CRDP
mercredi 29 mars 2006
Intervenants :
Dominique Grassart, conseillère pédagogique
Jérôme Trinssoutrop, CRDP

"Comme de longs échos qui de loin se confondent,
dans une ténébreuse et profonde unité,
vaste comme la nuit et comme la clarté
les parfums, les couleurs et les sons se répondent."
Baudelaire
Dominique Grassart, conseillère pédagogique généraliste et musique, coordonne actuellement en Ile-de-France les actions de la FNCMR, fédération nationale des centres musicaux ruraux. Cette association agréée par le ministère de la jeunesse et des sports existe depuis 1948. Elle a établi des conventions avec l'éducation nationale et le ministère de la culture, et gère l'intervention de musiciens à l'école.
Jérôme Trinssoutrop travaille au secteur Animation-Médiation-Formation du CRDP de l'académie de Créteil, où il coordonne les rencontres De Visu.
Cette animation a pour objectif de proposer des liens entre musique et littérature et comprendre quelles perspectives un travail artistique en musique peut permettre dans le domaine de l'acquisition de la langue et l'entrée dans la littérature.
Au sommaire de l'animation :
présentation de la FNCMR
généralités sur la musique
correspondances entre musique et littérature à partir d'exemples
des démarches en classe
bibliographie
Cette fédération pose comme idée première : "la musique pour tous, partout". En 1948, période de reconstruction de la France, des militants ont œuvré pour que la culture soit une priorité nationale, au même titre que la nourriture et le logement. À cette époque, la FNCMR met en place un travail dans les centres de colonies de vacances, particulièrement dans le milieu rural. En effet, elle a pour vocation d'intervenir dans des régions qui manquent de structures culturelles, dans des écoles très isolées.
site de l'association
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L'écho des rêves et des émotions
De tout temps, en chaque lieu, en chaque circonstance et quelle que soit la société, la musique accompagne les rituels humains. C'est un jeu, qu'elle soit pratiquée par un enfant ou par un professionnel. Ce jeu reste un instant chargé de symbolique, une organisation de l'imaginaire, une plaque sensible et révélatrice de la personnalité, une manière de rencontrer l'autre d'une façon agréable en devenant maître ou sujet de sa production sonore. Cette définition, inspirée de Jacques Subileau (Les musiques sons), permet d'aborder les premiers rapprochements avec la littérature.
Rappel sur l'enseignement de la musique
La technologie du son est apparue en 1877, avec l'arrivée du phonographe qui permettait de conserver des sons, juste avant la création de l'école publique, gratuite et laïque. La consommation passive de sons induite par le phonographe est critiquée dès l'apparition de cette technologie, à la fin du 19ème siècle. On demande à cette époque que le phonographe soit écarté de l'enseignement. Il faut attendre 1938 pour que les programmes d'enseignement affichent un volontarisme nouveau sur l'écoute de la musique. En 1947, les instructions font une large place à l'audition : "apprendre à écouter des œuvres de toutes époques, de tous styles, de toutes origines en axant la recherche sur la reconnaissance du matériel sonore (instruments, voix) sans laisser de côté la sensibilisation aux caractères essentiels de l'œuvre".
En 1977, les programmes sont formulés ainsi : "sentir d'abord, comprendre ensuite, apprendre enfin".
Aujourd'hui, l'enseignement de la musique comporte deux enjeux : d'une part apporter une culture musicale alliant des références historiques de la tradition musicale occidentale aux expressions des cultures du monde ; d'autre part, apprendre à écouter les musiques et à discriminer leurs contenus.
Une des difficultés rencontrées par les enseignants est de faire créer de la musique aux enfants, activité plus compliquée à réaliser que faire écouter ou faire connaître. C'est souvent la raison pour laquelle on se limite au chant choral et l'enseignement de la flûte à bec (qui n'est plus au programme), ce qui peut être une expérience riche mais souvent limitée sur le plan du répertoire. La technologie actuelle aide à sortir de ce problème, avec l'utilisation du numérique en particulier, susceptible d'apporter une expérience non seulement de l'interprétation mais aussi de la création.
