L'ÉTRANGER
Cette fiche pédagogique a été élaborée
en 2008 par le groupe du comité de lecture Télémaque.
Elle est accompagnée d'une bibliographie en littérature de
jeunesse.
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la bibliographie
Au sommaire de cette fiche :
Qu’entend-on par « étranger » ?
La définition de « l’étranger » est délicate, car relative. Au sens strict, l’étranger est « celui qui n’est pas du pays » (1369), mais plus largement c’est celui qui n’appartient pas à un clan, une famille, une culture etc. Ainsi, l’acception du mot étranger dépend évidemment d’un point de vue car potentiellement, nous sommes tous l’étranger de quelqu’un.
Plus que son statut géographique, ce qui est intéressant de traiter à travers la figure de « l’étranger » est sa capacité de questionner nos certitudes. En effet, l’étranger, l’autre, celui qui est différent, engendre souvent l’incompréhension, par là même il questionne. Ses interrogations offrent une ouverture, permettant d’élargir notre vision de notre société et de nos habitudes.
L’étranger est, certes, celui qu’on ne connaît pas, qui est différent, qu’on ne comprend pas et qui ne nous comprend pas mais c’est aussi celui qui porte un regard nouveau, qui nous enrichit, découvre et nous fait découvrir d’autres manières de considérer ce qui nous apparaissait comme des évidences…
L’étude de la figure de l’étranger dans la littérature jeunesse doit permettre de travailler avec nos élèves sur la question de la représentation de « l’étranger ».
Comment est représenté l’étranger dans la littérature jeunesse, comment son image a-t-elle évolué, est-elle toujours dominée par certains clichés ?
D’autre part, il semble intéressant de corréler au thème de l’étranger celui de l’altérité.
Comment la littérature jeunesse peut devenir un moyen de rencontrer « l’autre », de voyager au travers l’expression d’idées, de cultures, de regards différents ? Et comment exploiter cette littérature jeunesse pour enseigner la différence et la tolérance ?
Différentes « figures » de l’étranger
L’étranger à un pays
- Interroger les élèves sur leurs représentations de « l’étranger », au moment de cet échange, tout doit être reçu sans jugement. A partir de ces représentations, un choix plus ciblé de lectures pourra être proposé aux élèves.
- Afin de s’approprier le sens du mot « étranger », on pourra travailler autour de son champ sémantique et demander aux élèves d’organiser les termes puis de réfléchir à des expressions, on pourra s’appuyer sur les lectures de Comme des frères de François David ou encore Homme de couleur, poème africain adapté par Jérôme Ruillier aux éditions biblioquet.
- Pour amorcer le travail de définition du thème, proposer aux élèves d’effectuer un tri des ouvrages sélectionnés. Cette activité doit permettre aux élèves de s’interroger sur la richesse du thème mais aussi de manipuler et de s’approprier les livres présentés. Il peut s’avérer intéressant de reproposer ce travail de tri d’ouvrages à la fin de l’étude du thème et de comparer les différences.
- Aborder avec les élèves les différentes raisons qui nous font quitter notre pays vers un autre pays. Définir les termes : émigration, immigration, exil, nation, nationalité et identité avec à l’aide de la lecture de documentaires comme Et toi, tu es français ou étranger…, éditions Autrement, 2005.
- Faire travailler les élèves sur les différents points de vue : un étranger qui raconte son expérience = point de vue interne ou l’histoire d’un étranger narrée par une autre personne = point de vue externe.
Emigrants et immigrés
- Présenter différents parcours d’immigrés au travers de docu-fictions tel que Et puis on est partis, Les cahiers de Leïla, Le rêve Jacek puis demander aux élèves de retracer sur un planisphère les différents parcours. Ces lectures peuvent être complétées par celles de documentaires : Mon album de l’immigration en France ou Les étrangers, un œil sur l’histoire.
- Travailler sur le parallèle entre l’Histoire et l’immigration. Faire le lien entre l’histoire personnelle d’un immigré et l’Histoire. Présenter des ouvrages qui font référence à des évènements historiques précis permettant de comprendre les contextes de l’immigration et de l’émigration. Jacques Prévert, au lendemain de la seconde guerremondiale, évoque, dans un recueil intitulé Etranges étrangers et autres poèmes, l’usage de la main-d’œuvre étrangère en France. L’album Wahid, quant à lui, rappelle les animosités entre la France et l’Algérie durant la seconde moitié du XXème siècle. Et puis on est partis, un émigrant raconte retrace le parcours d’un adolescent russe qui décide de fuir vers les Etats Unis pour des raisons politiques.
