Durée totale du film : 31'07''

Le film est entièrement chapitré :
- Mohamed, le récit de la mère (6'45'')
- Karin, un père qui a trahi ? (5'40'')
- Mohamed, les pièces d’un puzzle (4'30'')
- Karin, « À mon père » (2'40'')
- Mohamed et Karin, mémoires croisées (5'45'')
- Karin, un deuil impossible (1'15'')
- Mohamed, un paradis perdu ? (2')
- Karin, de l’autre côté de la mer (1'15'')



Le lait amer

Réalisation : Rebecca Houzel

Coproduction Petit à Petit Production, CRDP de l’académie de Créteil, CNRS Images Karin sort d’un tiroir un album de photographies de visages lointains et inconnus d’elle. Mohamed retourne sur les lieux de son enfance, accompagné de sa mère et de sa soeur aînée. Karin et Mohamed sont nés en France. Leurs parents s’y sont installés au début des années soixante. Leurs pères, tous deux morts, ont vécu la guerre d’Algérie et n’en ont jamais parlé. Aujourd’hui, leurs enfants refont le chemin de cette histoire.

Grâce aux discussions qu’il engage sur l’histoire familiale, Mohamed remet de l’ordre dans sa connaissance de la trajectoire de son père : celui-ci, après avoir aidé les maquisards du FLN et échappé à une fusillade de l’armée française dans la ferme où il vivait près de Constantine, a fui l’Algérie pour venir se réfugier en France avec sa femme et ses enfants. Karin est de son côté plus seule face à l’histoire de son père, qu’elle a longtemps ignorée : militaire de carrière dans l’armée française, celui-ci a quitté son pays natal peu de temps avant l’indépendance. En s’appuyant sur les traces que lui a laissées son père — photos, documents militaires — Karin raconte la difficulté à se situer dans une histoire faite de ruptures si peu expliquées. Les deux héritages résonnent malgré leurs différences. C’est ce que met en lumière le film qui nous mène au coeur de ce travail de mémoire familiale. La rencontre avec Sylvie Thénault, historienne de la guerre d’Algérie, permet de rapprocher les deux trajectoires familiales apparemment opposées. Ainsi, la parole circule et fait apparaître un nouvel espace pour la mémoire de cette guerre.

En mettant au centre les enfants de l’exil, le film donne des éléments pour comprendre leur génération au travers de différents cas, tous insatisfaits de l’héritage qu’ils ont reçu (ou non). Se pose alors pour cette même génération la question de ce qu’elle transmettra (ou souhaitera transmettre) à la génération suivante, c’est-à-dire aux petits-enfants de l’immigration. Or dans le cas de l’Algérie, l’évocation du pays d’origine affronte immédiatement cette immense plaie qu’est la guerre et que les uns ou les autres ont peine à évoquer. Si l’histoire s’écrit difficilement du côté des États, tant algérien que français, dans les familles, le silence cherche à effacer le souvenir terrible de la guerre, mêlé à celui de l’obligation de l’exil, aux sentiments de honte et de culpabilité renforcés par le souvenir du sort des harkis à leur arrivée en France. Pour les parents, c’est la rupture de l’exil, l’impossibilité du retour ; pour les enfants, un lien brisé, le poids de ce qui est transmis sans être dit. Mais les familles qui ont combattu du côté du FLN connaissent aussi le silence. L’histoire ne circule pas davantage dans ces familles, exilées dans le pays même contre lequel la guerre d’indépendance a été déclarée. « Le lait amer » se construit autour de deux personnages qui ne sont pas représentatifs, mais racontent simplement ce qu’ils sont avec ce qu’on leur a transmis et leurs difficultés à être dans ce qu’on ne leur a pas transmis. Nous partageons un peu du chemin qu’ils ont fait et continuent de faire vers l’histoire familiale. Et ce chemin les aide à définir un lien peut-être trop fragile, un manque.