Nous nous sommes intéressés à la production, régulière et inspirée, de ces deux jeunes auteurs, déjà récompensés par plusieurs prix littéraires. Le tandem fait passer dans le texte comme dans les illustrations l'esprit des histoires qu'il invente, qui plongent à chaque fois le lecteur dans des univers temporels ou géographiques très différents.
Ces albums étonnants diffèrent de ce qu'on a l'habitude de trouver à la BCD ou au CDI et méritent un accompagnement dans leur présentation auprès des élèves.
Ils s'adressent, à notre avis, plutôt à un public de cycle 3 ou de collège, voire de lycée (Jésus Betz), mais pour les collègues qui choisiront de les présenter à des enfants plus jeunes, plusieurs niveaux de lecture sont possibles.
Frédéric Bernard
François Roca
La reine des fourmis a disparu (Albin Michel -1996)
Prix Jérôme Main 1996, Prix Alphonse Daudet 1997, Prix Sorcières 1997, sélection ministérielle pour le cycle 3
Le secret des nuages (Albin Michel -1997)
Le jardin de Max et Gardénia (Albin Michel -1998)
Le train jaune (Seuil - 1998)
Monsieur Cloud nuagiste (Seuil - 1999)
Cosmos (Albin Michel -1999)
Ushi (Albin Michel - 2000)
Jeanne et le Mokélé (Albin Michel - 2001)
Prix Alphonse Daudet 2002
Jésus Betz (Seuil - 2001)
Prix Baobab 2001, Prix Alphonse Daudet 2002
La comédie des ogres (Albin Michel - 2001)
L'homme-bonsaï (Albin Michel - 2003)
L'indien de la tour Eiffel (Seuil jeunesse - 2004)
Cheval vêtu (Albin Michel jeunesse - 2005)
Uma, la petite déesse (Albin Michel - 2006)
Chaque album est unique, mais une analyse transversale de l'ensemble de l'uvre montre de nombreux fils conducteurs qui sont autant de pistes d'analyse.
- Repérer les points communs et les différences :
Cette grille d'aide à la lecture peut être utile pour baliser l'exploration de l'uvre et aider les enseignants à entrer dans l'univers particulier des auteurs.
Elle peut donner lieu à des travaux de groupes avec les élèves, après adaptation.
| Éléments à analyser | Titre1 | Titre2 | Titre3 |
|---|---|---|---|
| Thèmes et motifs récurrents | |||
| Genre littéraire / type d'écrit | |||
| Caractéristiques des personnages | |||
| Style graphique | |||
| Références | |||
| Pistes documentaires / interdisciplinarité | |||
| Quelle fin ? | |||
| Quelle mise en réseau ? |
Voyage initiatique, quête initiatique, apprentissage de la vie
Franchissement d'une frontière, passage d'un territoire à un autre, accès à la liberté
Interrogation sur l'humanité
Lien avec la nature,
Nostalgie du paradis perdu, de l'Eden
Domination des hommes sur les animaux
Représentation de la différence, de la faiblesse
Personnages mythiques
Confins du rêve et de la réalité
Amitié
Rapport à l'Art
Le voyage intérieur et l'émergence du sujet (à partir du collège)
La récurrence du thème du moyen de transport protecteur face à un espace plus ou moins menaçant peut évoquer la quête initiatique d'un individu, son cheminement symbolique. À la fin du voyage, un autre "je" naît au monde désormais sien.
On constate ainsi que beaucoup de personnages progressent d'un point à un autre grâce à une "machine". Et ce périple va changer leur existence. Comme dans le Quart-livre (Rabelais), où les personnages embarquent sur un bateau pour "visiter l'Oracle de la Dive Bouteille", les héros de Bernard et Roca se livrent ainsi à leur destin en prenant place dans une "coquille". Ce moyen de transport peut être minimaliste, naturel : une cage, une prison (La comédie des ogres), un oiseau (La reine des fourmis a disparu), un ours (Ushi). Ou issu du génie industriel : un avion (Le secret des nuages), un vaisseau spatial (Cosmos), un bateau (Jeanne et le Mokélé), un train (Le train jaune). Dans Le jardin de Max et Gardénia, c'est le mur qui matérialise la frontière à franchir.
Ce voyage permettra à chacun d'accéder à un monde meilleur, ou tout au moins plus serein, comme le souligne le lever de soleil terminant nombre d'albums.
