Durée totale du film : 33'00

Le film est entièrement chapitré :
- Destination France (8'49'')
- Champigny, mémoire vive (9'33'')
- Une place en France (8'13'')
- Ici et là-bas (7'42'')



Portugais de France : histoire de générations

Réalisation : Daniel Martin

La figure de l’ouvrier portugais représente, en France, un des éléments les plus emblématiques dans l’évocation de l’immigration liée aux Trente Glorieuses. Il semble admis que le parcours des travailleurs portugais fournisse l’exemple d’une intégration réussie dans la société française. Mais ce serait considérer que les Portugais de France forment une communauté homogène et occulter le point de vue de ces familles, où le passé et les aspirations de trois générations génèrent des positions différentes, entre France et Portugal. « Les Portugais ne font pas de bruit »… cette « invisibilité » ne doit pas faire oublier que leur présence en France fit la une des journaux des années soixante ni que ce stéréotype ne concorde pas non plus avec la persistance et la vitalité des associations portugaises.

Marie-Christine Volovitch-Tavares, historienne, et Albano Cordeiro, sociologue, retracent les faits marquants de l’arrivée des migrants portugais et de leur installation en France. Ils analysent les particularités des liens tissés en France, à travers une sélection d’archives et le témoignage d’acteurs et de témoins.

Le film s’ouvre sur les nombreux signes de la présence des Portugais qui la rendent visible et familière mais ne signifient pas que l’histoire soit bien connue. Après le rappel de l’existence, déjà, de travailleurs et d’un corps expéditionnaire venus du Portugal dans le camp de la Triple Entente pendant la Première Guerre mondiale, le film fait entendre les témoignages de jeunes immigrés portugais dans les années soixante, fuyant un pays confronté à la dictature et à la guerre coloniale. Outre les stigmates d’un voyage dangereux et souvent clandestin à travers l’Espagne de Franco, les témoins évoquent les conditions précaires de leur installation en France. De jeunes descendants des premiers migrants portugais les interrogent spécialement à propos de leur passage à Champigny-sur-Marne. Dans cette commune proche de Paris s’est en effet développé en quelques années le plus grand bidonville de France. Massivement habité par des travailleurs portugais, très peu par leurs familles, il offrait aux caméras de télévision d’alors les images du dénuement et de la promiscuité auxquels Portugais et riverains ont dû s’adapter. Cependant, le travail sensible de certains photographes révèle plus finement la réalité et les raisons de ce « passage obligé » par cette « plaque tournante de l’immigration portugaise ». Les Portugais, qui considèrent leur exil politique ou économique comme temporaire, prennent leur parti d’un marché du logement en crise profonde et font le choix d’envoyer leur revenu aux familles restées au pays.

Avec l’amélioration de l’offre de logement, femmes et enfants rejoi­gnent les leurs : la présence portugaise devient alors une composante significative de la société française, comme le souligne le journal télévisé en 1979 qui renforce, en outre, la réputation d’une grande capacité d’adaptation à la vie en France. Là encore, l’expression des situations individuelles révèle une réalité plus complexe. Les premiers arrivants, désormais à l’heure de la retraite, évoquent le tiraillement qu’ils subissent entre la France et le Portugal et les différences de points de vue avec les générations suivantes.

Si l’on peut constater le peu de part que prennent les Portugais dans le débat politique en France, certaines associations comme l’association portugaise de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) mobilisent sympa­thisants et élus, réunis pour commémorer le début de la Révolution des Œillets de 1974. D’autres présentent des aspects plus connus de la vie associative, comme la fête des Saints populaires, organisée pour une foule estivale nombreuse à Créteil et où le football, le folklore et la religion occupent une place privilégiée.

La parole de la jeune génération attire l’attention sur de nouvelles perspectives offertes par la construction d’une mentalité européenne. Elle évoque aussi le travail de la mémoire qui doit aider leurs parents à faire la part des choses entre les blessures encore vives consécutives au départ et la fierté d’avoir pris en main son destin. José Batista de Matos, une figure de la vie associative, conclut sur quelques réflexions pétries d’expérience et d’humanité.