Jeu vocal de mise en route : Dire son prénom |
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Les participants sont en cercle. |
Faire de la musique à l'école
- Aider l'enfant à explorer des possibilités sonores.
- Proposer des activités au cours desquelles se dégageront des structures, des formes d'organisation individuelle ou collective.
- Apprendre à l'enfant à devenir critique, à juger ce qu'il fait et ce que font les autres en donnant un avis argumenté.
On trouve là encore des parallèles avec le programme de littérature.
Interpréter la musique
À l'école, les exigences sont limitées. Même au collège et au lycée, l'interprétation restera au niveau de toute personne qui s'y intéresse, même sans être technicienne.
Ecouter de la musique
Saisir au cours de la journée toutes les occasions d'enrichir sa connaissance du monde des sons.
Recevoir le monde en musique s'apprend, comme l'orthographe, par des exercices. Le rôle de l'enseignant est de donner des pistes pour que l'enfant se repère dans le monde des sons. En effet, l'écoute musicienne est difficile à adopter si on n'éprouve pas un certain attrait pour le monde sonore. À un certain moment, le bruit devient son et on doit apprendre aux enfants à se repérer dans ces sons.
Première perception auditive :
- Découvrir des plans sonores, des superpositions de sons.
- Rechercher les sons voisins, les plus éloignés, saisir des bruits en haut, en bas, dans les salles contiguës.
- Enregistrer et reconnaître des bruits très légers, un murmure, le bruissement d'une étoffe, sa respiration...
- Percevoir des sons différents successifs puis simultanés.
- Suivre le déroulement d'une séquence polyphonique. Les élèves ont le même problème avec la littérature lorsqu'ils doivent percevoir des points de vue différents, des histoires simultanées, imbriquées...
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Objectifs :
- Rapprocher des œuvres lues des œuvres d'art et des connaissances disciplinaires.
- Favoriser une réception
nouvelle.
- Aider les enfants qui entrent difficilement dans la communication.
Il s'agit de comprendre un texte avec son corps, entrer dans un texte avec ses oreilles.
Le pouvoir de la musique / le pouvoir des mots
La musique, comme les mots a des pouvoirs sur les individus. De tout temps, les hommes ont utilisé le pouvoir des sons. La musique possède en elle cette cohabitation nécessaire entre conflit et harmonie. Elle peut être apaisante ou angoissante : certains sons nous touchent, nous mettent en forme, d'autres nous font peur.
La musique incite au dépassement de soi, mais aussi au dépassement des normes et des règles. C'est un moyen de subversion et les régimes totalitaires interdisent toujours certaines musiques, comme certains types de littérature.
L'entrée en littérature demande des capacités langagières que les enfants ne possèdent pas toujours. L'entrée par la musique peut aider par ses correspondances à entrer en littérature, en faisant entrer des sentiments, des expressions, des émotions par les sons. On peut prendre comme exemple le travail avec des autistes, qui parviennent à entrer en communication grace aux percussions et aux instruments à peau qui font vibrer le squelette. Les sons qu'ils perçoivent les font réagir et entrer en communication.
Plutôt que d'entrer dans la littérature par le côté intellectuel, on va donc entrer par le côté sensible. Bien sûr, une musique ne correspond pas nécessairement à une littérature mais il est intéressant de découvrir les passerelles qui vont permettre de passer de l'une à l'autre.
La musique est d'abord une affaire de perception. Elle est liée au sens et permet de se réconcilier avec soi-même. Elle n'a pas besoin d'être intellectualisée pour être comprise et pour faire de l'effet. Or, à l'école, on commence par intellectualiser. L'école est affaire de compréhension et d'intellect et on oublie la partie sensibilité, sensation, perception. Or, en musique, comme en théâtre, c'est la mémoire du corps qui est en jeu d'abord. Le rythme passe par le corps. La mémoire du geste, du mouvement,de la sensation qu'on a éprouvée, passent par la perception.
| Jeu vocal : Le réveil |
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- Essayer de se retrouver par la pensée dans sa chambre |
Jean Tardieu a cherché comment transcrire avec des mots ce qu'il éprouvait en musique, comment faire une oeuvre musicale avec du matériel littéraire, mais "si le langage pouvait traduire une œuvre picturale ou musicale avec des mots, elle n'aurait plus de raison d'être puisque c'est dans la mesure où elles dépassent les catégories et les codes du langage que les œuvres artistiques nous atteignent, nous touchent". Pour Conversation sinfoniéta, il met en scène des acteurs à la façon d'un orchestre et leur fait jouer ensemble chacun leur partition de texte.