Ce voyage est un voyage initiatique puisqu'il débouche sur une évolution du personnage : l'ogre, transporté dans le monde des hommes depuis la forêt des origines, découvre le chant de la mer ; le naufrage de Jeanne permet de garder le secret d'un monde mythique ; Jésus trouve l'amour et commence à vivre à 33 ans ; Ushi, au sommet du monde, retrouve la vue…
Néanmoins, quelques interrogations subsistent parfois quant à l'issue du voyage entrepris : par exemple, le lecteur n'est pas vraiment fixé sur le sort des personnages de Cosmos, de même que le train jaune du Train jaune, merveille de technologie, apporte la civilisation et ce qu'elle a de plus néfaste pour les populations indiennes. De même chez Rabelais, à l'issue du voyage entrepris dans le Quart-livre, aucun réel progrès n'est acquis par les personnages et leurs questions demeurent.
Des pistes de travail prenant en compte la mise en mots et en images peuvent être proposées à tous les niveaux pour exploiter ce thème du voyage. Nous pouvons ainsi distinguer :
- le moyen de transport
- l'espace où évolue le personnage " en transit " pendant son "trajet" (espace menaçant, neutre ?…)
- l'élément qui matérialise la frontière symbolique
- l'opposition de deux mondes et les particularités de chacun
- la résolution du récit
Chaque élément serait ainsi abordé à travers le choix du vocabulaire, des champs sémantiques, des intentions des auteurs (descriptions minutieuses ou lapidaires).
Les illustrations de François Roca, très fortes, font de ces ouvrages des uvres magnifiques et jouent un rôle capital dans le projet narratif. La technique utilisée est souvent la peinture, excepté pour Monsieur Cloud nuagiste (dessin gravé, en noir et blanc). Il sera intéressant d'étudier le style graphique et la connotation de l'illustration à travers les couleurs, la matière, les différentes perspectives, la position des personnages en repos ou en action, les zooms sur l'expression du visage ou les personnages réduits à une silhouette. Les techniques picturales diverses n'empêchent pas le sentiment d'unité de l'uvre, unité donnée par les thèmes récurrents, obsédants (opposition de deux mondes, recherche d'un Eden, lien profond avec la nature…)
Les formats, les proportions, la typographie, les incrustations de motifs dans les pages de texte et même le papier (Cosmos) participent également à la poésie des images évocatrices.
Le choix des couleurs nous donne des indications sur l'état d'esprit du personnage concerné (ciel bleu, tons lumineux pour matérialiser le bonheur, l'espoir ; tons sombres, opaques pour traduire la peur, la souffrance)
Les illustrations jouent très souvent sur un procédé de contrastes et d'oppositions (grand / petit, clair / sombre, plan élargi / détail…)
- repérer et relever ces oppositions dans les illustrations
- analyser les effets produits et les choix de l'illustrateur
- inverser ces contrastes pour certaines images et constater le résultat.
- Donner le point de vue choisi par l'image : plongée, contre-plongée, gros-plans, détails, plans élargis…
- Analyser les effets qui en découlent (espace, domination, écrasement…)
- Montrer en quoi le personnage principal est souvent écrasé par le gigantisme de ce qui l'entoure.
- Quels types de cadrage pour :
- faire peur
- apaiser
- écraser
- surprendre… ?
Les lignes obliques dans certaines illustrations induisent déséquilibre et étrangeté (La reine des fourmis, Jésus Betz, Le train jaune…) :
- Avec les mêmes éléments d'une illustration, modifier les agencements de la composition pour produire des effets différents.
Les illustrations de certains albums font penser à des tableaux vivants (Jésus Betz, la Comédie des Ogres) :
- Créer des scènettes à partir d'une illustration :
- Demander aux enfants de se placer de la même façon que les personnages d'une illustration qui propose un cadrage intéressant ; prendre des photos en changeant l'angle de vue.
- Comparer ensuite les photos avec l'original et retrouver le point de vue choisi par l'illustrateur.
- À partir d'une photo prise, faire retrouver par une autre classe l'image de référence de l'album.
François Roca utilise souvent deux ou trois couleurs dominantes et leurs déclinaisons
Remarquer que les tons utilisés servent à retranscrire l'atmosphère, l'ambiance, le lieu de l'histoire :
- des bleus lumineux pour matérialiser l'aspect onirique ou spatial dans Ushi, Cosmos, Le secret des nuages ;
- des teintes sombres, brunes pour l'enquête de La reine des fourmis a disparu, Le jardin de Max et Gardénia, l'atmosphère angoissante du début de Jésus Betz ;
- des ocres et des bruns pour la chaleur et la moiteur de l'Afrique dans Jeanne et le Mokélé
Remarquer l'importance de l'utilisation du clair-obscur et des effets d'éclairage oblique.
