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Séquence de lecture-étude
Matin brun

 

Titre :  Matin brun           
Auteur : Franck Pavloff

Réflexion pédagogique préalable à la mise en œuvre de la séquence   

Cette séquence s'adresse à une classe de CAP et s'inscrit dans la finalité : s'insérer dans la cité et la problématique : découverte de l'autre et confrontation des valeurs.
La problématique spécifique à cette œuvre pourrait être : En quoi une œuvre romanesque peut-elle rendre compte de l'Histoire ?
Les propositions d'analyse qui figurent à l'issue de chaque séance s'adressent aux enseignants et sont, bien sûr à adapter aux élèves.

Déroulement de la séquence 

Séance 1 : Entrer dans l'œuvre par le CD   

Support : le CD et sa pochette

Objectifs :
- Approcher une œuvre intégrale à partir de l'écoute d'un CD
- Lire et analyser une image
- Exprimer ses impressions, ses réactions à l'oral
- Synthétiser des informations

Activités :
- Description de l'image du CD et interprétation
- Etude du titre
- Ecoute du CD
- Recherche des informations essentielles : Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

Commentaires :
L'image, en dénotation
Au premier plan, un jeune homme, mince aux pommettes saillantes. Regard fixé sur le lecteur. Air triste.
Derrière lui, un autre jeune avec la même expression. A côté des deux hommes, présence de deux animaux : à gauche, un chat brun aux canines énormes, prêt à attaquer ; à droite, un chien brun, lui aussi avec des canines énormes.
À l'arrière-plan, deux parties :
- gauche : drapeau ? couleurs brune, noire, blanche et rouge.
- droite : lignes de fuite sur fond clair.
Remarque : les contours des portraits se chevauchent.

Hypothèses
Les deux personnages principaux doivent être deux hommes et deux animaux. La tristesse, la dureté des expressions sont mises en valeur. Cette impression est renforcée par le titre qui évoque aussi la tristesse. Il s'agit certainement d'un matin peu lumineux.

Après l'écoute du CD, voir si les hypothèses sont confirmées ou non et dégager les premières informations.

Séance 2 : Comment la structure participe au sens  

Les élèves sont en possession de la nouvelle et ont observé le livre.

Objectif :
Dégager la progression de la peur et étudier la montée de l'intensité dramatique dans la nouvelle.

Activités :
Remplir le tableau suivant par scène (les élèves peuvent travailler par groupes : une scène à étudier par groupe).

Mesures prises par le gouvernement Arguments employés pour justifier chaque mesure Moyens utilisés pour faire respecter chaque mesure Réactions du narrateur à chaque mesure Réactions des autres

 

 

 

 

   

Commentaires :
Les arguments :
Ils semblent très cohérents alors que la mesure prise est absurde. Quelle stratégie argumentative ? Utilisation d'arguments d'autorité (scientifiques) ou de raisonnements par l'absurde ayant comme postulat que tout ce qui n'est pas brun est nuisible.

Le narrateur :
Il est insouciant au début, puis il devient de plus en plus sérieux, il est attentif à ce qu'il dit et se méfie des autres. Il y a donc une progression. Les mots « tranquille » et « sécurité » reviennent de plus en plus souvent. Plus le narrateur est en danger et plus il recherche la tranquillité et la sécurité. Pour tendre vers cet idéal inaccessible, il se soumet aux lois les plus absurdes. Le tableau se termine par « j'ai peur »...

Les autres :
- Les autres sont absents au début de la nouvelle
- Certains résistent car ils sont visés par les mesures : éditeurs, journaux « les lecteurs ne savent plus quoi penser »
- La majorité reste indifférente : « Autour de moi les autres continuent à vivre comme avant »
- Les gens commencent à regarder autour d'eux pour voir s'ils sont écoutés.
- Un petit garçon pleure : l'enfant reste imperméable à la logique du raisonnement des adultes, il reste fidèle à ses anciennes valeurs et écoute ses sentiments.
- Les autres sont curieux de voir une arrestation. De plus leurs paroles font peur au narrateur : même le voisin peut dénoncer et devient une menace pour lui. Le narrateur craint autant la milice que ses voisins.

Il y a donc bien une progression de la peur à mettre en parallèle avec celle de la mise en place des mesures. Plus le régime s'installe et plus le narrateur se sent en danger. Néanmoins il ne s'agit pour l'instant que d'un sentiment d'insécurité. C'est l'étude de la colonne "moyens utilisés" qui permet de justifier ce sentiment diffus du narrateur. En effet, celle-ci montre une progression très nette dans la nouvelle.

Les moyens :
Dans un premier temps, la milice est présente, mais se contente de donner de l'arsenic afin que les gens tuent eux-mêmes leurs chiens et leurs chats.
Ensuite, c'est la liberté de la presse qui est atteinte. Les moyens de communication, mais également toute référence au passé (livres), sont placés sous le contrôle de la milice.
Puis, la milice ne se cache plus : elle tue le chat de l'enfant en pleine rue.
Quand la porte de Charlie explose, ce sont ses incertitudes qui explosent avec elle : la menace était bien réelle et il a eu raison d'avoir peur.