- En prolongement, élargir sur un travail de repérage à partir de cartes afin d’étudier les différents types de migrations (ville/campagne).
Voyageurs et explorateurs
- Le voyage dans un autre pays confère également le statut d’étranger. Imaga de Flemming Jensen raconte comment un professeur danois migre au Groenland et se heurte au choc des cultures et aux différences entre les systèmes éducatifs.
- Il est également intéressant de se pencher sur les regards étrangers posés sur un même pays à travers notamment les carnets de voyage ou des albums documentaires qui présentent la vie d’enfants d’autres pays : Luzmila, enfant de Bolivie ; Tomazino, enfant du Pérou. On pourra réunir avec les élèves différents carnets de voyage sur un même pays datant de différentes époques et croiser les points de vue.
- Un travail sur l’image : demander aux élèves de choisir un pays étranger, les faire relever à travers différents supports (livres d’art, journaux, expositions photographiques, publicités, cartes postales…) les représentations du pays et de ses habitants. Les décrire puis les organiser.
- Rassembler une collection d’objets de voyage : chaque élève rapporte un objet, une chanson, une recette de cuisine, un conte, le dessin d’un animal… représentant un pays étranger. Cette collecte amorce la réalisation d’un carnet de voyage.
- Après s’être documenté sur un pays étranger, ses habitants, ses cultures, proposer aux élèves d’écrire une carte postale pour nous raconter leurs expériences dans ce pays.
- Avec les élèves du 2nd degré, on pourra sélectionner des extraits d’ouvrages (Voyage autour du monde de Bougainville, Voyage à Florence de Stendhal, Voyage en Italie de Goethe) et demander aux élèves de relever les expressions relatives aux sensations que peut procurer l’inconnu ou la profusion de nouveautés.
L’étranger à un groupe social, une culture…
Se sentir étranger
- S’interroger avec les élèves sur les situations dans lesquelles on peut se sentir étranger et essayer de définir, avec eux, les raisons qui nous font nous sentir étranger. Cela doit permettre à chacun de s’interroger sur son rapport à l’étranger. La description de ce sentiment se retrouve dans différents romans : Je suis amoureux d’un tigre, les premiers jours, la petite fille au kimono rouge, les raisins de la colère.
Pour les élèves du 1er degré, le héros de Même pas peur, un ogre se sent étranger dans sa propre famille car il ne correspond pas à ce qu’on attend de lui, il n’a rien de l’ogre, si ce n’est une apparence qui le fait se sentir étranger face aux humains.
Barrière culturelle
- Dans La tarte aux escargots de Brigitte Smadja, à travers les difficultés que rencontre le personnage de Lili nous sont présentées les différences entre les habitudes culturelles françaises et tunisiennes. " Soudain, Renzi qui m'avait suivie s'est mis à crier : - Des crapauds sanglants ! - Où ça ? a dit Betty en regardant la table, derrière la table, sous la table. Où ça, mon petit bonhomme ? - Là ! a crié Renzi en désignant un plat de betteraves. - Ce ne sont pas des crapauds, ce sont des betteraves ! (...) Vous ne mangiez donc pas de betteraves en Tunisie, Lili ? - Non. " (La Tarte aux escargots, p. 91)
En effet, être étranger à un pays va souvent de pair avec la découverte de mœurs, de codes culturels différents, ce qui peut engendrer des malentendus, des quiproquos ou pire une véritable exclusion. Baïti Baïtak d’Alison Bernard illustre le manque de considération qui peut découler de la différence culturelle : « - René ? steak-frites et McDo ! C’est ce qui lui plaît. Il appelle mes plats des bouillies arabes […]» p.60
- La rencontre entre différentes cultures est souvent marquée par la découverte des différences et la mise en cause des valeurs. Dans Le voyage de Mémé de Gil ben Aych, Mémé qui vient tout juste d’arriver d’Algérie, s’étonne et se scandalise des comportements et des habitudes des Parisiens.
