
Rencontre réalisée en novembre 2005, au CRDP à Champigny,
à l'occasion de la sélection du roman L'école du désert
pour le 17ème prix des Incorruptibles.
Cet entretien a été filmé en vidéo numérique
par l'équipe du
Centre de ressources et de productions audiovisuelles du CRDP de l'académie
de Créteil. Cette vidéo est accessible sur cette page (si
vous bénéficiez d'un haut débit).
Présentation de Cécile Roumiguière
Je m’appelle Cécile Roumiguière , je suis auteur de L’école
du désert illustré par Claire Delvaux et sélectionné
pour le dix-septième prix des Incorruptibles. En plus de l’écriture
pour enfant, j’écris des spectacles, notamment des spectacles historiques.
Le prochain sera sur le thème de la science et des grands spectacles,
avec des pétards, des chevaux, des figurants...
Que vous dire encore ? mon âge ? J'ai quarante-quatre ans, un
enfant, un chat et j’adore l’océan !
Questions sur...
L'entretien est mené par Élise Théry, du Prix des Incorruptibles.

L'école du désert
Cécile Roumiguière
Magnard
collection Tipik cadet
2004
Résumé : L’école du désert c’est l’histoire de Noura qui vit dans la campagne marocaine. Noura est très contente, elle doit aller à l’école à la rentée prochaine avec son grand frère et brusquement, un jour d'été, elle trouve sa mère en pleure et comprend : i l n’y a pas assez d’argent à la maison, elle n’ira pas à l’école, son frère a le droit d’y aller, mais elle n’y aura pas accès. L’école est loin et c’est un énorme problème pour les filles d’être scolarisées dans ce pays. Beaucoup d’autre pays sont d'ailleurs concernés par ce problème. Et Noura, qui est une petite fille très décidée, a envie d’être chirurgienne et va se battre ; elle va partir seule dans la ville proche de son village, va s’inscrire elle-même à l’école, et va trouver les fonds nécessaire pour son éducation.
D'où vous est venue l'idée d'écrire un livre sur un enfant d'ailleurs ?
C.R : L’histoire de Noura est née d’une association qui s’appelle Rime et qui s’occupe de faire scolariser les filles au Maroc et au Magrehb et le prospectus montrait la photo d’une petite fille très volontaire, au regard très décidé, du genre "je suis à mon pupitre d’écolière, j’y reste" . Quand j’ai vu cette petite fille, j’ai eu envie d’écrire son histoire. Même si je ne connais pas le Maroc, et si je ne connais pas bien le problème ; c’est au niveau de l ‘émotion que j’ai eu envie d’écrire cette histoire. Donc Noura est un petit peu la petite fille de cette photographie qui doit maintenant être très grande et aller à l’école.
Pourquoi
avez-vous choisi de situer votre récit au Maroc, parmi tous les pays
d'Afrique du nord ?
C.R : C’est une longue histoire. Quand un auteur écrit une histoire, il l’envoie à un éditeur. J’ai envoyé mon manuscrit à Jacques Chaboud qui m’a dit "on prend votre histoire, mais il faudrait mieux la situer". En effet, mon histoire n’était pas vraiment située, on comprenait que c’était le Maghreb parce qu’il y avait un désert, et des éléments qui correspondaient mais je ne mentionnais pas de nom de pays ni de nom de ville. Jacques Chaboud trouvait que préciser le pays rendait le texte plus vivant. On comprend mieux d’où vient Noura, ou elle est... J’ai choisi le Maroc parce que l'amie qui s’occupe de l'association Rime est marocaine et c’est aussi un peu pour lui rendre hommage.
Avez-vous voulu faire passer un ou plusieurs messages à travers l'histoire de Noura ?
C.R : Le premier message est sûrement qu'il faut toujours
prendre sa vie en main et qu’on est maître de son destin. Et que
la scolarité est due à tous les enfants, filles ou garçons.
Pensez-vous que l'école soit le seul moyen d'émancipation et
de réussite sociale ?
C.R : Le seul sûrement pas, mais c'est une aide parce que quand on ne sait ni lire ni écrire on se trouve entre les mains de ceux qui savent et qui ont le pouvoir sur vous. Il est absolument nécessaire d'apprendre à écrire, à compter, à lire, à imaginer, apprendre à apprendre. C’est très important. C’est avec ça qu’on réussit sa vie.