Souligner la fonction dramatique de la lumière dans la plupart des illustrations.
On constate immédiatement la variété des genres littéraires et des types d'écrits représentés par l'ensemble de l'uvre (le théâtre pour La comédie des ogres, l'enquête policière pour La reine des fourmis, le scénario et le journal de bord pour Jeanne et le Mokélé, la correspondance pour Jésus Betz, le récit de science-fiction pour Cosmos, l'enquête à la frange du fantastique pour Dans le jardin de Max et Gardénia…)
Ces différentes formes d'écriture sont autant d'occasions de proposer aux élèves un travail sur la langue, à adapter selon les niveaux : étude de la composition, de la mise en récit, de la temporalité propre à chaque genre, analyse des procédés d'écriture et d'énonciation…
- Classer les textes par genres
- Analyser leur construction :
- Dans Jeanne et le Mokélé, repérer le style syncopé, télégraphique, avec très peu de verbes conjugués, qui traduit la remontée des souvenirs de Jeanne et ses sensations tels des " flashes " visuels.
- Dans La reine des fourmis, relever les phrases ou les éléments qui annoncent les enchaînements des actions et des déplacements, qui permettent de travailler sur la structure de la narration.
- Dans Jésus Betz, relever les 33 dates symboliques qui rythment la vie du personnage, en correspondance avec l'Histoire.
- Dans La comédie des ogres, on peut associer chacun des trois actes de la pièce aux trois étapes de la vie, progression vers la sagesse.
Le vocabulaire, riche et bien choisi, est d'une grande efficacité. Les phrases sont courtes, souvent percutantes. Certains mots seront inconnus des enfants mais peuvent s'expliquer facilement. Les auteurs utilisent de nombreux jeux de mots (" La Baie Attitude ", " je me rends à l'Évidence " dans Le secret des nuages) et travaillent beaucoup sur les noms de leurs personnages.
Proposer aux enfants de prélever :
- les sigles (" le C.N.D.M, le L.B.D.L, le CRDP… dans Le jardin de Max et Gardénia)
- les jeux de mots (Elytre de Lait, Mandibule de Savon, Jamay de Santroy, Suma Katra… dans La reine des fourmis, Le jardin de Max et Gardénia, Jésus Betz)
- les noms de peintres (Goya, Vermeer, Cézanne… dans La comédie des ogres)
- les noms en référence à la mythologie (Hadès, Thémis, Andronic, Lilith, Styx… dans Jésus Betz)
- en imaginer d'autres.
La grande unité d'atmosphère rendue par l'association texte-image prouve une grande complicité entre l'auteur et l'illustrateur. Celui-ci apporte certainement, dès la conception de l'histoire, des éléments qui seront clés au niveau du visuel. On trouve semble-t-il une plus grande permanence du style dans l'image que dans les textes.
À l'efficacité du texte répond toujours une impressionnante illustration qui éclate au premier plan, mais reste toujours au service de l'histoire et de la puissance dramatique.
Montrer que la narration est prise en charge à part égale par le texte et par les images :
- Dans un album, sélectionner uniquement les images et essayer de reconstruire l'histoire. Puis dans le texte, repérer les éléments de l'image qu'on y retrouve, ceux qu'on n'y retrouve pas, et comparer leur importance pour le récit.
- Analyser l'opposition ou la complémentarité entre le climat du texte et celui de l'image (dans Jeanne et le Mokélé, le texte violent et syncopé s'oppose dans certaines pages aux images statiques qui remontent dans les souvenirs de Jeanne).
On repère de très nombreuses références à la peinture et à la sculpture (Edouard Hopper, Vermeer, Georges de La Tour, les peintres flamands, le Douanier Rousseau, l'hyperréalisme, les statues gréco-romaines, les gargouilles médiévales, Botero, Pompon...) :
- Rapprocher les albums de tableaux ou d'univers de peintres
- Rechercher les animaux dans les uvres d'art
- Créer un bestiaire à partir des différents animaux des albums
- Etablir des correspondances entre des éléments des albums et des uvres existantes (par exemple les sculptures du parc dans Le jardin de Max et Gardénia).
- À partir de livres d'art ou documentaires sur les peintres ou sculpteurs concernés, effectuer des recherches plus approfondies pour établir des comparaisons :
Botero, Pompon :
Mamamita dans Jésus Betz, l'ours blanc dans Ushi, évoquent des sculptures de ces artistes.
