CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

retour au calendrier La poésie en partage

Atelier du livre
mercredi 18 janvier 2006

Intervenantes : Nathalie Mansuy-Todeschini et Laure Delattre

Laure Delattre et Nathalie Mansuy-Todeschini

Laure Delattre est responsable de l'Atelier du livre, une structure départementale de Seine et Marne.
Nathalie Mansuy-Todeschini est bibliothécaire, responsable du secteur jeunesse et petite enfance à la médiathèque départementale de Seine-et-Marne. En parallèle, elle est chargée des acquisitions de livres dans le domaine de la littérature (notamment poésie et théâtre). Elle a dirigé pendant quatorze ans la bibliothèque municipale d'Avon où elle a créé un fonds de poésie contemporaine et a organisé des lectures-rencontres avec des poètes contemporains (Juliet, Maulpoix, Goffette, Bianu, les poètes portugais Judice, Echevarria et des ateliers d'écriture avec Malineau).
Elle a également suivi plusieurs stages sur la poésie contemporaine dans le cadre de la formation continue des bibliothécaires et a étudié la littérature allemande (licence d'allemand).


 
Au sommaire de cette animation :

Introduction
Extrait de l'intervention de Jean-Pierre Siméon lors du colloque "Les rendez-vous littéraires"
La poésie, tentative de définition du genre
Les différentes tendances de la poésie contemporaine
Pistes pédagogiques pour présenter la poésie en classe
Les éditeurs et les collections de poésie destinées à la jeunesse
Le printemps des Poètes
Bibliographies

  

Introduction    

Nathalie Mansuy et Laure Delattre nous proposent ici une animation à deux voix.
Celle de Laure Delattre pour l'éducation nationale, qui tentera de répondre à la question "que fait-on de la poésie en classe ? " et celle de Nathalie Mansuy-Todeschini pour la lecture publique, concernant les médiations et les choix de textes. La poésie se prête particulièrement à la lecture à haute voix et l'animation fut ponctuée de lectures variées.

La poésie est un genre littéraire assez méconnu, qui suscite souvent des préjugés. Le premier constat est que la poésie gêne, elle fait peur. On la qualifie d'ennuyeuse, de difficile, voire d'intellectuelle. On la conçoit hors du monde. Mais il faut être optimiste. En effet, lorsque Nathalie Mansuy-Todeschini était directrice de la bibliothèque d'Avon, elle organisait des soirées poésie et des rencontres lecture avec des poètes invités. Ces soirées commencèrent par de petits comités de vingt ou vingt-cinq personnes. Au cours des dernières années, elles réunissaient quatre-vingts personnes. En amenant les lecteurs à pénétrer dans le monde la poésie, on leur ouvre des portes vers une richesse et un partage culturel qui les fidélisera petit à petit.
Lecture par les formatrices de Ceci est un poème qui guérit les poissons (Jean-Pierre Siméon, Rue du monde) et Gherasim Luca, Passio passionnément (André Velter, Éd Jean-Michel Place)
retour au sommaire 

L'avis de Jean-Pierre Siméon   

Jean-Pierre Siméon. Photo site infoculturelle.free.frJean-Pierre Siméon, porte-parole de la poésie et directeur de l'association Le printemps des poètes donnait son avis sur les représentations de la poésie, lors d'un colloque organisé en avril 2002 en Seine et Marne : Les Rendez-vous Littéraires.

Quand on demande à la plupart des gens une définiton de la poésie, ils répondent comme les enfants, "la poésie, c'est la rime, c'est joli, agréable, c'est le rêve et l'évasion". Ces trois grands piliers des représentations sont constants jusqu'à l'âge adulte. Mais en fait, pour Jean-Pierre Siméon, il existe autant de définitions de la poésie qu'il y a de poètes. La poésie est dans une métamorphose perpétuelle dans le temps et dans l'espace, ceux du poète et ceux du lecteur.
On ne peut pas définir la poésie par un aspect formel, aussi fréquent soit-il dans le patrimoine poétique français. La rime n'est pas plus indispensable à la poésie que la moustache l'est à un individu : on peut la raser sans changer profondément cet individu. C'est un ornement. Définir la poésie par un aspect formel, c'est se risquer à de grandes désillusions et de graves erreurs.
La poésie est une langue étrangère dans la langue commune, dans sa propre langue. C'est en cela qu'elle est capitale, essentielle dans l'acte éducatif, car inventer la langue dans sa propre langue, c'est inventer sa liberté. Quand on invente la langue, quand on la bouscule, quand on la déplace, c'est la compréhension du monde qu'on bouscule et qu'on déplace. C'est à chaque fois du neuf que l'on crée, en soi et entre soi et le monde, et il n'y a rien de plus enthousiasmant dans un acte éducatif.
Pour ce qui est du qualificatif de "joli", il ferait de la poésie une harmonie et une conséquence édulcorée d'une mise en avant du beau du 17ème siècle, des bons sentiments, qui impliquent fadeur et fadaises. La poésie peut inclure le beau mais le poète utilise aussi des barbarismes, des grossièretés. Quand on dit c'est beau, on vise autre chose que le formel, symétrique. Cela renvoie à un bouleversement en soi, une expérience heureuse.

