.
Accèder aux documents de la deuxième partie : Guy Môquet, un jeune dans la guerre
L’exécution du lieutenant-colonel Hotz, Felkommandant de Nantes, par un commando de résistants communistes parisiens, après celle de l’aspirant Moser dans le métro à Paris, incite le commandant des forces d’occupation en France à mettre en pratique la politique des otages. Une cinquantaine d’otages sont fusillés à Châteaubriant, à Nantes et à Paris (au mont Valérien), avec la complicité des autorités françaises qui participent à leur désignation.
Les 48 hommes passés par les armes sont sélectionnés dans une stricte logique de représailles : 25 des 27 de Châteaubriant sont des militants communistes de la région parisienne, comme 5 des 16 de Nantes ; les 16 de Nantes et les 5 du mont Valérien sont des résistants originaires de la région nantaise. Aucune responsabilité directe dans l’attentat de Nantes ne peut leur être reprochée, tous ont été arrêtés des semaines ou des mois avant, puis maintenus en détention dans le cadre de la politique des otages. Cette volonté de créer un climat de terreur pour briser toute volonté de résistance armée en France aboutit à la multiplication des exécutions d’otages : 50 à Souges, près de Bordeaux, le 24 octobre 1941 ; 70 au mont Valérien et 25 en province le 15 décembre 1941 (dont 53 désignés parce que juifs) ; au total près d’un millier entre 1940 et 1944.
Accèder aux documents de la troisième partie : « Les 50 otages »
Partie 4 – La mémoire de Guy Môquet et des « 50 otages »
Dès la nouvelle de l’exécution connue, les « 50 otages » deviennent des martyrs pour la Résistance française. Le général de Gaulle prononce une série de discours depuis Londres appelant les Français à un « garde-à-vous national ». La presse clandestine rend hommage aux fusillés.
A la libération, l’hommage aux fusillés du 22 octobre 1941 connaît une développement considérable. Des monuments sont érigés à Châteaubriant et à Nantes, et les proches des victimes veillent à perpétuer leur souvenir avec le soutien des formations politiques se référant à la Résistance, en premier lieu le parti communiste. L’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé ou l’Association des familles d’otages fusillés à Nantes et à Paris le 22 octobre 1941 sont parmi les plus actives. Ce travail d’histoire et de mémoire aboutit à l’ouverture du Musée de la Résistance à Châteaubriant en 2006 et d’un espace consacré aux 48 otages dans le nouveau Musée d’histoire de Nantes en 2007.
Les « 27 de Châteaubriant » ou les « 50 otages » sont d’abord honorés en bloc, mais certains des fusillés sont distingués du fait de leur plus grande notoriété avant-guerre, tels l’ancien combattant Léon Jost, le député Charles Michels ou le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud. Guy Môquet, par son jeune âge et ses derniers écrits, acquiert rapidement une place exceptionnelle. Durant la guerre, il devient le symbole d’une jeunesse sacrifiée, mais aussi un modèle pour d’autres jeunes qui souhaitent passer à l’action. Après-guerre, le portrait de Guy Môquet est souvent reproduit, son nom est donné à des rues, des établissements scolaires, des équipements sportifs ou culturels. Le nom et le visage de Guy Môquet sont dorénavant inscrits dans le paysage mémoriel de la France, même si l’adolescent rebelle et idéaliste disparaît souvent derrière la figure figée du héros fusillé.La lecture de la dernière lettre de Guy Môquet dans les lycées le 22 octobre 2007, demandée par le président de la République, s’inscrit donc dans un processus mémoriel commencé dès le lendemain des exécutions et poursuivi jusqu’à aujourd’hui par tous ceux que les engagements et la mort d’un jeune de 17 ans, de ses 26 camarades et de milliers d’autres fusillés qui « aimaient la vie à en mourir » ne peuvent laisser indifférents.
Accèder aux documents de la quatrième partie : La mémoire de Guy Môquet et des « 50 otages »
« Tout à coup, ces lettres nous replacent, nous, au centre des événements qui ont déterminé nos existences d’aujourd’hui et nous posent les vraies questions : moi dans cette situation ? Moi ? Elle ? Eux ? Tuer ? Mourir ? Moi le Bienheureux, libre grâce à eux. »
Jean-Jacques Goldman, extrait de l’avant-propos de La vie à en mourir.
Lettres de fusillés (1941-1944), Points / Tallandier, 2006
Pour aller plus loin :
Sitographie :Musée de la Résistance nationale à Champigny (MRN)
Inauguré en 1985, il conserve de nombreuses lettres de fusillés.
www.musee-resistance.comMusée de la Résistance à Châteaubriant
Inauguré en 2006, il est situé sur le lieu des fusillades à La Sablière.
www.musee-resistance-chateaubriant.frAmicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé
www.amicale-chateaubriant.frCentre national de documentation pédagogique (CNDP-Réseau Scéren)
www.cndp.fr/memoireHistoire et mémoire des deux guerres mondiales (site animé par Jean-Pierre Husson)
http://www.crdp-reims.fr/memoire/informations/actualites/22_octobre.htmMémoire-net (site animé par Evelyne Py)
www.memoire-net.orgFondation de la Résistance
www.fondationresistance.comLe CLEMI a créé un blog pour les élèves afin de susciter la réflexion historique des élèves par la publication en ligne et présenter des ressources sur des angles particuliers de la production et circulation de l'information durant l'occupation (tract, affiche, dessin animé).
http://formcreteil.free.fr/blog_Moquet/
Bibliographie :
Les fusillés
- Krivopossko Guy (lettres choisies et présentée par, introduction de François Marcot), La Vie à en mourir. Lettres de fusillés (1941-1944), Points / Tallandier, 2006 [édition remaniée de l’ouvrage publié par Tallandier en 2003].
- Besse Jean-Pierre et Pouty Thomas, Les fusillés. Répression et exécutions pendant l'occupation (1940-1944), Editions de l'Atelier, 2006.Guy Môquet et les 50 otages
- Basse Pierre-Louis, Guy Môquet, une enfance fusillée, Stock, 2007 [nouvelle édition de l’ouvrage publié en 2000].
- Bloyet Dominique et Gasche Etienne, Nantes. Les 50 otages, Editions CMD, 1999.Les jeunes dans la Résistance
- Collin Claude, Jeune combat. Les jeunes juifs de la MOI dans la Résistance, PU de Grenoble, 1998.
- Dereymez Jean William (dir.), Etre jeune en France (1940-1945), L’Harmattan, 2001.
- Granet Marie, Les jeunes dans la Résistance, France‑Empire, 2007.
- Thibault Laurence (dir.), Les Jeunes et la Résistance, Documentation française / AERI, 2007.- Les jeunes dans la Résistance (dossier pour le CNRD 2004), Musée de la Résistance nationale, 2003 (avec cédérom).
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