CRDP
Chantal Bouguennec
Madeleine Couet-Butlen
Intervenante : Sandrine Wojtowicz, du prix des Incorruptibles
Sandrine
Wojtowicz travaille pour l'association du prix des Incorruptibles, nous en présente
aujourd'hui le fonctionnement dans son ensemble, et plus particulièrement
la sélection de la seizième édition (2004-2005), par niveaux.
Cette rencontre au CRDP nous donne d'autre part l'occasion et le plaisir de
rencontrer deux artistes :
- Thomas Scotto, auteur sélectionné cette année
pour Rendez-vous n'importe où et À la folie, plus du
tout. Il avait déjà été sélectionné pour l'album
Sables émouvants en 2002.
- Pierre Beaucousin, illustrateur lauréat l'année précédente
pour Fais-moi peur (catégorie CE2).
L'association du Prix des Incorruptibles est reconnue « association-ressource
dans le cadre du plan de prévention et de lutte contre l'illettrisme
du ministère de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la
Recherche ».
Sandrine a élaboré des pistes d'activités ludiques autour
des livres de la sélection, qu'elle nous propose aujourd'hui. D'autres
pistes, à caractère plus pédagogique seront présentées
dans le courant du mois d'octobre sur le site internet des Incorruptibles. Ces
pistes, sans se substituer au travail de l'enseignant, se veulent des aides
pour rendre dynamique la participation au prix, tout au long de l'année.
Sandrine a pour mission de contacter les institutions afin de concevoir des
partenariats dans différentes régions de France dans le but d'organiser
des animations ou des interventions autour du prix. Ces partenariats peuvent
aussi parfois déboucher sur des aides financières.
Au sommaire de cette animation :
Présentation générale du prix
La
sélection 2004-2005
Entretien avec Thomas Scotto
Entretien avec Pierre Beaucousin
Le
prix est né il y a seize ans, créé par un libraire avec
la collaboration de Françoise Xénakis, aujourd'hui présidente
d'honneur de l'association. Partant du constat que les enfants ne venaient plus
dans la librairie, le libraire s'est posé la question du contenu à
mettre en place pour motiver les enfants à lire. Françoise Xénakis,
à l'époque, souhaitait travailler à la reconnaissance de
la littérature de jeunesse. Ils ont donc créé pour la première
fois, à un niveau local, un prix littéraire décerné
par les enfants.
À cette époque, les livres étaient sélectionnés
dans la librairie par les enfants eux-mêmes, qui les lisaient tout au
long de l'année, puis au mois de mai, se réunissaient pour débattre
autour des titres, donner leur avis et voter pour leur livre préféré.
Le succès du projet en région a été tel que le créateur
du magazine Page des libraires a décidé de le soutenir
en créant une association pour gérer l'organisation du prix à
un niveau national.
Lors de la première année de vote national en 1994, le prix a
réunit une centaine de participants. Cette année-là, les
enfants ont véritablement pris en main le prix et lui ont attribué
son nom. En 2004, près de 120000 enfants ont voté dans 2700 établissements.
Le nombre d'établissements participant cette année approche les
3000, soit environ 140000 enfants... Le prix commence même à l'heure
actuelle à dépasser nos frontières (Riad, Berlin, Madrid,
San Francisco). L'ampleur de cette participation peut être motivante pour
les enfants inscrits.
Les classes reçoivent les livres en octobre et les lisent jusqu'au mois de mai. En mai, des finales locales sont organisées, lors desquelles les enfants peuvent débattre autour des livres et voter pour leur livre préféré. Le vote n'est pas collectif : un enfant = une voix. Ces finales locales s'organisent différemment suivant les départements et les régions. Il est parfois possible d'organiser une finale départementale en regroupant tous les enfants en un même lieu. D'autres établissements préfèrent organiser sur place des finales inter-classes.
Au moment du vote, les enfants doivent justifier oralement leur choix, voire
se lancer dans une joute verbale pour tenter de faire aimer leur livre préféré.
Les organisateurs du prix préconisent autant que possible de mettre en
scène le vote d'une manière formelle. Il s'agit de rappeler les
règles du vote, son importance dans une démocratie. Concevoir
une urne, un isoloir symbolique... Les établissements inscrits reçoivent
un matériel de vote (plaquettes et bulletins de vote). Sur simple demande
à l'association, les structures qui le souhaitent peuvent recevoir le
logo des Incorruptibles ainsi que des diplômes pour chaque lecteur.
