CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

L'album, espace de dialogue entre texte et image

 

L'animation pédagogique sur les relations texte-image dans l'album est entièrement construite autour des pages intérieures de trois albums : Tricycle d'Olivier Douzou (Éditions du Rouergue), Une histoire à quatre voix de Anthony Browne (Kaléidoscope), et Loup noir de Antoine Guillopé (Casterman).

Ne pouvant nous permettre de mettre en ligne ces pages pour une question de droits, et le travail n'étant guère compréhensible sans être accompagné des images, Annie Genty, conseillère pédagogique en arts visuels dans le Val-de-Marne, nous propose cet article lié à la démarche de création d'album par des élèves, en complément de son animation.
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D'un point de vue général
Un exemple à partir d'un album : La longue route de vagabonde

D'un point de vue général   

La réflexion s’inscrit directement dans une démarche de création d’album par les élèves de cycle 3. Contrairement à ce qui semble généralement admis, “illustrer un texte” ne relève d’aucune évidence, au delà même des difficultés liées au manque de maîtrise des techniques plastiques, souvent mis en exergue.
Créer un album suppose la connaissance et la prise en compte de deux codes aux fonctionnements différents : le langage de l'écrit et le langage de l’image, autant de signes adressés au lecteur qui devra, s’il veut pénétrer l’univers d’un créateur, les repérer, les analyser et les interpréter pour accéder au sens, voire aux sens, cachés sous l’évidence trompeuse de l’image.

L’illustration est l’une des deux composantes de l’album. Elle peut même en être l’unique dans le cas des albums sans texte. Les différentes acceptions du mot illustration participent des parti pris des illustrateurs. À l’origine, illustrer un texte, c’était le rendre plus compréhensible par adjonction d’images. Mais c’était aussi le rendre plus beau, lui donner de l’éclat, grâce à certains procédés de décoration. Aujourd’hui, dans un grand nombre d’albums, l’espace de l’image domine celui du texte qui semble faire fonction de légende explicative.
Les rapports entre le texte et l’image dépendent de la complicité qui existe entre l’auteur et l’illustrateur qui sert le texte, et qui par la qualité de ses images, fait naître d’autres images mentales. Si une seule personne tient les deux rôles, ce qui est le cas pour l'album proposé, les rapports textes/images se complexifient et rendent la lecture de l’ouvrage encore plus intéressante. Alors les fonctions de l’image dépassent souvent celles qui lui sont traditionnellement dévolues. L’image peut même aller jusqu’à remettre en cause le texte. L’album devient, dans ce cas, pour le lecteur attentif, un lieu de questionnement sur les liens qu’entretient ce couple, un espace à explorer, à l’origine d’interrogations multiples, d’observations croisées, d’hypothèses plus ou moins vérifiables, afin de mettre à jour les rouages voire les roueries du créateur de l’oeuvre.
Lire le texte, regarder ou admirer l’image ne suffit plus pour “comprendre” l’album, au sens propre du terme, c’est-à-dire le prendre avec soi, l’apprivoiser pour mieux se l’approprier.
Cela suppose donc une double maîtrise, celle des codes de la langue, du côté du texte, et celle des codes de l’image du côté de l’illustration.
Alors que de toute évidence, la pédagogie du français concourt à cet apprentissage, il semble que les apprentissages concernant l’image, eux, ne soient pas encore perçus comme vraiment nécessaires.
Pourtant il est aussi indispensable d’apprendre à faire parler un texte. L’image sera d’autant plus locace que le "lecteur-regardeur" en maîtrisera les codes. Ce qui implique la maîtrise des codes de l’image fixe, en général, et plus spécifiquement de ceux de l’image dans l’album.
La lecture des images d’album suppose en amont des activités portant sur le tri des images et des activités de lecture sur les genres, images documentaires, reproductions d’oeuvres d’art, images publicitaires ...
L’image publicitaire peut être une bonne entrée en matière, un bon outil de réflexion . Elle est facilement disponible, familière aux élèves, elle leur parle de leur monde, elle s‘adresse à eux, elle les manipule souvent subtilement.
Apprendre à les lire, c’est viser progressivement une prise de conscience de ses modalités de fonctionnement.
Une image est toujours porteuse d’un message émis par quelqu’un, le créateur, et adressé à quelqu’un, le public récepteur. Elle participe donc toujours d’une situation de communication. Elle est un des canaux possibles par lequel transite le message.
Mais le décodage de l’image ne dépend pas uniquement du savoir faire de son créateur. Il est lié à l’individu qui la reçoit. L’image devient le lieu de prédilection, la mise en oeuvre de l’imaginaire du receveur.
L’image est polysémique. Les multiples sens qu’on lui attribue ne sont en fait que le résultat des interprétations de chacun. Mais ces interprétations s’expliquent par la perception consciente ou inconsciente des données visuelles objectivement repérables, comme autant de signes qu’il faut apprendre à décoder.

La polysémie de l’image est le résultat de l’interaction :
- des interprétations liées au "regardeur", le connoté : interprétations personnelles (une émotion, une expérience vécue, des associations d’idées... ), ou culturelles (la connaissance du contexte historique et social de sa création, l’iconographie d’un personnage, sa place dans l’Histoire de l’Art, la lecture symbolique des couleurs... )
- des données visuelles de l’image, le dénoté : à travers les éléments plastiques repérables, (le traitement des couleurs, de la lumière, la représentation de l’espace, des formes, le choix des matériaux, la composition de l’oeuvre... ), et les composants extra-iconiques (le format, l’orientation, la forme, le cadre, le cadrage... )

Apprendre à décoder une image en général, c’est comprendre l’espace du discours. C’est faire passer l’enfant confronté à une image, d’un jugement épidermique, de refus ou d’adhésion, à une analyse argumentée de ses choix. C’est cultiver son esprit critique par une certaine mise à distance.

Ce qui est valable pour la lecture d’image publicitaire reste valable pour celle de l’album. Cependant elle présente quelques particularités.
Dans l’album narratif, avec ou sans texte apparent, elle est contrainte par la chronologie des événements et fonctionne donc en relation étroite avec l’image qui la précède et celle qui la suit. Elle est aussi dépendante d’un certain nombre de contraintes particulières, dues à l’objet livre lui-même. Elle répond à des exigences éditoriales, de coût, donc de format, de nombre de pages, de choix typographiques, de nombre de couleurs, de public... Des spécificités de la collection qui déterminent la charte graphique, ensemble de contraintes techniques à respecter par l’auteur, qui pourra au mieux les discuter avec l’éditeur, mais dont il faudra dans tous les cas, qu’il tienne compte.
L’illustrateur s’impose aussi un certain nombre de contraintes plastiques de création qu’il met au service d’une intention qui diffère de celle d’un artiste plasticien. C’est sans doute pourquoi les illustrateurs sont rarement reconnus en tant qu’artistes. Pourtant ce sont de véritables artistes dans leur domaine.
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Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 25/10/2005

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