La musique permet d'exprimer les sentiments de façon plus profonde que les mots qui passent par l'intellect. Il faut donc d'abord éprouver des sentiments et des émotions, puis passer par le langage.
Les correspondances entre musique et littérature sont faciles pour toute la musique classique occidentale. Les liens sont évidents jusqu'à la fin du 19ème siècle car la musique jusqu'à cette époque obéit à une rhétorique issue de l'antiquité gréco-romaine et du travail de la Renaissance. Elle s'inspire dans sa structure de procédés utilisés aussi par la littérature (introduction, développement, conclusion). Aujourd'hui, les liens existent toujours, mais la musique du 20ème siècle fonctionne différemment.
Procédés musicaux et littéraires pour traduire une ambiance, des sentiments
Les procédés musicaux et littéraires sont différents mais ils relèvent d'une problématique identique. Il est intéressant de montrer aux enfants de quelle façon ces procédés fonctionnent, de quelle façon l'auteur ou le compositeur s'y prend pour traduire une émotion, par exemple la peur, qui peut se montrer aussi bien en musique qu'en littérature.
Exemple : Les dents de la mer :
Les instruments entrent tous les uns après les autres pour jouer progressivement tous ensemble, ce qui donne l'impression d'intensité. À ce procédé s'ajoutent le choix des violoncelles, l'accélération, les tons graves...
Dans les livres, il s'agit de donner les mêmes clés aux enfants pour analyser les procédés de la construction de la peur. Notions de couleurs, d'atmosphère, d'ambiance... relever ce qu'on a entendu en musique, puis relever les mots utilisés par l'auteur pour qualifier l'ambiance. Réfléchir aux sentiments provoqués...
On proposera les mêmes activités pour les musiques et les livres qui font pleurer, qui font rire...
Les romans policiers sont intéressants à exploiter musicalement car l’ambiance, la tonalité, le suspense peuvent servir de point de départ à de nombreuses activités d’écoute et de création.
Toutefois, il faut faire attention au fait que les sentiments ressentis à l'écoute d'une musique ou à la lecture d'un livre sont personnels et ne sont pas les mêmes pour chacun. Le rôle de l'adulte, très important, est d'aider les enfants à traduire ces sentiments par des mots, sans porter de jugement.
L'expression des sentiments a commencé à se pratiquer au 15ème siècle avec la forme du madrigal. Des sons qui se précipitent expriment une idée de fuite, une gamme chromatique qui descend indique un personnage qui pleure...
Dans l'Orfeo de Monteverdi (1567-1643), un compositeur exprime pour la première fois la douleur. On assiste à des figures de rhétorique traduites en musique.
Différents traitements d'un personnage
On peut aborder ce thème à travers les différentes versions de Barbe-Bleue. En fonction du traitement plastique choisi par l'auteur (graphisme, couleurs, mise en page), un même thème va provoquer des sensations différentes.
Les albums CD ne se valent pas tous. Dans certains, le texte est lu ; dans d'autres, le texte est lu avec un accompagnement musical ; dans d'autres encore, texte et musique sont étroitement liés.
Il est nécessaire d'être attentif aux accompagnements musicaux des contes et des histoires. Dans certains CD, le son est redondant par rapport à l'histoire, n'apporte aucune information supplémentaire. Rechercher avec les élèves ce que le son apporte au texte : complémentarité, divergence, juxtaposition ?
Les images ont la même fonction dans les albums par rapport au texte : il est toujours plus intéressant et plus riche de proposer aux enfants des albums où texte et image sont complémentaires.
Quelques titres :
Jungle
Di Rosa, Hervé ( ill. ) ; Redolfi, Michel
Albin Michel / CIRM / Paris Musée (album sans texte, CD + livret d'accompagnement)
Les musiques de Redolfi, conçue comme une forêt de sons est en correspondance avec une fresque du peintre Di Rosa, qui se déplie en accordéon.