Les votes, une fois dépouillés, sont retournés dans leur totalité à l'association, soit sur le site internet directement, soit par courrier postal.
Au mois de juin, la finale nationale est organisée. Elle réunit
entre 550 et 600 enfants, ce qui correspond environ à deux enfants par
établissement. Ces représentants peuvent être choisis par
leurs camarades lors de la finale départementale ou interne. Cette finale
nationale se déroule à la Cité des Sciences de La Villette.
Elle permet de conclure l'année de façon solennelle et festive,
et de faire prendre conscience aux jeunes lecteurs qu'ils font partie
d'un jury national.
En fin de journée, tout le monde est rassemblé pour la remise du palmarès. L'objectif de la finale est de montrer aux enfants l'importance de leur voix et leur permettre de rencontrer les auteurs. Le plaisir et l'intérêt des enfants qui ont participé au prix imposent de maintenir cette grande fête finale, même si elle pose à présent, de par son ampleur, d'énormes problèmes d'organisation.
L'un des objectifs principaux du prix des Incorruptibles, très important et très intéressant pour les participants, est le travail avec les auteurs. La difficulté principale, bien sûr, est le prix. Il est de 354,91€ pour une journée et 212,90€ pour une demi-journée. Il est donc nécessaire de trouver les financements. C'est le rôle de Sandrine, qui sillonne la France depuis un an pour entrer en relation avec les institutions qui lui permettraient de recevoir des subventions. Son expérience positive avec le Conseil général du Vaucluse, lui donne beaucoup d'espoir. L'association ne peut pas financer toutes les animations avec les auteurs, mais elle prend en charge le côté administratif : transmission de la liste départementale des participants, contact des auteurs, mise en relation, factures...
Les
interventions de Pierre Beaucousin et de Thomas Scotto permettent d'apporter
un éclairage pratique et concret sur leur expérience des rencontres
entre élèves et auteurs autour du prix et leurs attentes dans
ce domaine.
Pierre Beaucousin a trouvé l'expérience mémorable.
Il pense qu'un vrai échange enrichissant s'établit entre les auteurs
et les enfants, surtout lors des rencontres dans les classes (lui-même
en a vécu sept l'an dernier). Ces rencontres sont essentielles pour rendre
le livre plus accessible aux enfants. Si le fait de gagner est une sorte de
couronnement final, Pierre pense que le plus enrichissant est de rencontrer
le lectorat des enfants tout au long de l'année.
Thomas Scotto, quant à lui, avait été sélectionné
pour un album difficile, Sables émouvants, qui abordait le thème
de la mort. C'est un livre illustré par Éric Battut, qu'il avait
envie de défendre et qui a posé beaucoup de questions aux enfants,
aussi bien lors des rencontres que lors de la finale. Les enfants avaient beaucoup
aimé les illustrations d'Éric Battut, mais dans les classes où
il est allé, ils n'avaient pas lu le texte. C'est l'histoire d'un petit
garçon qui va tous les jours sur son mur de pierres dans le désert,
pour parler à quelqu'un qui n'est plus là (en voyage pour certain,
mort pour d'autres). L'auteur ne dit pas à qui parle le petit garçon.
Le texte est très empreint du Petit Prince. Sables émouvants,
sur le thème de l'absence, du manque, n'était pas un livre rassurant
pour les enfants. La fin est ouverte. Thomas a trouvé passionnant que
chaque enfant évoque après la lecture, son propre manque, avec
l'idée que la vie continue. Aller à la rencontre des enfants ajoute
à son plaisir d'écrire et lui donne envie de continuer.
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L'association travaille en partenariat avec les éditeurs jeunesse, ce qui permet de vendre aux établissements les titres avec une importante réduction. Mais suite à la loi de planification des remises et rabais aux collectivités, il n'est plus possible de dépasser 9% de réduction. Pour continuer dans les mêmes objectifs, l'association a choisi, en accord avec les éditeurs, de racheter les droits des livres pour la durée du prix en cours, de les imprimer avec le logo du prix des Incorruptibles, un nouvel ISBN, et un nouveau dépot légal. Pour réussir ce nouveau challenge, il est nécessaire que les inscriptions des participants parviennent à l'association en juin afin que la quantité nécessaire des livres soit disponible en octobre.