- Pour Lili, héroïne du roman de Smadja Quand papa est mort, l’adaptation à la vie parisienne est difficile surtout pour la grand-mère qui ne parle qu’arabe et qui est fascinée par la télévision qu’elle apparente à une « boîte magique ».
Barrière linguistique
- Comprendre les difficultés de communiquer, d’échanger dans une langue qui n’est pas la nôtre, se rendre compte que cette impossibilité de communiquer peut engendrer des comportements violents, c’est ce qu’explique Malik, le héros de Baïti Baïtak : « En français ce que je dis ne veut rien dire pour moi. J’ai beau parler, je me sens toujours aussi tendu. Ces mots ne sont pas attachés à moi alors ils s’envolent facilement.je suis mieux si j’ai pu frapper, cogner et crier des insultes.je vide le trop plein. » p.129
- Le hollandais sans peine raconte comment Jean-charles et son ami allemand ont déjoué la barrière linguistique en s’inventant leur propre langue, qu’ils font passer pour du hollandais. Ce livre illustre combien la fonction de communication du langage est importante et oblige à respecter certaines règles. Pagaille raconte aussi une histoire d’amitié entre des enfants qui ne parlent pas la même langue.
Dans le roman Ma grand-mère venue d’ailleurs, Emmanuel se heurte à la difficulté de comprendre sa grand-mère qui ne parle pas la même langue que lui. Comment créer des liens sans communiquer par le langage parlé ?
- On peut également s’interroger sur l’usage de la langue d’origine à travers le roman de Gudule L’immigré, ou encore le roman Baïti Baïtak. A quel moment la langue maternelle est utilisée ? Dans quelle situation ? Qu’est-ce que cela signifie ?
- Comprendre que les langues sont diverses. Elaborer un travail sur les origines étrangères des mots de la langue française à travers des ouvrages tels que Sandwich et compagnie de Lionel Koechlin, La langue française, des origines à tes lèvres de Stéphane Frattini, Petite histoire des langues de Sylvie Baussier. Sur le modèle de la chanson Le Polyglotte d’Henri Dès, réaliser une chanson avec des mots qu’on utilise en langue française d’origines diverses.
- Constituer un fonds de livres (album, BD, roman…) bilingues, afin d’éveiller les élèves aux différents alphabets.
- Apprendre des chansons en langues étrangères, pour se familiariser avec les sons.
- Dans le cadre de la journée de la francophonie, participer au concours « les 10 mots de la langue française » qui consiste à écrire un court texte autour d’un thème défini (cette année la rencontre) à partir de 10 mots.
Barrière physique
- L’apparence et la différence physique peuvent nous faire sentir étranger… C’est le cas de Flix, chien qui est né dans une famille de chats, comment trouver sa place ? son identité ?
- Miriam, Mafou Métisse ni noire comme son papa, ni blanche comme sa maman, Mafou est unique et attise la curiosité de ses
compagnons qui la considère comme étrangère. Mais Mafou est formelle : elle est d’ici. Cet album éveille des interrogations sur les préjugés qui existent entre l’apparence physique et l’appartenance à un territoire.
- La fille des batailles c’est Garance qui doit se battre pour affirmer et faire accepter ses différences.
Après plusieurs lectures de l’ouvrage : Au pays des cheveux frisés une sans frisette était née de Evelyne Novant, réaliser un projet d’écriture. En suivant le schéma de la construction narrative de l’œuvre, on pourra demander aux élèves d’inventer une histoire autour d’une autre différence.
Barrière sociale
- Etre étranger parce qu’on n’a pas le même niveau social
- Madame t’es vieille de Francis Jacoby et de Jean-Pierre Orban soulève la question de la barrière sociale à travers la rencontre d’une vieille dame SDF et d’un jeune garçon. Comment leurs différences d’âges et de situations sociales vont-elles les rapprocher ?
- Le conte La Belle et le Clochard inspiré d’une bande dessinée de Ward Greene est une illustration de la différence sociale. Le clochard est une métaphore de l’immigré italien, et de la précarité sociale, puisque contrairement à Lady, il vit dans la rue. Ces différences n’entraveront pas leur idylle.