Les musiques pour les quatorze volets du panoramique alternent avec des paysages sonores de la jungle brésilienne.
- Douce et Barbe-Bleue, opéra pour enfants d'Isabelle Aboulker : d'après l'ouvre de Charles Perrault.
Cette version sanglante, dans laquelle Barbe-Bleue tue sa femme, est à conseiller à partir du cycle 3.
On peut travailler avec les enfants sur la comparaison avec d'autres versions, les différentes fins et la manière de les traiter. Chercher les éléments qui permettent de reconnaître les méchants en littérature et en musique.
- L'Oreille en colimaçon
Radio France
Enregistrements effectués à partir d'une émisson de Radio France. L'ensemble des titres aborde le thème des quatre éléments et
fonctionne très bien avec les enfants.
-
De bouche à oreilles
1 DVD + 1 livret de boîtier (68 p.)
SCÉRÉN-CNDP - 2004
Réalisé par la même équipe que L'Oreille en colimaçon,
et très réussi du point de vue sonore, ce DVD réunit des rencontres avec des musiciens qui rendent accessibles à tous par des explications claires, les œuvres qu'ils interprètent ou qu'ils ont composées. En particulier :
La Grenouille et la Pluie par Jean-François Vrod, L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel,
Récitations de Georges Aperghis,
Sur Incises de Pierre Boulez.
- L'histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
Luis Sepulveda,
texte dit par Bernard Giraudeau.
2004
La musique, au service du texte, indique simplement au lecteur de tourner les pages, mais le travail de la voix est intéressant et peut aider les élèves à comprendre les rôles des différents personnages. On pourra par exemple leur faire écouter, puis lire le texte, puis réécouter et repérer qui parle en surlignant les paroles des différents personnages.
- Pierre et le loup
Musique de Prokofiev, raconté par Tom Novembre
Naïve - 2004
Un mélange intéressant qui associe une version française et une version anglaise. Les auteurs ont conservé l'idée de Prokofiev en utilisant des instruments associés à chaque personnage. Cette œuvre est toujours intéressante pour faire comprendre la notion de thème musical.
Travailler les motifs en musique et en littérature
Thèmes, variations et exercices de styles :
- Les exercices de style de Raymond Queneau peuvent être mis en parallèle avec les préludes de Bach (exercices pour s'échauffer), les études de Chopin...
- On peut rapprocher Le A de Claude Ponti avec des morceaux qui déclinent des variations sur un élément. Dans Le A, les poussins étudient la lettre A qui exprime ses sentiments en fonction de ce qu'ils lui font subir.
En musique, de nombreux exemples sont possibles :
-
Dans Ricercare, Ligeti travaille sur le principe : 1er morceau : une note ; 2ème morceau : 2 notes ; 3ème morceau : 3 notes. Avec sa note, il joue avec la pédale du piano, les sons graves, aigus.
- Dans certains morceaux de Giacinto Scelsi (par exemple Quatre morceaux pour une seule note - 1959), un orchestre entier joue la même note. Cela donne un son continu harmonieux dans un style méditatif et introspectif.
-
Antonio Carlos Jobim décline une samba basée sur une note principale.
En lien avec les arts plastiques et la typographie, les élèves pourront chercher de quelle façon un artiste peut explorer les possibilités d'un seul et même élément (motif, couleur, police, forme...) et analyser la complexité qui en découle.
Dans Les chemins de la littérature au cycle 3 (p.184), Nicole Wells développe une définition du motif littéraire : "...le motif se développe discrètement à l'arrière-plan. Il s'inscrit dans le décor de la fiction et passe relativement inaperçu au départ. Ce n'est que par une lecture attentive que l'on peut percevoir comme une forme d'insistance, une sorte d'obsession de l'auteur. Par exemple la récurrence du rouge ou de l'odeur des roses dans L'Ogrelet... Tout peut devenir motif dans l'œuvre d'un auteur : le jeu sur le sens propre et le sens figuré chez Rascal, ou l'arbre chez Ponti. Ou bien d'une œuvre à l'autre, le motif du mur par exemple, installe un scénario dans lequel le franchissement de l'obstacle permet l'accès à un monde mystérieux, inconnu et met en place la quête du personnage".
