Evidemment... je dégaine bien tard ! Mais j'avais quelque chose à dire à propos d'un article qui m'a étonnée dans le numéro sur l'estime de soi (31) : « L'humiliation des élèves, une pratique anti-pédagogique » de Pierre Merle. Je ne veux pas plaider pour un retour aux pratiques ancestrales des vieux « maîtres persécuteurs » que nous avons connus... mais je crois qu'il est utopique et inefficace en pédagogie de s'intéresser trop exclusivement au ressenti de chaque élève, de chaque individu !
L'enseignant est en charge de groupe-classes où l'individu doit apprendre à être citoyen, c'est-à-dire à se plier à des lois communes parfois contraignantes et désagréables : « être appelé au tableau, devoir exécuter un exercice corporel en EPS, être désigné pour lire un texte » sont de telles contraintes pour tous les élèves... Évidemment, l'enseignant « à l'écoute » connaît les timidités et les susceptibilités de chacun mais il n'est pas doué des facultés hors normes des « médiums » capables de lire dans les pensées et le passé de chacun de ses élèves... Il ne peut donc éviter d'humilier parfois certains élèves alors qu'il cherche à bien faire et à les faire progresser ! Cet article est très ambigu sur ce point !
J'avais déjà eu l'occasion d'écrire pour E&M un courrier des lecteurs en réaction à un article de B. Defrance qui déclarait qu'un enseignant ne pouvait être « juge et partie ». Cette position ne tient pas la route ! Personne ne peut échapper à l'évaluation de « l'autre » ! Non seulement on ne peut y échapper mais on ne peut pas se structurer sans évaluation de la part des autres... Or l'évaluation des uns déclenche souvent l'humiliation des autres au nom du désir de comparaison... La honte n'est pas toujours un sentiment négatif, au contraire, dans certaines circonstances elle constitue un puissant stimulant pour se dépasser et se faire reconnaître.
Avec des articles de ce genre, les enseignants vont avoir de plus en plus de mal à évaluer avec justice et justesse par peur de mal faire... Et pourtant, chacun apprend à ses dépens qu'il n'est pas possible d'échapper à l'évaluation, à la critique, aux jugements, à la culpabilité et à certaines humiliations... pas plus que l'on n'échappe au traumatisme, à la douleur et à la mort ! La seule chose possible consiste à être vigilant pour rendre moins rudes les humiliations en classe et à chercher à empêcher les élèves de s'humilier entre eux ! Car c'est bien dans ces relations informelles entre pairs que les humiliations sont les plus violentes.
Eh bien ! Je l'ai dit !
Marie-Joseph Chalvin
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