Le Douanier Rousseau :
Dans Le jardin de Max et Gardénia, ou dans La reine des fourmis a disparu, chaque forme de feuille ou d'arbre est vue séparément et ses contours sont nets, dans le style des peintures naïves du Douanier Rousseau.
Johannes Vermeer :
Vermeer peint souvent des femmes assises ou debout, près d'une fenêtre. On les retrouve dans Jeanne et le Mokélé, Jésus Betz…
Edouard Hopper :
L'univers d'Édouard Hopper est marqué par la solitude, le voyage, la quête, la représentation d'un monde inhumain, des compositions en obliques, un éclairage latéral. On y retrouve des motifs récurrents (représentations de bâtiments, fenêtres). Cet univers peut être mis en parallèle avec celui de François Roca et de Fred Bernard, même si les personnages d'Hopper sont plus figés et son uvre pessimiste alors que les personnages de Bernard et Roca parviennent au bonheur.
- Mettre en correspondance un album avec un type d'illustration
- Proposer aux élèves de retrouver dans les albums de François Roca des éléments des tableaux d'Hopper
- Prendre un élément de l'album (par exemple Jeanne assise devant la fenêtre à la fin de Jeanne et le Mokélé) et chercher l'équivalent dans les tableaux d'Hopper (par exemple Chambre à Brooklyn ou Morning in the city).
Raymond Cazanave :
Illustrateur (1893-1961), il produisit en 1947, dans France Soir une adaptation des Mystères de Paris d'Eugène Sue, en cent soixante et une bandes. On retiendra tout particulièrement l'illustration du baiser qui semble fortement avoir inspiré la couverture de L'indien de la tour Eiffel. Une étude comparative des deux illustrations pourrait montrer ce qui tient de l'héritage culturel d'une part et de la création personnelle proprement dite, cette manière dont Fred Bernard et François Roca retravaillent un thème avec leur style graphique si reconnaissable (choix des couleurs, utilisation du clair-obscur, tableaux vivants.).
L'illustration du baiser de Raymond Cazanave
L'illustration propose de nombreuses références à l'architecture (châteaux, bâtiments, villes…). Cela peut être l'occasion d'appréhender avec les élèves l'évolution architecturale en fonction des époques et ses représentations.
- Dans Le jardin de Max et Gardénia, repérer les styles de bâtiments représentés, comparer les représentations du parc avec des reproductions des parcs de châteaux célèbres.
- Rechercher le style du château représenté dans La comédie des ogres.
Certains éléments d'architecture représentés (immeubles, gratte-ciel) font penser aux réalisations architecturales américaines du début du XXème siècle :
- Dans Monsieur Cloud nuagiste, dans Le train jaune, dans La reine des fourmis a disparu, dans Jésus Betz, rechercher les éléments d'architecture et les comparer avec des photographies, des affiches de bâtiments existants, avec La ville imaginaire de Peeters et Schuiten (cadrages, angles de vue).
Tarzan, King Kong, Africa Queen, Out of Africa, films retraçant l'époque coloniale des années 30 (Jeanne et le Mokélé)
Les films noirs des années 40/50 (Le train jaune)
Le Kid, Freaks (Jésus Betz)
Microcosmos (La reine des fourmis)
Gulliver (La comédie des ogres)
Little big man, roman de Thomas Berger, fresque romanesque et historique sur la destinée tragique de la nation Cheyenne, portée à l'écran par le réalisateur Arthur Penn : le héros au "visage pâle" est enlevé et élevé par les Indiens puis ramené chez les hommes blancs. Le dénouement de L'indien de la tour Eiffel semble rappeler la scène du massacre qui ouvre le film. Et l'on se souviendra de la célèbre phrase "Aujourd'hui est un beau jour pour mourir" qui pourrait accompagner les derniers instants du héros de Fred Bernard et François Roca.
- Visualiser les films
- Mettre en relation des photos de films avec un album
- Analyser l'utilisation de la lumière et les effets d'éclairage.