- Les armoires vides d’Annie Erneaux décrit le sentiment d’exclusion. Denise arrive en retard à l’école, cet évènement engendre une série d’humiliations qui va lui faire prendre conscience de sa différence sociale.
- Concernant les différences sociales, Olivier le héros du roman Les sucettes à la menthe de Robert Sabatier quitte un univers modeste pour s’installer à Paris chez son oncle qui a un train de vie plutôt bourgeois. Olivier s’étonne à maintes reprises des habitudes de son oncle et s’intègre difficilement aux mondanités.
- Salle des pas perdus de Julia Billet raconte la rencontre de deux destins perdus, marginalisés, une vieille femme SDF et une adolescente en fugue.
La métaphore de l’étranger : l’étrangeté
1er degré :
- Dans les albums, la figure de l’étranger est symbolisée. Dans le conte de Stéphane Girel, les rouges et les noirs, la différence est représentée par l’opposition entre les rouges et les noires d’un jeu de cartes.
- Flix de Tomi Ungerer s’interroge sur la différence en utilisant des animaux. Fils de chats, le chien Flix s'épanouira davantage à Clébardville qu'à Chatville. Mais il n'aura de cesse de réconcilier les deux communautés.
Le chat de Tigali, album policier sous forme de journal de Daeninckx, s’interroge sur les mobiles du crime du chat de Tigali, jalousie ou racisme ?
- Avec les élèves, en partant de ces lectures où la différence est symbolisée, essayer de trouver d’autres métaphores pour décrire la différence.
2nd degré :
- Dans la littérature pour adolescents, on pourra travailler sur les métaphores de l’étranger à travers des récits fantastiques tels que Harry Potter, s’intéresser aux distinctions établies par les « sang pur », c’est-à-dire les magiciens, qui ne considèrent pas de la même manière les Moldus (les non magiciens), les sang mêlés (nés d’un parent moldu et d’un parent sang pur)…
- En effet, ce type de littérature utilise des éléments de fantasy « comme des mécanismes métaphoriques pour mettre en lumière le monde que nous connaissons. ». L’étranger peut être celui qui vient d’un autre pays, mais aussi d’un autre monde ou encore d’un autre temps.
- Poursuivre un travail sur la mise en parallèle de la lecture de récits fantastiques et du sentiment d’étrangeté en relevant les sensations des narrateurs face à la découverte de leurs pouvoirs surnaturels. S’interroger en se demandant pourquoi l’apparition des pouvoirs du narrateur va souvent de pair avec le sentiment d’être étranger à soi-même.
Différentes réactions
Les préjugés, l’incompréhension
Les préjugés
- Petit Bond et l’étranger décrit le sentiment de méfiance face à l’inconnu. Un jour un étranger arrive au village et s’installe près du village. Tous les habitants y voient une menace excepté Petit Bond qui décide d’aller voir de plus près qui est cet étranger.
- Après la lecture du texte (sans les illustrations) de L’île de Armin Greder, demander aux élèves de dessiner l’étranger à partir des indices donnés par le texte. Comparer avec les illustrations. S’interroger sur la manière dont on a l’habitude de représenter l’étranger, sur le jeu des subjectivités.
- A travers ce même ouvrage, demander aux élèves de trouver des arguments qui conduisent à rejeter ce personnage qui vient d’ailleurs. S’interroger sur la légitimité de ces arguments. Cela peut donner lieu à un débat sur les peurs irraisonnées qui découlent des clichés, des préjugés ou des stéréotypes.
- Avec les élèves du 2nd degré, travailler sur des textes émanant de diverses époques et de divers points de vue. Demander aux élèves de trouver différents textes : textes de loi, tracts politiques, articles de journaux, essais… définissant l’étranger. Puis leur faire relever les arguments et les approfondir en les organisant : opinion, clichés, fait avéré…
Cet éclairage doit permettre l’organisation d’un véritable débat donnant aux élèves l’occasion de réaliser un argumentaire raisonné et non un catalogue d’opinions. Cet exercice pourra se faire dans le cadre de l’ECJS au lycée.
- A partir de guides touristiques, souligner les clichés qui représentent différents pays, cet exercice peut être complété avec les images de cartes postales.