Deux-cent-cinquante professionnels du livre (enseignants, libraires, bibliothécaires, documentalistes...) participent chaque année à la sélection. Les livres présélectionnés par les éditeurs sont lus par le comité. Un livre doit avoir entre cinq et dix voix positives pour pouvoir être sélectionné. La sélection définitive est prête en février. Chaque sélection comporte des livres de remplacement en cas de problème avec les éditeurs.
Sur le site internet des Incorruptibles, un forum a été mis en
place pour proposer aux enseignants une animation complète autour du
livre, et aux enfants une initiation autour de la critique littéraire.
Les enfants peuvent correspondre entre eux sur les livres à partir de
ce forum qui permet ainsi aux établissements de se mettre en relation.
Les Incorruptibles ont également comme projet cette année de mettre
en ligne des entretiens avec des auteurs, filmés par l'équipe
audiovisuelle du CRDP, ce qui permettra aux classes ne pouvant bénéficier
d'animations d'avoir tout de même un contact avec ces auteurs. D'autres
entretiens pourront être réalisées textuellement, à
partir des questions des enfants. Il est intéressant également
d'engager des correspondances avec les auteurs, par mel ou par courrier postal.
Consulter
la liste des livres par niveau et les pistes d'activités correspondantes
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Thomas Scotto répond aux questions de Madeleine Couet-Butlen, CRDP
M.
C-B : Rendez-vous n'importe où est un livre très poétique,
autant dans le texte que dans les illustrations, qui rend bien la tension de
l'attente. C'est un choix ambitieux pour le CE1 et cet album mérite un
accompagnement. Pourquoi avoir choisi le thème de la rencontre amoureuse,
qui est aussi le thème de votre autre livre dans la sélection,
et pourquoi l'avoir traité par le genre épistolaire ?
T.S : L'amour est un thème inépuisable mais les deux ouvrages
sont traités très différemment (l'album se situe au début
d'un amour et le roman à la fin d'un amour). Je voulais pour l'album
traduire la naissance de l'amour, ses premiers balbutiements, l'attente amoureuse
d'un premier rendez-vous et tout ce qui jalonne cette attente. L'impatience,
la préparation, le moment de doute...
Le choix du mode épistolaire correspond à mon plaisir personnel
de recevoir du courrier, en particulier des lettres d'amour ! J'aime aussi
l'idée de cette semaine qui s'écoule, au fil de lettres à
caractère météorologique, en fonction de l'état
d'esprit du narrateur (brouillard, brume pour le jour du doute).
J'ai choisi de ne pas écrire la fin pour que ce soit l'illustratrice
qui l'offre au lecteur. Je lui ai laissé le choix de matérialiser
la rencontre ou non. Je voulais cette dernière page sans texte car je
suis sûr que l'image suffit.
J'aime écrire des albums à cause du peu de mots nécessaires,
en interaction avec l'image qui raconte tellement par elle-même et qui
prédomine. Je suis fasciné par le travail des illustrateurs et
leur talent pour raconter le silence. J'aime beaucoup écrire le silence
et le non-dit.
M. C-B : Il y a justement un lien très serré et une relation harmonieuse entre le texte et l'image. Est-ce en travaillant avec l'illustratrice que vous avez pu créer cette relation ?
T.S : C'est une question qu'on me pose souvent. Non, le texte a été écrit avant que Thierry Magnier le propose à Ingrid Monchy, comme cela se passe très fréquemment ; il est très rare que les auteurs et les illustrateurs se rencontrent. Cela se produit tout de même un peu plus à présent car il semble normal pour l'auteur d'avoir envie de savoir si les images vont correspondre à sa sensibilité, même s'il n'est sans doute pas le mieux placé pour juger de l'effet des images sur ses mots. Dans le cas de cet album, Thierry Magnier a fait travailler l'illustratrice dans le sens qu'il souhaitait.
M. C-B : C'est l'éditeur qui a dirigé son travail par rapport à votre texte ?
T.S : Oui, voilà, je pense ; et c'est la particularité de Thierry Magnier d'avoir des livres uniques chez lui, de la part de l'auteur et de celle de l'illustrateur : il demande aux artistes un travail spécial pour lui.
