
Durée totale du film : 24'00
Le film est entièrement chapitré :
- Une prise de conscience récente (6'40'')
- Un renversement des rôles (4'10'')
- Histoire et mémoires (8'10'')
- Vers une histoire partagée (5')

Réalisation : Jean-Luc Millet et Daniel Martin
Un partenariat entre la Cité nationale de l’histoire de l’immigration et l’INRP (Institut national de la recherche pédagogique) a conduit à la réalisation d’une enquête sur la prise en compte de l’histoire de l’immigration dans les pratiques pédagogiques, les programmes et les manuels scolaires. On peut télécharger sur le site de la CNHI ou de l’INRP le rapport « Enseigner l’histoire de l’immigration à l’école », réalisé sous la direction de Benoît Falaize.
Dans cette séquence filmée quelques semaines avant la remise de ce rapport, Benoit Falaize présente les enjeux de l’enseignement de l’histoire de l’immigration.
La question de l’histoire de l’enseignement de l’histoire de l’immigration est récente dans le cursus scolaire français. Elle date des années soixante-dix. Mais dès le début, c’est plus la question de l’accueil des enfants de l’immigration qui s’impose. Puis l’école continue, dans les années 1980 et 1990, à penser l’immigration comme un thème qu’impose l’urgence du présent, par les conséquences ressenties du regroupement familial. Dans les prescriptions officielles et les manuels scolaires règne une confusion entre ce qui relève de l’histoire de l’immigration et la question contemporaine de l’immigration, des élèves reconnus comme en étant issus, de sa gestion et des débats autour de l’intégration. À aucun moment, dans ces années, dans aucun document officiel, l’immigration n’est envisagée dans son historicité et comme un thème d’étude en elle-même. Malgré une évolution récente, perceptible dans les dernières éditions scolaires, l’histoire de l’immigration occupe une faible place dans les programmes et les manuels scolaires. Le poids important du présent sur les prescriptions comme sur les pratiques effectives témoigne d’une appréhension de ce thème d’histoire sous l’angle moral, où la lutte contre le racisme, l’apprentissage de la tolérance et du respect d’autrui sont la pierre angulaire du travail pédagogique.
Beaucoup de pratiques pédagogiques reposent ou prennent appui sur les familles des élèves présents dans la classe, pour évoquer l’histoire et les mémoires de l’immigration. Il est fréquent de demander aux élèves de dire leur « origine », « d’où ils viennent », d’autant plus quand des enseignants souhaitent rendre compte d’une particularité et la valoriser. Cette particularité devient objet d’enseignement. Dans certains cours s’opère alors une inversion de l’ordre scolaire, du rapport pédagogique, où ce n’est plus l’enseignant qui apprend aux élèves un contenu disciplinaire, mais bien l’élève qui apprend aux « autres »(les élèves de sa classe, l’enseignant…) une partie de son histoire de l’immigration. Les enseignants retournent le stigmate de l’élève « issu de l’immigration » pour valoriser la différence et la richesse que cette « origine » est supposée lui octroyer.
L’actualité et les enjeux du présent sont donc omniprésents dans l’école, qu’il s’agisse des objectifs affichés ou implicites, des attentes à l’égard des élèves ou des finalités que les professeurs assignent à l’enseignement de l’histoire de l’immigration. Les débats récents sur la question migratoire et l’identité nationale sont autant de thèmes d’actualité qui hantent les consciences au sein d’un monde éducatif particulièrement réceptif aux notions de respect, de tolérance et d’ouverture au monde, conformément aux termes mêmes des différents programmes, toutes disciplines confondues.
D’une manière générale, le thème de l’histoire de l’immigration est vécu, pensé et pratiqué en tant qu’objet d’histoire où s’organisent des rapports scolaires mais aussi sociaux entre « eux » et « nous » ; entre des élèves perçus comme « différents » et un «» collectif de la communauté éducative et nationale. Ne serait-on pas face à un impensé qui concerne non pas les immigrés mais la nation elle-même ? Car des « autres », l’école ne cesse de parler. Mais de «», d’un «» collectif et construit dans une histoire longue, l’école a manifestement plus de mal à parler.