Titre : Petite
Auteur : Geneviève Brisac
Une jeune fille est sujette à un mal existentiel qui se manifeste par une maladie : l'anorexie. Nouk n'est pas une enfant comme les autres, elle se délecte de littérature, de philosophie et de peinture. Par son intelligence, elle essaie de lire le monde qui l'entoure mais ce dernier se dérobe et la déçoit, alors c'est par l'anorexie qu'elle cherche à l'arrêter. Freiner sa croissance lui permet de mettre, de manière onirique, sa vie entre parenthèses. Profondément marquée par l'histoire de sa famille, elle refuse le monde des adultes en se recroquevillant dans son corps atrophié. C'est son grand-père qui la réconciliera avec elle-même et avec sa famille car il s'avère détenir la légitimité familiale et intellectuelle salvatrice pour la petite fille.
Ce livre est assez délicat, il traite d'une pathologie grave qui peut exister dans nos classes. Tout au long du livre, c'est le point de vue de la narratrice qui nous révèle l'étendue du mal. Les adultes, à part quelques exceptions, traversent le roman sans susciter ni les éloges ni l'enthousiasme de la jeune fille, alors qu'ils s'évertuent du mieux qu'ils peuvent pour l'aider. Ce livre n'est pas le leur et c'est dans une entière dénégation qu'ils sont confinés. Heureusement, que la figure du grand père vient réhabiliter l'adulte dans ce roman.
L'intelligence littéraire, scientifique et philosophique de Nouk reste surprenante pour une fillette. En effet, elle accompagne sa privation alimentaire d'une boulimie intellectuelle rare à son âge.
Petite est le témoignage émouvant d'une jeune femme, quinze ans après un moment difficile de son adolescence. L'anorexie est traitée avec du recul sans dramatisation. En effet, la narratrice, Nouk, choisit de parler d'elle, parfois même à la troisième personne : Nouk est une autre. Cette étape tourmentée de sa vie fait partie du passé. C'est en cela qu'il est intéressant de découvrir une souffrance maintenant connue et reconnue chez les adolescents (parfois nos élèves).
La distance volontairement prise dans le récit de cette descente en enfer, permet de bien comprendre, de mesurer l'écart entre ce que vit de l'intérieur la jeune fille et l'incompréhension ressentie par son entourage et cela sans alarmisme. Le rythme du récit reflète les interrogations de l'adolescente, les moments clés de cet enfermement en alternant les pauses, les ellipses et les accélérations.
Le roman ne serait pas ce qu'il est s'il traitait uniquement de l'anorexie sous l'angle de la maladie en tant que telle. En fait, une autre souffrance est vécue par Nouk et c'est là le véritable fil conducteur de ce roman et la raison profonde de ce mal être si bien décrit.
Cet ouvrage permet de réfléchir à un problème de société que l'on soit concerné ou non.
Dans le cadre du programme de CAP, la problématique "individualisme et altérité" peut être mise en rapport avec la finalité "se construire". Cette enfant s'enferme dans un individualisme dangereux qui risque de la broyer si elle ne réagit pas à temps. Le roman peut servir de support à une réflexion sur l'individu et le groupe, sa rupture et sa réconciliation et surtout leur symbiose.
L'écriture à la première personne permet une étude pertinente du narrateur-personnage. La narratrice l'emploie pendant la maladie, s'en détache pour mettre de la distance entre elle et le mal, et la réutilise à la fin comme une guérison romanesque.