M. C-B : Vous écrivez depuis peu chez Thierry Magnier. Comment la rencontre s'est-elle faite ? Choisissez-vous vos éditeurs ou est-ce l'inverse ?
T.S : Le travail de commande n'est pas le plus intéressant
et j'ai la chance de proposer des livres qui naissent d'un désir et d'une
envie. Même si je ne raconte pas ma vie dans les histoires, elles en sont
nécessairement nourries. Je pense qu'une relation auteur-illustrateur-éditeur
a besoin d'être affective car l'objet final va donner de l'émotion,
va faire rire, pleurer, se poser des questions.
On touche une période de l'enfance où les livres que l'on lit
sont les plus importants de notre vie. Si les enfants ont un coup de coeur pour
un livre, que ce soit Harry Potter, Titeuf, le Loup Gris ou un autre,
ils vont s'en souvenir. S'ils l'ont détesté, ils s'en souviendront
aussi. Donc, je pense qu'en tant qu'auteur ou illustrateur, on a une responsabilité
énorme. De même pour les enseignants qui sont les médiateurs
de nos livres. Quand un travail peut être aussi homogène et aussi
affectif que Rendez-vous n'importe où, on a gagné. J'essaie
de ne pas faire la même chose chez tous les éditeurs, mais j'aime
beaucoup ce que fait Thierry Magnier. Rendez-vous n'importe où
est un très beau travail d'éditeur. Thierry Magnier a parfaitement
sû allier un texte et un illustrateur.
M. C-B : Vous avez une production hétéroclite
(albums, romans, romans policiers, recueils de comptines...). Vous naviguez
entre différents genres. Dans quel genre vous sentez-
vous
le plus à l'aise ?
T.S : En effet, il y a de la poésie, du polar, des romans de la vie de tous les jours, du conte philosophique... et on m'a déjà demandé où je me situais. Encore une fois, cela vient du plaisir, je suis partout et je ne veux pas choisir. Les deux ouvrages sélectionnés pour ce prix n'ont pas du tout la même écriture ni la même portée. Aujourd'hui, en littérature jeunesse, on aborde tous les sujets, la mort, la sexualité, la séparation... il n'y a plus aucun tabou. Certains sujets sont malgré tout plus adaptés à des tout-petits que d'autres. D'où l'intérêt pour un auteur de varier les tranches d'âge des enfants auxquels il s'adresse.
M. C-B : Vous proposez aussi des ateliers d'écriture dans les établissements scolaires. Quelle est votre démarche, quelles sont les situations qui déclenchent l'écriture, comment lancez-vous ce processus chez les enfants ?
T.S : C'est différent avec chaque classe. Je ne possède
pas la pédagogie des enseignants ; j'arrive avec mon plaisir d'écrire,
de lire et c'est cela que j'ai envie de transmettre. Je trouve dommage de faire
venir un auteur sans avoir lu au moins un de ses livres, car un auteur se livre
beaucoup dans ses livres, de façons très différentes.
Dès le premier livre que j'ai écrit, il m'a semblé évident
qu'il fallait aller dans les classes. J'avais envie de voir les enfants, que
j'aime beaucoup parce qu'ils sont spontanés et sincères. Ils nous
laissent très naturellement au niveau où nous sommes : des
raconteurs d'histoires. C'est la grande chance des auteurs jeunesse de pouvoir
rencontrer leurs lecteurs.
Les ateliers d'écriture que je mène commencent en maternelle,
sous forme de dictée à l'adulte, et sont fascinants car les enfants
ont une imagination débordante qu'il faut canaliser. On lance un début
d'histoire et il pourrait se passer mille choses. On ne peut pas tout garder,
il faut choisir et apprendre à gérer la frustration pour garder
la cohérence.
Avec les élèves de primaire, on écrit beaucoup de romans
policiers ou de contes qui permettent de rebondir sur plusieurs séances.
Je vais dans les classes cinq fois, dix fois, vingt fois s'il le faut pour écrire
l'histoire du début à la fin. Je tiens absolument à finir.
Il y a nécessairement des moments difficiles : on s'énerve,
la maîtresse panique à cause du peu de séances qui restent...
C'est l'angoisse de l'écriture, aussi bien en maternelle qu'en lycée.
Dans un lycée forestier de bûcherons, j'ai un jour demandé
aux élèves d'écrire une lettre à un arbre et ils
ont réussi à rédiger une superbe lettre.
