Madeleine Couet-Butlen
Chantal Bouguennec
CRDP de Créteil
L'entrée officielle de la littérature de jeunesse dans les nouveaux programmes donne l'occasion d'analyser ceux-ci sous l'angle de la littérature non plus comme support de maîtrise des langages, mais comme objet d'étude en soi. C'est une différence qualitative qui apparaît désormais. Il va s'agir d'organiser des parcours de lecture qui vont permettre aux enfants de se construire progressivement une première culture littéraire. Ces parcours organisés par l'enseignant vont les conduire à rencontrer des uvres fortes, des univers singuliers d'auteurs, à rapprocher des types de personnages, à explorer des thèmes.
Ce travail effectué en classe et en BCD passe par la lecture à voix haute, du maître et des élèves, et la lecture silencieuse. C'est un travail basé sur les échanges oraux au sein du groupe classe et en petits groupes. Ces échanges vont permettre de favoriser la compréhension des textes, compréhension littérale et compréhension fine, et de mettre en place des débats interprétatifs dès cinq ans, activité qui était jusqu'à présent réservée au lycée. L'idée est que compréhension et interprétation s'articulent étroitement et que l'une ne va pas sans l'autre.
C'est à travers les activités orales que le jeune
enfant va accéder aux multiples visages des cultures écrites.
Les lecture entendues sont pour lui l'occasion de réagir, de reformuler
dans ses propres mots les textes lus par le maître, puis dès 5
ans, de faire émerger des interprétations à partir des
blancs du texte. Il est recommandé de ne pas trop s'attarder sur une
analyse trop longue de la première de couverture, au détriment
de l'entrée dans les textes. La lecture faite par le maître doit
reprendre fidèlement les mots du texte, afin d'installer la permanence
de l'écrit dans l'esprit des élèves, contrairement à
ce que l'on pratique lorsqu'on raconte. C'est pourquoi il faut accorder une
importance toute particulière au choix des ouvrages, en étant
attentif aux difficultés de la langue et aux références
auxquelles ils renvoient.
On peut distinguer deux statuts en ce qui concerne les albums : l'uvre
littéraire et l' album non narratif. On les utilisera avec des objectifs
différents, en allant du simple au complexe...
L'enseignant met en place des situations d'écoute et de
reformulation, des séquences de dictée à l'adulte. Les
enfants abordent des textes plus complexes, plus longs. On réfléchit
à des dispositifs de présentation, des découpages qui aident
à appréhender les étapes successives du récits.
On organise des parcours de lecture qui permettent de retrouver des personnages,
des thèmes, des auteurs, des genres, à travers des oeuvres nombreuses
et variées. La compréhension des textes documentaires peut faire
l'objet d'un travail analogue. Leur accès parfois difficile nécessite
un abord collectif et accompagné.
L'emprunt en BCD doit devenir une habitude et un besoin.
Les nouveaux programmes indiquent clairement un corpus préconisé.
Il s'agit d'une liste de départ qui n'exclut pas les choix individuels
par la suite. Elle ne doit pas être prise comme une liste restrictive
mais comme une liste de base. L'obligation d'aborder tous les genres littéraires
de la liste au cours du cycle implique une programmation en conseil de cycle.
En se référant au document d'application, on peut distinguer quelques
démarches préconisées et quelques démarches exclues
:
- Temps raisonnable de parcours de l'uvre (< ou = à 15 jours)
- Assurer la compréhension par la reformulation, l'anticipation
- Compréhension, interprétation et non explication (pas de fiche
de lecture)
- Institutionnalisation de moments de lecture en classe : avec temps important
: entre 4H 30 et 5H 30 de littérature par semaine (1 heure par jour)
- On insiste sur la lecture à voix haute du maître
- 4 instruments pour parcourir le texte (lecture à voix haute du maître,
lecture à voix haute des élèves, lecture silencieuse, résumé)
- Lecture partagée, notion de débat au service de la compréhension
et de l'interprétation tout en reconnaissant que toutes les interprétations
ne sont pas possibles
- Programmation des lectures au long du cycle : obligation de travailler en
équipe (+ voir programmes p. 187)
- Ne pas oublier l'image
- Va et vient entre lecture et écriture (pas de grande nouveauté
mais réaffirmation du principe)
- Lecture personnelle contingentée et guidée : un livre par mois
- Très fortement préconisé : la mise en réseau
La mise en réseau des livres va permettre de dresser une typologie des textes à travers des auteurs, des schémas narratifs, des genres... Elle va permettre de sensibiliser les enfants à ces différents types de lecture, de rapprocher des oeuvres afin d'éclairer certains points.
On peut distinguer trois enjeux :
- la formation du lecteur (compréhension, interprétation,
reformulation).
Le rôle du maître est d'être garant des droits du texte et
des droits du lecteur, dans la mise en relation entre les deux.
- la maîtrise du langage (argumentation, expression, travail sur l'écrit)
- la formation culturelle (donner les fondements d'une culture littéraire)
Le choix des livres va se porter sur deux sortes de textes :
- les textes réticents (qui posent des problèmes de compréhension)
- les textes proliférants (suffisamment polysémiques pour permettre
des interprétations différentes)
La BCD permet d'offrir un corpus d'uvres nombreuses et variées, de proposer des genres et des éditeurs différents. Se construire une culture littéraire et éditoriale, c'est engranger des références et participer à un système de sociabilités autour du livre (discussions, échanges), acquérir des références éditoriales (on connaît une collection, un auteur...) Seule la BCD est suffisamment riche pour offrir ces possibilités.
On ne peut plus décider des achats uniquement en fonction d'un thème, d'un coup de cur, ou du prix. Il faut constituer les fonds en fonction des programmes et l'entrée en littérature (choisir des livres polysémiques qui vont permettre le débat interprétatif). Il semble nécessaire d'acheter une partie des livres de la liste pour que les enfants puissent les retrouver après les avoir travaillés. Il devient donc important d'avoir une politique d'achat concertée au niveau du cycle en fonction de la mise en place des programmes.
Il est intéressant d'associer les enfants à la constitution
du fonds de la BCD. La lecture à voix haute et les débats favorisent
les échanges et l'argumentation. La participation aux comités
de lecture et au choix des achats, avec la gestion d'un petit budget, est une
activité responsabilisante et citoyenne. Cela permettra d'installer des
activités d'argumentation, de vote, de choix. Ces moments déboucheront
sur des débats passionnés et la participation active des enfants.
L'élaboration de commandes pourra aboutir à un travail sur le
circuit du livre.
Le rôle de l'adulte est de constituer l'échantillon pour le choix
(autour d'un thème, un auteur, un projet, une exposition...). Il anime
les séances et fait émerger l'expression des enfants. Il a également
un rôle d'arbitrage et il est garant de la forme d'ordre qui consiste
à accepter la loi de la démocratie.
Cette démarche est complémentaire des autres démarches
de débat et donne de la cohérence à l'ensemble de la pédagogie.
Privilégier les mises en réseau de livres pour approfondir
un point. Les nouvelles lectures conduisent au rapprochement avec d'autres textes.
Ces réseaux sont organisés pour explorer un genre, pour apprécier
les divers traitements d'un personnage, d'un motif, pour élucider une
procédure narrative, l'usage des temps et des lieux, pour estimer la
place d'une oeuvre au sein de la production d'un auteur ou dans une collection.
D'où l'importance de choisir des oeuvres adaptées à des
mises en réseau qui soient vraiment une exploration de la littérature.
Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 03/03/2003