Le Mokélé, King Kong, le monstre du Loch Ness (Jeanne et le Mokélé)
Cléôpatre (Cosmos)
Le Yéti (Le train jaune)
La sirène, le loup-garou, la licorne, l'elfe, le cyclope, le cheval ailé, le Minotaure, le dragon (La comédie des ogres)
Jésus, Hadès, Thémis, Andronic, Lilith, Styx… ( Jésus Betz)
- Repérer ces références dans les différents albums
- Rechercher des documents sur leurs origines
- Imaginer d'autres personnages mythiques à mettre en scène
Références intertextuelles - Alice au pays des merveilles dans Le jardin de Max et Gardénia
- Le Petit prince dans Le secret des nuages
- Davy Crockett dans Ushi
Par la vision assez pessimiste d'un monde où chacun essaie de survivre malgré la misère, la pauvreté, l'injustice et le désespoir, L'indien de la tour Eiffel pourrait bien faire référence au genre littéraire que constitue le roman noir, représenté en France par Eugène Sue (Les mystères de Paris) et Émile Zola (L'assommoir). En effet plusieurs thèmes motifs récurrents peuvent être étudiés, notamment au lycée :
-Le personnage de l'ouvrier :
les personnages ont un point commun, celui d'être au bas de l'échelle sociale : dans Les mystères de Paris, Rodolphe grand duc allemand, fréquente les bas-fonds de la capitale déguisé en ouvrier, dans L'assommoir, les compagnons de Gervaise sont également ouvriers, tandis que l'Indien de Fred Bernard et François Roca, travaille sur le chantier d'où sortira la tour Eiffel. Ces personnages sont tous liés par une fatalité, comme s'ils étaient vaincus d'avance par l'âpreté de leur existence.
-Le cabaret :
dans L'assommoir, les personnages vont dans ce lieu de perdition pour oublier leur condition miséreuse, l'eau de vie causera leur perte. À la vision très pessimiste de Zola, Fred Bernard et François Roca préfèrent ne retenir que l'atmosphère conviviale du lieu (un travail pourrait être fait sur le "tableau vivant" que constitue l'illustration du cabaret). Le côté moralisateur est gommé, les ouvriers se retrouvent dans ce "hors le monde" pour partager un moment chaleureux. On remarquera que l'héritage culturel est retravaillé par les deux auteurs.
-La chambre d'hôtel :
dans l'incipit de L'assommoir, Zola décrit la chambre d'hôtel où habite Gervaise après avoir quitté sa province. C'est une "misérable chambre garnie, meublée d'une commode de noyer [.] de trois chaises de paille et d'une petite table graisseuse". Tout ceci communique un sentiment de solitude et de désoeuvrement. Là encore une comparaison peut être établie avec le texte de Bernard et Roca qui ne retiennent que l'image des amants certes démunis de tout bien terrestre, mais réunis en dépit de tout.
- L'illustrateur, imprégné de son univers, fait parfois référence à des personnages de ses propres albums (le savant de La reine des fourmis ressemble beaucoup à Monsieur Cloud ; les masques africains du musée se retrouvent dans l'appartement de Jeanne, on retrouve un bestiaire commun à plusieurs titres…).
Les élèves s'amuseront à en découvrir d'autres…
Histoire, géographie :
- L'ensemble de l'uvre privilégie l'époque du début du XXème siècle. Il sera intéressant de mener des recherches documentaires à partir des différentes représentations de cette époque (transports, industrie, urbanisme, habillement, politique, personnages célèbres…).
- Les enfants pourront repérer sur des cartes du monde certains des voyages effectués (le Triangle des Bermudes, les villes traversées par Jeanne en Afrique, le fleuve Congo…)
Sciences, technologie :
Les territoires investis dans les albums sont bien définis (ciel, cirque, forêt…) et certains titres autorisent des recherches et des prolongements dans les domaines scientifiques variés :
- Zoologie (La reine des fourmis)
- Technologie, astronomie, vie des astronautes, aviation (Le secret des nuages, Cosmos)
- Météorologie (Le secret des nuages, Monsieur Cloud)
Il pourra être intéressant pour les élèves d'assister à l'adaptation théâtrale de Jésus Betz, réalisée par la troupe La Troppa, ou d'en visualiser une version filmée.
Cette fiche n'a pour ambition que de donner quelques clés d'accès pour baliser une exploration qui ne pourra être que personnelle.
Fred Bernard et François Roca, en utilisant des moyens d'expressions différents, concourent au même projet. Leurs albums donnent envie d'approfondir, de relire, de chercher d'autres clins d'il, d'autres références, qui semblent infinies. Le tandem auteur-illustrateur crée pour chaque album un univers unique et original, dans lequel une grande place est laissée à l'interprétation du lecteur qui se construit ses propres références et sa propre lecture, comme devant toute uvre d'art.
Fiche élaborée dans le cadre du Comité de lecture Télémaque, rédigée et mise en ligne par Chantal Bouguennec le 30/06/2003