Un atelier d'écriture doit rester ludique, pour le plaisir, sans notation.
Auteur et élèves sont là, ensemble, pour cheminer. L'auteur
arrive auréolé d'un beau rôle, mais la place de l'enseignant
est aussi indispensable. D'autre part, entre deux séances, les enfants
continuent l'écriture avec l'enseignant.
Je pense que l'activité d'écrire est plus à la portée
de l'enseignant que celle d'illustrer. Les deux activités peuvent se
faire en binôme si on a la chance de pouvoir travailler à la fois
avec un auteur et un illustrateur.
M. C-B : Ce livre est vraiment magnifique, le texte est très fort et traite de l'amour de façon adulte. On peut vraiment le proposer à des enfants beaucoup plus âgés que ceux auxquels le prix l'adresse cette année.
Sandrine ajoute que d'autres albums de la sélection sont tout à fait accessibles à des élèves de collège (Le magicien du square, La rédaction, Le maître des horloges, Le prince de Venise, Les trois questions...) Les thèmes de ces ouvrages peuvent en effet être abordés de façon très intéressante avec des grands ; de plus leurs illustrations extraordinaires méritent de ne pas les limiter à un seul âge.
Bibliographie
de Thomas Scotto
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Pierre
Beaucousin fut lauréat l'an dernier pour le roman Fais-moi peur,
son premier livre. Souvent les écoles demandent des rencontres avec des
auteurs, moins souvent avec des illustrateurs, peut-être par méconnaissance.
Il est pourtant important d'introduire l'illustration qui est un autre moyen
de travailler sur l'histoire et de mettre le texte en valeur.
Pierre a vécu quelques rencontres très positives et il nous explique
ici ce que l'intervention d'un illustrateur peut apporter aux classes.
Pierre Beaucousin : « Outre toutes les questions qui peuvent
arriver sur la façon dont a été fait le dessin, les enfants
sont intéressés par le fait de savoir comment se fabrique l'objet
livre (texte + images). C'est l'occasion d'expliquer que l'illustrateur dessine
une seule fois, puis envoie tout à l'impression et qu'ensuite, plusieurs
exemplaires peuvent sortir.
La question de la collaboration avec l'auteur est souvent posée aussi.
Les réponses cassent des mythes ! Ils ne se connaissent même
pas ! Le prix des Incorruptibles m'a d'ailleurs permis de rencontrer l'auteur
du livre (Grégoire Horveno... ).
Je me rends compte que les enfants sont plus en sécurité avec
le texte qu'avec l'illustration. Ils ont un rapport assez régulier avec
l'écriture, relayée en classe. Le dessin est laissé plus
libre et les enfants y sont livrés à eux-mêmes, en tout
cas à partir des années de l'école élémentaire.
Durant cette période, les enfants abandonnent souvent le dessin car ce
qu'ils font ne ressemble pas à ce qu'ils ont dans la tête. J'explique
aux enfants comment arriver à faire un dessin tout simple, mais efficace.
Lorsque je suis intervenu en collège, lors d'une finale départementale,
j'ai tenté de faire comprendre aux adolescents qu'il ne faut pas essayer
de soumettre l'illustration au texte. L'illustration est un deuxième
langage qui sert à mettre en valeur le texte, mais ce qui est intéressant
est de lire entre les lignes et de recréer, à partir de ce qu'on
peut tirer du texte, une sorte de commentaire composé du texte, par l'image.
Au collège, les adolescents s'intéressent à la façon
dont on compose une image. À partir du moment où on fait un dessin
cohérent, il "passe" mieux. Il m'est arrivé de demander
à des élèves, après avoir cité une phrase
au hasard de leur livre préféré, de se lancer à
l'illustrer. J'ai ensuite aidé chaque enfant à réellement
tirer de la phrase ce qui pouvait être intéressant. C'est presque
un exercice de français car il faut parfaitement comprendre ce qu'on
a lu. L'illustration soutient alors le texte et le met en perspective, et prouve
que l'enfant a bien compris le sens.
Ensuite, on peut intéresser les élèves au story-board,
mettre les images les unes à la suite des autres. On peut amener les
plus grands à une adaptation cinématographique. C'est un autre
travail autour du livre qui peut être passionnant. »
Bibliographie
de Pierre Beaucousin
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Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 19/10/2004