Evaluation :
Selon vous, quelles mesures pourraient être prises qui restreindraient votre liberté ? Citez-en trois et expliquez pourquoi vous les avez choisies.

Séance 3 : Que devient l'amitié dans de telles circonstances ?   

Objectifs :
- Dégager l'importance de la description des liens entre les personnages principaux.
- Montrer en quoi l'amitié des deux personnages peut être mise en relation avec l'enjeu de la nouvelle.

Activités :
Relever toutes les scènes qui réunissent les deux amis et trouver un adjectif pour caractériser leur humeur.

Scène 1 (p 1 à 3) Scène 2 (p 3 à 5) Scène 3 (p 6 à 8) Scène 4 (p 8 à 10) Scène 5 (p 10 à 11)
Descriptif de la scène          
Adjectif          


Commentaires :
On assiste à une détérioration graduelle de l'amitié des deux amis. Au début ils sont très complices. Puis par la suite, ils n'osent plus tout se dire. Une méfiance mutuelle s'installe qui les oblige à employer le mot « brun » lorsqu'ils sont ensemble. Enfin, c'est le retour du vrai bonheur puisqu'ils ont tous deux remplacé leurs chiens et chats par des animaux bruns. Cependant, la nouvelle se termine par une indifférence mutuelle : lorsque son ami se fait arrêter, le narrateur ne s'inquiète que pour lui-même. Le seul sentiment qu'il est capable de ressentir est sa peur concernant son propre sort. L'amitié n'existe plus.

Séance 4 : La symbolique des couleurs   

Objectif :
Donner un sens à l'utilisation des couleurs par l'auteur de la nouvelle.

Activités :
Relever les couleurs et les comptabiliser par pages (éventuellement diviser le travail entre les élèves).

Commentaires :
Au total il y a 30 bruns, 5 noirs, 1 marron, 2 blancs, 1 crème, 1 clair.
Peu à peu le sombre et surtout le brun envahissent la nouvelle et donc la vie des personnages. Qui l'emporte ? Le brun.
En effet au moment de l'arrestation de Charlie,  « le jour n'est pas levé, il fait encore brun dehors » est associé à « j'ai peur ». La clôture explique ainsi le titre Matin brun. La métaphore de la couleur indique qu'un nouveau jour se lève, une nouvelle ère sombre, dominée par le brun. Tout est devenu uniforme.

C'est le moment d'effectuer un retour à l'incipit avec les élèves : « les jambes allongées au soleil » qui s'oppose à la peur et à l'obscurité.

Séance 5 : Une nouvelle engagée ?   

Objectifs :
- Déterminer l'enjeu de la nouvelle
- Mettre en relation la nouvelle et un poème pour en dégager l'enjeu
- Mettre en évidence le lien entre la nouvelle et l'Histoire.

Support :
Je n'ai rien dit..., poème d'un pasteur allemand, Martin Niemeller, survivant des camps nazis (Dachau ,1942) :

Quand on a arrêté les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand on a arrêté les socialistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas socialiste.
Quand on a arrêté les juifs, je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand on a arrêté les catholiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique,
Et quand j'ai été à mon tour arrêté et déporté, il n'y avait plus personne pour élever la voix.

Activités :
Mettre en relation poème et nouvelle en travaillant sur les pronoms et les déterminants (on / je / les) du poème. Demander aux élèves qui, dans la nouvelle, pourrait être "on", qui pourrait être "les", qui pourrait être "je" ?

Commentaires :
Dans la nouvelle : "on" = "ils" = les miliciens
"les" = les victimes = chats chiens, journaux etc...
"je" = le narrateur qui n'a rien dit non plus.
Il est intéressant de reprendre avec les élèves l'avant dernier paragraphe de la nouvelle dans lequel le narrateur émet des regrets, pense qu'il aurait dû résister dès le départ, mais c'est trop tard comme dans le poème, car il va être arrêté dès le paragraphe suivant.

C'est le moment de revenir aux hypothèses de départ et de répondre à la problématique.
À partir des séances précédentes, il s'agit de faire réfléchir sur ce que dénonce cette nouvelle en montrant que l'auteur met en scène une des stratégies des régimes totalitaires : l'isolement de l'individu. Toute solidarité, tout lien avec les autres est brisé par la peur pour soi-même, la méfiance.
Tous les prolongements possibles s'effectueront en fonction de la classe.
Il faudra aussi demander ce que la fiction apporte dans cette perspective (et aussi interroger sur ce que le passage par le CD apporte par rapport au texte écrit).
Il s'agira donc de développer, avant tout, l'esprit critique des élèves pour construire des citoyens responsables face aux enjeux du monde actuel.

Scène 6 : Évaluation sommative   

Imaginez l'article, paru dans Le Quotidien, qui a entraîné la censure du journal (cf. p.4).

Commentaires :
Ce travail suppose que dans une séquence préalable ait été abordé l'article de presse. On pourra aussi simplifier la tâche en demandant la réécriture d'un passage en changeant de narrateur.

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