L’incompréhension
- L’incompréhension face à la différence, à ce qui nous est étranger mène à une volonté de transformer l’autre, de le dénaturer. L’incompréhension se nourrit de craintes irrationnelles qui dans certains cas sont doublées d’un sentiment nationaliste.
- Cette volonté de transformer l’étranger et sa culture s’illustre parfaitement dans la description de comportements colonialistes. Les exemples dans la littérature : Supplément de voyage de Bougainville de Diderot.
- L’enfant du zoo de Didier Daeninckx illustre les méfaits du colonialisme ou comment les habitants d’un village Africain se sont retrouvés exposés derrière les barreaux du jardin d’acclimatation lors de l’exposition universelle de 1931.

Le rejet, l’intolérance, la peur
L’exclusion
- Description du sentiment d’exclusion par la personne exclue : Baïti Baïtak, les raisins de la galère … Les narrateurs de ces deux romans expriment leur sentiment d’exclusion. Ils se sentent incompris ce qui les rend parfois révoltés.
- Description d’actes d’exclusion : Nous sommes tous tellement désolés, les raisins de la colère, je ne suis pas contagieux, la grande peur sous les étoiles… Chacune de ces histoires aborde un phénomène d’exclusion lié à la différence. Dans nous sommes tous tellement désolés, Jean-
Paul Nozière décrit la manière dont Liliana, une moldave sans papier, est considérée comme une étrangère dans le village français où elle habite. Je ne suis pas contagieux et la grande peur sous les étoiles, les enfants du silence, ces trois ouvrages abordent le thème de l’antisémitisme et de la déportation lors de la 2nde guerre mondiale.
- Trois monstres aborde la question de l’exclusion d’un individu par un groupe sous prétexte qu’il vient d’ailleurs.
- Le diable des rochers de Solotareff est une véritable histoire d’exclusion. Parce qu’il n’est pas comme les autres Jason est raillé par les gens de son village, ce qui le pousse à fuir dans une grotte où il grandit seul et isolé. Mais après que l’ouragan a dévasté le village, Jason porte secours au villageois sur les implorations d’Angélique, qui est la seule à ne pas avoir peur de lui.
- Dans Toi-Vole, un enfant et son père vivent dans un aéroport. Le père cherche du travail, ils sont en situation précaire et font tout pour ne pas attirer l’attention. Cet ouvrage met l’accent sur la solidarité qui peut exister entre exclus.
- Vive la France ! décrit le phénomène d’exclusion à travers le comportement d’un chef de bande qui exclut un à un ses camarades pour des raisons de différences diverses… Du coup, ce chef de bande se retrouve tout seul face à son intolérance. La lecture de se livre peut être prolongée par un exercice d’écriture d’invention en demandant aux élèves de créer un personnage qui subirait l’exclusion sur un critère qui n’aurait pas été évoqué dans l’histoire.
- Cette question de l’exclusion peut être abordée à travers la lecture de documentaires tel que Dans la rue de Xavier Emmanuelli qui dresse le portraits de différents exclus allant du réfugié politique à un sans famille vivant sous le périph, L’exclusion en France de Madeleine
Mouget-Renault offre des témoignages sur le monde des exclus, leur histoire, leur lutte quotidienne contre la misère, leurs déceptions et leurs espoirs.
La prise de conscience de l’exclusion ou du déracinement
- Les premiers jours écrit par Eglal Errera illustre à travers le parcours d’une petite fille qui quitte sa ville natale le sentiment de déracinement qui s’insinue dans les situations les plus banales du quotidien.
- Les fleurs d’Alexandrie narre la suite du parcours de cette jeune fille qui après plusieurs années loin de son pays natal y retourne et s’aperçoit de son changement, son regard est différent.
Le racisme, la xénophobie
- La peur est un comportement irrationnel face à l’étranger. La xénophobie engendre des comportements ou des propos racistes. A travers les témoignages et les définitions documentées de textes politiques, législatifs, le livre intitulé Le racisme de l’injure au meurtre, tend d’apporter un éclairage sur le processus qui mène de la peur au rejet et même au crime.