De quelle façon avez-vous réagi à l'annonce de votre sélection au 17ème prix des Incorruptibles ?
C.R : Tout d’abord je n’y ai pas cru, parce que L’école du désert est mon premier roman publié, et il me paraissait impossible d'être sélectionnée avec un premier roman. Je suis très contente parce que pour moi c’est un prix important. Tous les prix attribués par les enfants sont importants.
Avez-vous lu certains livres de la catégorie dans laquelle vous concourez ?
Quel est votre sentiment sur l'ensemble de la sélection ?
C.R : J’ai commencé à les feuilleter, puis je
me suis dit que j'allais attendre un peu pour les lire. Il y a un album de Thierry
Lenain, que j’aime beaucoup, et dont j’aime beaucoup les histoires.
Je sais qu’il y a de très belles choses. J’ai lu aussi des
livres de Sigrid Baffert, pour les plus grands et j’aime aussi énormement
ce qu’elle écrit. Je crois que ça va être un très
bon prix.
Qu'est-ce qui vous a attirée vers la littérature de jeunesse ?
C.R : La littérature de Jeunesse a été une
merveilleuse rencontre à la naissance de mon fils, en 1994. Quand j’étais
petite, je n’avais pas beaucoup de livres à la maison. Je lisais
tout de même, grâce aux bibliothèques. Puis j’ai lu
Hernon, Chateaubriand, Balzac dans les bibliothèques de collège.
J’ai donc redécouvert la littérature de jeunesse quand mon
fils est né. J'ai lu les histoires de Grégoire Solotareff et ce
fut une révélation. Le suis vraiment tombée amoureuse de
la chose parce que depuis des années je cherchais le lien entre le texte
et l’image. Quand j’écris des spectacles, c’est ce
que je fais. J’écris du texte en fonction des images que l’on
va réaliser avec ce texte, un peu comme un musicien compose avec plusieurs
instruments et je crois que c’est essentiel.
De la même façon, dans la littérature jeunesse et en particulier
les albums, le rapport image/texte est magique. Pour L'école du désert,
Claire Delvaux a ajoutée une énorme partie en faisant ces très
belles illustrations.
Quels sont vos projets pour l'avenir ?
C.R :
Cette rentrée fut pour moi Noël en septembre avec le Prix des
Incorruptibles, la sortie du Journal d’une crevette chez Magnard
(Tipik cadet). J'ai aussi publié un album illustré par Sacha Poliakov
À l’ombre du tilleul qui comporte des illustrations absolument
magnifiques.
Je prépare un album qui sera une histoire de Noël, un Noël
pendant la guerre, toujours chez Gautier Languereau.
Avez-vous eu l'occasion de rencontrer votre public ?
C.R : J’ai fait une merveilleuse journée de rencontre avec des classes de Rieu-la-Pape. Les élèves avaient étudié L’école du désert, et avaient écrit des propositions de fin. Ils avaient imaginé ce que Noura devenait plus tard ; elle prenait l’avion, elle arrivait en France, elle repartait. C’était très beau. Un garçon m’a dit : "depuis qu’on a lu l’école du désert dans l’école, on dit plus "cassé" on dit "ouarzazate". J’ai trouvé ça très joli.
Êtes-vous tentée par la littérature générale ?
C.R : Vous voulez parler de "littérature vieillesse" ?! Peut-être un jour, mais pour le moment, je suis bien là ou je suis.
Avez-vous des contacts entre auteur et illustrateur ?
C.R : Je n'ai pas beaucoup l’habitude puisque je n’en suis qu'à mon troisième livre publié, mais je pense que les relations passent souvent par l’éditeur. C’est ce qui s’est passé pour moi. Jacques Chaboud , Bénédicte Gilles et Guenolée Dupont ont choisi Claire Delvaux. Je n’ai eu qu'un seul contact avec elle. J‘avais situé mon histoire au Maroc et j’avais pensé parler d'amandiers, puis j'ai vérifié et il n'y a pas d’amandiers à Ouarzazate, mais des lauriers roses. J’ai donc dit à Claire Delvaux de ne pas dessiner d'amandiers, seulement des palmiers et des lauriers. Nous avons eu quelques contacts téléphoniques ou électroniques, nous nous sommes rencontrées une fois, mais d'une façon générale, les relations passent par l’éditeur.
Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 06/02/2006
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