Titre :
Aurélien Malte
Auteur : Jean-François Chabas
En prison depuis 13 ans, Aurélien Malte écrit des lettres, qu'il n'enverra jamais, à Anne, sa visiteuse de prison. Il lui raconte la violence, l'enfermement et aussi la rédemption par la culture et l'amour qu'elle lui inspire.
- Ce roman est à la fois poignant et réaliste, mais également
empreint d'une certaine forme de "poésie", de "romantisme".
Le narrateur dévoile progressivement son histoire en expliquant les raisons
de son geste, sans jamais l'excuser.
Les élèves peuvent parfois se sentir touchés par les thèmes
abordés, ce qui, une fois leur intérêt éveillé,
peut donc permettre aisément une lecture intégrale.
- Ce livre aborde l'univers de la prison d'une manière relativement originale, mais l'évocation de l'univers carcéral est violente. Les problèmes abordés peuvent toucher les élèves ou même les concerner de très près (femmes et enfants battus, père ou beau-père violent et alcoolique…). Mais, en littérature, faut-il plonger dans le sordide les adolescents, même et surtout parce que ce type d'histoire plaît à beaucoup d'entre eux ?
- Dans une succession de lettres sans réelle surprise, on perçoit
la volonté de l'auteur, parfois un peu démagogique, de faire passer
un certain nombre de messages qui se veulent tolérants et humanistes,
mais les "ficelles" sont un peu grosses.
Certes, certains des sujets (la violence, la tolérance, la privation
de liberté) peuvent mener à des débats mais est-ce facile,
dans ces domaines, de conduire la réflexion des élèves
hors des sentiers battus ?
- Ce roman épistolaire n'est pas très long, mais l'écriture
est peu adaptée à une classe de CAP.
La narration, qui immerge le lecteur dans l'univers carcéral, devrait
captiver les élèves. Cependant, il vaut peut-être mieux
éviter de lire cette uvre avec un public particulièrement
sensible, car l'auteur décrit avec réalisme les fléaux
qui ravagent les prisons (la haine, la drogue, le SIDA, la solitude, la peur,
le viol, le suicide) et les mauvais traitements qu'Aurélien a subis au
cours de son enfance.
- Ce livre a le mérite de prouver que l'écriture indéniablement
peut être salvatrice. En effet, Aurélien grâce à cette
correspondance "fantasmée" entame sur lui-même une thérapie.
Ce personnage, qui n'a pas été épargné par la vie,
se retrouve pris au piège dans un univers où règne la violence,
et petit à petit elle accomplira sur lui sa néfaste cristallisation
et il en sera puni. Pourtant, c'est dans le milieu carcéral qu'il se
met à écrire et confie à son journal intime des lettres
qui traduisent ses affres et son terrible passé. Ce roman épistolaire
ne nous introduit pas seulement dans l'intimité de l'univers carcéral,
il nous apporte aussi la preuve que "l'homme est naturellement bon et que
c'est la société qui le corrompt".
On peut conduire une réflexion sur la difficulté de l'aveu en s'appuyant sur les choix d'écriture, notamment le schéma narratif inversé.
L'étude du personnage de Anne peut permettre d'interroger sur le rôle du confident dans une narration. Cette réflexion peut s'inscrire dans une problématique possible des nouveaux programmes de CAP, autour de "la perception de l'autre", par exemple.
Un travail sur le contraste entre vie réelle (univers carcéral) et vie rêvée (l'amour d'Aurélien pour Anne) permettrait d'évoquer le rôle de l'écriture, notamment en prison.
Avec des classes de BEP, ce livre permet d'étudier les caractéristiques du roman épistolaire, ainsi que le déroulement du récit (grâce aux nombreux retours en arrière que comporte cette histoire).
On peut aussi analyser l'évolution psychologique du héros : pour comprendre d'où vient cette haine qu'il porte en lui (et qui le pousse à commettre un meurtre), et comment il redécouvre la beauté et l'amour au contact d'Anne.
Il est également possible d'organiser un débat argumenté sur le thème de la violence, ou des mauvais traitements que subissent les enfants, en liaison avec l'ECJS, par exemple.