« L’imaginaire et la pensée racistes manquent le plus souvent de suites logiques. En fait dans ce domaine, l’irrationnel prévaut toujours. Ce qui compte, c’est moins la théorie que la démagogie, le fait de désigner à la haine publique, pour gagner ses faveurs, un ennemi imaginaire. » p.64
- La lecture de ce texte permet de mieux appréhender les récits et les témoignages de victimes de la ségrégation, du racisme, de l’esclavagisme, de l’antisémitisme…
Ce texte est parfois polémique notamment lorsqu’il s’interroge sur la législation antiraciste en France de 1972 à 1990, ces interrogations peuvent appeler à la construction d’un débat.
- Tant que la terre pleurera de Yaël Assan raconte en parallèle l’histoire d’un Israélien et celle d’une Palestinienne. Leurs destins finissent par se croiser de manière tragique.
- En prolongement, un travail sur la poésie peut être envisagé à l’occasion du printemps des poètes. Ce travail peut s’accompagner de lectures de poésies que l’on trouvera dans le recueil intitulé La cour couleurs. Anthologie de poèmes contre le racisme de Jean Marie Henry.
La curiosité, l’attirance
- Attiser la curiosité à travers la lecture de documentaires qui retracent les mœurs et les coutumes de divers pays Vivre aux Etats-Unis, Vivre au Sahara avec les Touaregs.
- La découverte d’autres cultures accompagnée de la curiosité et de l’envie de s’enrichir. En effet, s’intéresser à ce qui ne nous est pas familier permet de faire de belles rencontres mais aussi de développer son regard, son esprit. C’est l’exemple que nous offre les deux héros d’Europe Alibi. Pour un concours, Fred et son frère réalisent un documentaire européen, ce projet va les conduire à examiner les coutumes et les habitudes de chaque pays et à démêler le vrai du faux dans les stéréotypes nationaux. Au gré de leur parcours les deux frères vont s’enrichir de différentes cultures et vont comprendre que la diversité rapproche plus qu’elle n’éloigne.
- Les deux moitiés d’amitié illustre, à travers la rencontre de Salah et Sarah, les bienfaits de la tolérance. Comment lorsque l’on s’intéresse aux différences de l’autre une amitié peut naître et s’enrichir.
Petits contes nègres pour les enfants des blancs de Blaise Cendrars
- Connaître et comprendre la pluralité ethnique, culturelle, religieuse… Familles du monde entier, 6 milliards de visages…
- S’intéresser à ce qui se passe dans le monde entier en se penchant tout particulièrement sur l’actualité. Travailler sur la presse jeunesse internationale avec la collaboration du CLEMI.
- Ce travail sur l’étranger appelle à la découverte culturelle : linguistique, culinaire, artistique. Organiser des semaines, des mois thématiques sur un pays, une région, une culture particulière.
Intégration & identité
L’intégration, l’accueil
L’accueil
- une intégration bilatérale qui passe par l’acceptation = comprendre que nous vivons dans un pays multiculturel.
- une évolution des préjugés peut s’opérer comme l’illustrent les deux romans : Café au lait et pain aux raisins, Je déteste Ernesto. Dans ces deux ouvrages, les préjugés se transforment en une volonté de découvrir l’autre. Ainsi Boris affuble Sammy du surnom « Café au lait » et ne perd pas une occasion de l’humilier en se moquant de sa couleur de peau. Mais grâce à la musique, leurs rapports vont évoluer, et Boris va découvrir en Sammy, une personnalité forte et talentueuse.
- Comment le jeu et l’imagination amènent à aller au-delà des préjugés physiques. Dans Main blanche main noire, un enfant noir arrive dans une classe et se lie d’amitié avec un enfant blanc. En jouant dans la neige, ils s’aperçoivent que les traces qu’ils laissent sur le sol avec leur main sont de la même couleur. Ils imaginent des jeux dans lesquels l’apparence physique n’a aucune importance.
Les différents médias d’intégration
- Le sport : la coupe du monde de football est un bon exemple à analyser, en particulier le match France Algérie d’octobre 2001
- la musique apparaît comme un élément d’intégration dans les récits suivants : Pain aux raisins et café au lait, le tour du monde en musique, les comptines du Baobab. Il est possible d’envisager un travail sur les différents styles musicaux à travers le monde et s’intéresser aux métissages culturels (jazz manouche, la musique turque alliée à la musique irlandaise.)
