Durée totale du film : 17'45''

Le film est entièrement chapitré :
- Éclairages sur la période (1'30'')
- Sept. 81 : régularisation des travailleurs immigrés (1'20'')
- Nov. 82 : les jeunes d’une cité de Nanterre (1'22'')
- Fév. 83 : Dreux : élections municipales (1'05'')
- Déc. 83 : marche des Beurs (1'36'')
- Déc. 83 : les acquis de la marche (1'03'')
- Janv. 84 : interview de Serge Dassault (1'31'')
- Janv. 84 : grève chez Talbot (1'08'')
- Fév. 84 : interview de J.-M. Le Pen (53'')
- Juin 84 : campagne de J.-M. Le Pen pour les élections européennes (22'')
- Nov. 84 : marche pour l’Égalité (54'')
- Concert de SOS Racisme (26'')
- Arrêt sur archives (4'36'')



1981-1986 : les temps difficiles de l’intégration

Réalisation : Jean-Luc Millet et Daniel Martin

L’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard est filmée dans l’exposition permanente de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Elle rappelle d’abord brièvement le contexte historique. Onze séquences commentées du fonds d’archives de la télévision (Institut National de l’Audiovisuel) et du SCÉRÉN-CNDP illustrent ensuite « Les temps difficiles de l’intégration ».

Les années 1980 s’ouvrent sur des mesures favorables aux immigrés et sont celles de la prise de conscience que les immigrés vont rester. Mais ce sont aussi celles où le pays s’enfonce dans la crise. Les extraits de reportages audiovisuels illustrent l’aggravation des tensions qui marquent les années 1980. Pour ces six petites années, on dispose d’une quantité de reportages bien supérieure à celle des trente années précédentes. Tout n’est donc pas traité dans le documentaire.

La gauche, au pouvoir pour la première fois dans la Ve République, lance avec une grande régularisation des sans-papiers une série de mesures favorables aux immigrés. Mais alors qu’on atteint le chiffre de deux millions de chômeurs, le discours xénophobe sur l’immigration prend une place nouvelle en politique, avec le premier succès d’un petit parti d’extrême droite, le Front national, aux élections municipales de Dreux en 1983. Dès lors, c’est lui qui donne le « la » dans le débat anti-immigré, ruinant les espoirs soulevés au même moment par la marche pour l’égalité et contre le racisme, devenue dans les esprits la « marche des beurs ».

En effet, pour s’opposer à l’escalade des violences, des jeunes venus des cités prennent l’initiative de marches citoyennes, en demandant leur juste place dans la République. À Lyon, les jeunes qui s’engagent dans la marche des Beurs pour répondre à un meurtre sont aidés par des chrétiens militants, comme le père Delorme. Les « marches des Beurs » constituent un grand mouvement collectif, sur le modèle de la marche conduite par Martin Luther King en 1963 pour la défense des droits civiques des Noirs aux États-Unis. Elles bénéficient d’une large sympathie médiatique. Reçus par le président Mitterrand, les marcheurs obtiennent la promesse d’une généralisation de la carte de résident de dix ans, qui garantit la stabilisation de leurs parents. Le principe est voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 1986. Le mouvement antiraciste prend de l’ampleur, mais il est impuissant à enrayer les progrès du racisme.

Peu après les élections, dans l’été 1981, les images abondamment diffusées des rodéos des Minguettes, une cité HLM près de Lyon, ont montré pour la première fois les banlieues en feu. La séquence du conflit Talbot montre que, comme dans le passé, l’usine peut être encore le lieu d’affrontement, mais le tournant amorcé dans la période précédente se confirme ici : l’essentiel se joue maintenant dans les cités. La séquence de la cité Gutenberg est intéressante à plus d’un titre. Dans cette cité de transit à Nanterre, on voit les dégâts de la période antérieure, où, après les bidonvilles, on a regroupé les familles, notamment maghrébines, dans ces cités en attendant de leur trouver une place en HLM. Elles sont devenues des ghettos, provoquant la colère des jeunes et le délire des voisins. La séquence montre en même temps la volonté d’organisation des jeunes, certains politisés dans les années 1970, qui veulent réagir et qui se proclament citoyens comme les autres. En contrepoint, les séquences qui rappellent la xénophobie de l’homme de la rue, la violence nationaliste des ouvriers de Talbot qui chantent la Marseillaise quand on vient arrêter les grévistes, le mépris voire la haine d’un grand patron comme Serge Dassault montrent qu’on est loin de l’apaisement. Le plus inquiétant est sans doute la xénophobie tranquille et indécente des propos de Jean-Marie Le Pen, qui banalise le discours antiétranger. Le fossé de la haine se creuse et à la fin des années 1980, la première affaire du foulard signale que les espoirs ont été déçus. Cela n’empêche pas que, comme le chante Rachid Taha, « la douce France » va continuer de se diversifier et son patrimoine de se transformer.