- Dans Le grand murmure d'Anne Brouillard, un album un peu fantastique (C2/C3), le fil conducteur est le fil du téléphone. La question est de savoir qui parle, qui est présent, absent physiquement... et le lecteur a des difficultés à démêler tout cela. L'évolution de la situation de départ est toujours très intéressante chez Anne Brouillard. Ses albums et celui-ci en particulier pourront être mis en parallèle avec une œuvre musicale dans laquelle deux instruments (accordéon / violoncelle), dans des registres très différents (l'un est dans l'extrême aigu et l'autre dans l'extrême grave) évoluent et après tout un jeu de dialogue, une rencontre, un cheminement, se retrouvent à des places respectives inversées.
À partir de morceaux où il est facile de repérer ce genre d'élément (bas / haut), on pourra demander aux élèves de rechercher une histoire qui présente deux personnages, une situation initiale, une rencontre ou des événements puis une situation finale différente.
La Symphonie fantastique de Berlioz, dans laquelle un thème se retrouve d'un bout à l'autre comme un leitmotiv (le fantôme de la bien-aimée apparaît de temps en temps du début à la fin) aidera à faire comprendre cette notion de motif qui se répète.
Notion de point de vue et polyphonie
La notion de point de vue et de polyphonie peut aussi être comparée.
- En musique : plusieurs instruments (chacun une voix) permettent d'obtenir la polyphonie. Par exemple, une chorale à quatre voix va produire un morceau polyphonique. Les voix peuvent se superposer.
- En littérature, la lecture se faisant de façon linéaire, l'écrivain se trouve confronté à un problème pour distinguer différents points de vue. La reconstruction intellectuelle est nécessaire.
Dans Les Histoires pressées de Bernard Friot, l'enquête est racontée par le cheveu sur l'accoudoir du fauteuil. Dans Le loup est revenu, de Geoffroy de Pennart, chacun raconte à sa façon la nouvelle apprise dans le journal. Une même histoire peut être racontée à plusieurs voix (Une histoire à quatre voix, Verte). L'enfant océan propose une version moderne du Petit Poucet avec des voix et des points de vue différents.
Le traitement du temps
- En littérature, on peut aussi donner l'impression du temps qui passe. Dans Max et les maximonstres, l'histoire se déroule dans des temps différents : le temps de la colère de Max et le temps réel de la maman. La colère de Max s'étire sur tout l'album, et l'auteur joue sur deux images qui cernent une histoire.
- Les fugues de Bach sont construites sur le même principe (un élément musical est raccourci, le tempo s'accélère.
En musique, il est facile de repérer les ralentissements produits par des mélodies lentes, larges ou les accélérations. Les rythmes qui se resserrent donnent l'idée de la fuite.
Par exemple, dans le
Combat du temps et de la désillusion de Handel, pour donner l'idée du temps qui fuit, du combat entre le temps et la beauté qui passe, le compositeur installe un affrontement entre un orchestre et une cantatrice, des vocalises et des strates de violon très serrées pour donner l'idée de la poursuite.
Le traitement de l'espace
- En musique, le relief est donné par la distribution des instruments, les plans sonores.
- En littérature, l'enseignant demandera aux élèves de repérer si les personnages ou l'atmosphère sont influencés par le temps ou le lieu, si les descriptions donnent une image particulièrement claire du lieu... (L'œil du loup, Rouge Braise...)