- l’école est également un lieu de rencontres et de confrontations avec la différence. Annie Erneaux dans Les armoires vides illustre parfaitement la confrontation de deux milieux sociaux. Denise se sent infériorisée et opprimée face à l’ensemble des filles de sa classe issues d’un autre milieu social qu’elle.
Pas d’école pour Fatoumata raconte comment une petite fille sans papier va pouvoir faire sa rentrée scolaire grâce à la solidarité de chacun.
- les objets « symboliques » apparaissent comme le lien entre l’ici et l’ailleurs, une sorte de trait d’union entre les deux cultures (un oiseau, bracelet…). Ces objets montrent qu’il est impossible de s’intégrer. Ce symbole se retrouve dans Linn Linn, mais aussi dans La petite fille au kimono rouge, Myeko pense à son pays, le Japon, mais un cerf volant va lui permettre de tisser de nouveaux liens d’amitié.
L’étranger qui suscite une remise en question
Dans Chassé-croisé de Guillaume Guéraud, l’avis d’expulsion de son camarade Momo interroge, Myrtille, enfant adoptée, sur ce qui fait la légitimité d’appartenir à une nation.
- Il semble intéressant de présenter des articles de la déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen.
- Comment l’étranger permet de remettre en question le fonctionnement d’une société. Le regard nouveau est un procédé philosophique qui permet une critique sur la société, il a été utilisé par Montesquieu dans les Lettres Persanes : le but de l'oeuvre est de faire venir deux étrangers en France, Uzbec et Rica, qui vont jeter un regard naïf sur les diverses institutions et la société de l'époque.
La quête identitaire
Dans les romans pour adolescents, la question des origines est récurrente. La quête d’une filiation Baïti Baîtak, Taourama et le lagon bleu, la découverte d’un secret l’été du secret, permettent au narrateur de se questionner et de se positionner entre ses deux cultures. C’est ainsi qu’il parviendra à se construire avec ses différences afin de devenir un être unique enrichi par la pluralité culturelle.
- Les racines : le lien avec les grands parents est présent dans de nombreux romans, à ce propos il est intéressant de lire l’étude de Marie-Claude Mietkiewicz et Benoît Schneider : Les transmissions intergénérationnelles dans la littérature jeunesse lorsqu'on a des grands-parents qui s'appellent Donna ou Dziadek, qui propose également une bibliographie.
- Le retour dans le pays d’origine : Taourama et le lagon bleu, Idir, l’amazigh est l’occasion de se confronter à sa double culture. Cette expérience n’est pas toujours facile car elle oblige à se créer une culture unique qui passe par des choix, des questionnements, des désillusions.
- Cette question de quête identitaire se retrouve aussi dans la question de l’adoption d’enfants nés dans un autre pays. Mon carnet vietnamien raconte l’histoire d’un petit garçon qui cherche à connaître le pays où il est né.
Liens
Marie-Claude Mietkiewicz et Benoît Schneider, Les transmissions intergénérationnelles dans la littérature jeunesse lorsque on a des grands-parents qui s’appellent Donna ou Dziadek http://www.erudit.org/revue/efg/2007/v/n6/016486ar.html
Martinez Sandrine, Altérités, le web magazine divers et ouvert, propose un article qui s’interroge sur la représentation de la diversité culturelle dans la littérature jeunesse et plus particulièrement dans les albums. Les clichés ont-ils vraiment disparu ? http://www.alterites.com/cache/center_initiative/id_1219.php
Cité Nationale de l’immigration, http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=453&flash=0
Projet de l’ISJM, Littérature pour la jeunesse et altérité, in revue Parole, http://www.jm-arole.ch/expositions/Lectures%20des%20Mondes/article%20yvan.pdf
BNF : l’image de l’autre
http://expositions.bnf.fr/veo/pistes/index_image.htm
BNF : Les récits de voyage
http://expositions.bnf.fr/veo/pistes/index_recits.htm
Le site la ligue de l’enseignement propose un concours sur le thème de la lutte contre le racisme
http://www.laligue84.org/Jouons-la-carte-de-la-fraternite-une-operation-contre-le-racisme-et-les-discriminations_a154.html
Fiche pédagogique élaborée dans le cadre du comité de lecture Télémaque, mise en ligne le 3 ,mars 2008.
© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 03/04/2008 