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| Thème | Musique | Livre | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Guerre / Histoire | La liste de Schindler | Otto, autobiographie d'un ours en peluche (Tomi Ungerer) | Plus largement, les musiques de films sont particulièrement adaptées pour établir des résonances avec des livres qui évoquent l'histoire |
| Les plaisirs simples de la vie | - Mathieu Boogaerts - Raphael |
- Entre fleuve et canal (Nadine Brun-Cosme - Points de suspension) |
- Thème du divorce, tentative de rapprochement des parents
|
| Science-Fiction | - Le Grand Bleu - La plupart des œuvres de forme sonate |
L'enfant des sables (Nadja) | - À la fin de l'histoire, l'enfant a grandi et il a résolu son problème - En musique, le thème est exposé, se transforme, est réexposé à la fin |
| Évocation de paysage | - Les rivages lointains (Malavoi) - Khadja Nin (Cameroun, Afrique) - Ekova (Détroit de Behring) - Concertos de Vivaldi |
- Ma vallée (Claude Ponti) - Symphonie pastorale (Gide) |
Liens entre des descriptions de lieux et des paysages sonores |
| Perturbation | Symphonies de Mahler, de Wagner | La tempête (Claude Ponti) | |
| Drame des ghettos | The Boyash Gypsis | - Cours sans te retourner (Uri Orlev) - Otto, autobiographie d'un ours en peluche |
Adoption / abandon |
| Variations sur un motif |
- Ricercare de Ligeti - Quatre morceaux pour une seule note (Giacinto Scelsi) |
- Les exercices de style (Raymond Queneau) - Le A de Claude Ponti |
voir plus haut |
| Voyages imaginaires | L'enfant et les sortilèges (Ravel) | Max et les maximonstres (Sendak) | |
| Poésie | - Le marteau sans maître, Le visage nuptial, Le soleil des eaux (Pierre Boulez) - Odes et ballades, Les Orientales (Camille Saint-Saens) |
- René Char
- Victor Hugo |
Ces exemples sont proposés pour aider à développer, non à canaliser. Les enfants seront bien sûr incités à proposer d'autres idées.
Les enfants n'ont pas de passé musical et reçoivent donc la musique différemment des adultes, sans se poser de questions. Ils ont moins d'a priori et la musique contemporaine leur est donc plus accessible qu'aux adultes. Le premier conseil à donner aux enseignants est d'obtenir le silence avant tout travail musical : ne jamais faire écouter de la musique n'importe comment ni n'importe où. Une mise en scène est nécessaire à une écoute de qualité et la musique en fond sonore est à bannir. Le rôle du maître est aussi de donner les règles ; en effet,
la contrainte oblige à créer davantage.
Par ailleurs, il est nécessaire d'aménager des moments où on écoute pour le plaisir comme des moments où on lit pour le plaisir.
Il faut nourrir les élèves intellectuellement par des écoutes variées et se placer dans une situation d'écoute (écouter les ambiances dans une école, sortir pour enregistrer des ambiances...), afin de leur permettre de s'approprier des références culturelles et de progresser dans leur création. La création ne part pas de rien.
Faire comprendre et ressentir sans les mots
On pratiquera en alternance des activités d'écoute (écoute pour le plaisir et écoute active), de création et de lecture. Les élèves prendront ainsi l'habitude de faire des rapprochements.
| Jeu vocal : créer une musique à partir du mouvement |
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| - Consigne : Chercher une musique qui s'inspire du mouvement des moulins. Le mouvement sera d'abord mémorisé par le corps ce qui aidera à l'acquisition des cellules rythmiques ou mélodiques. - Au début, les idées seront peu originales, généralisées (glissando de la voix, montant et descendant) - travail de recherche sur des vitesses différentes, nuances différentes, amplitudes différentes, manières différentes d'associer les sons : liés, hachurés, scandés, irréguliers, timbres différents... - Lors des productions collectives, garder l'oreille vigilante pour intégrer son moulin dans l'ensemble de sorte qu'il ne soit ni trop prépondérant ni complètement submergé. |
Quelques activités de recherches sur les mots et la musique :
Création de paysages sonores :L'écoute active
Pour faire comprendre une notion musicale, on l'associe à une activité, un geste. Demander aux enfants de faire un mouvement pour distinguer chaque thème. On se rend compte que certains enfants évoluent sur la pulsation, d'autres sur le rythme et les rencontres se produisent.
- Restituer vocalement ce qu'on entend.
- Coder à l'aide de couleurs
- Prendre des photos au cours de l'écoute.
À noter :
Les compositeurs d'aujourd'hui composent à partir de l'ordinateur et modifient le son en fonction du regard et de la bande qu'il ont sous les yeux.
De même que la lecture a changé, ces technologies changent la façon d'entendre et de composer.
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consulter la bibliographie
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Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 20/06/2006