Quand on parle d'évasion, on touche à la raison d'être de la poésie. S'évader ? Échapper au réel, au quotidien. Ce serait de la distraction, du divertissement.
À l'école, pendant longtemps, la poésie était considérée comme un divertissement et dans l'emploi du temps, l'enseignant la plaçait en fin de matinée, ou en fin d'après-midi, voire en fin de semaine. Au moment où les choses sérieuses étaient évacuées, assimilées, on se permettait le petit moment agréable de la poésie, sans évaluation. Cette activité de récitation était un moment de bonheur partagé qui allégeait la pression scolaire et dont l'enjeu aux yeux des enfants et dans l'esprit des enseignants était faible.
La poésie n'est ni la distraction ni le divertissement, qui sont synonymes de fuite. Le divertissement prend toute la place dans notre société, sans arrêt à nous arracher au coeur du problème. On nous occupe, on nous divertit et les questions ne sont pas posées.
Or, la poésie est à l'opposé de cela : elle est le retour de plein fouet dans le réel. Tous les grands poètes, de Homère à Néruda, de Du Bellay à Shelley, nous parlent des enjeux de l'existence, des questions métaphysiques, de la peur, du désir, du dépassement de soi, le regard devant l'abîme... Il faut rendre à la poésie sa gravité et lire aux enfants dès la maternelle des poésie graves, qui ont du poids. Si on veut que les enfants éprouvent en eux la nécessité de l'enjeu poétique, qu'ils en fassent l'expérience, il faut leur lire des poèmes qui parlent de la vie, de leur réel complexe, mystérieux, fait de conflit entre le positif et le négatif.
retour au sommaire

Définition du genre      

Ce que dit Jean-Pierre Siméon de la poésie pourrait se dire de l'ensemble de la littérature. Quand les enseignants se penchent sur le choix des textes, on entend souvent dire que la littérature contemporaine est triste, qu'elle ne parle que des malheurs du monde, de la mort... Jean-Pierre Siméon proposait lors de cette intervention un début de réponse à ces réflexions.

Son discours va à l'encontre des pratiques habituelles à l'école ou au collège et semble décalé par rapport aux représentations des enseignants sur la poésie. Il provoque des questions sur le statut de la poésie à l'école, sur le choix des textes, sur la façon dont les élèves sont invités à dire la poésie...

Le statut de la poésie peut être rapproché de celui de la BCD, souvent considérée comme un lieu plaisir, où on vient se détendre. Et dans l'esprit des enfants elle apparaît comme un bonus de moindre d'importance, pas très sérieux. Si on veut donner à la poésie un statut différent, il va falloir la présenter différemment en tant que passeur, et lui donner une place importante dans l'espace et dans le temps. Cette idée rejoint la place de la création littéraire à l'école qui a une responsabiblité très grande dans la transmission de l'envie, de la flamme que vont récupérer les enfants. Nathalie Mansuy-Todeschini se souvient que ses premiers émois poétiques datent de l'école primaire où la récitation était sa discipline favorite.
La poésie doit être oralisée pour pouvoir être partagée. La notion d'échange et de la place du corps quand on "dit" devant les autres est très importante. Un climat de confiance est indispensable.

La démarche de Nathalie Mansuy-Todeschini par rapport à la découverte de la poésie et son travail de passeur est en accord avec le discours de Jean-Pierre Siméon qui cherche à bousculer les idées reçues. Plus on lit de poésie et de théâtre, plus on se rend compte que ces deux genres littéraires sont très en prise avec le monde, même si parfois certaines poésies présentent un côté disharmonieux et chaotique assez audacieux (L'inventeur de l'amour de Gherasim Luca). Certains pays, comme le Portugal ou le Japon donnent une place très importante à la poésie, beaucoup plus populaire et accessible qu'en France. Les poètes parlent du réel, du désir, de la menace, en particulier dans les poèmes inuits.
La poésie est le genre qui investit le plus la réalité. Roberto Juarros , un poète argentin, a beaucoup travaillé sur cette notion de poésie-réalité : "je vis le poème comme une explosion d'être, par-dessous la langue".

Le tireur de langue. Rue du mondeLa poésie nous renvoie à la complexité, elle est questionnement. La langue poétique est subversive, elle est une remise en cause de la langue qui permet de toucher l'inconnu. Elle est plaisir, dans la confrontation avec le réel. La poésie est une expérience profonde, comme le montre un poète fondamental du vingtième siècle, Reiner Maria Rilke. La poésie est également "intranquilité" ( Fernando Pessoa), lieu d'éveil, contraire à l'air du temps et à l'endormissement, elle réveille. Lire la poésie, c'est être prêt à accueillir l'étrangeté, l'imprévu et l'incongru (poèmes d'Henri Michaux, de Norge, dans Le tireur de langue, Rue du Monde). Ce type de texte porte à discussion avec les enfants, très à l'écoute de ce qu'on peut leur transmettre.

Lire la poésie c'est l'aborder en tant que lecture polysémique. Le poème nous livre l'infini de chaque chose, de chaque être, et permet d'en découvrir l'illimité. La poésie est engagement d'un sujet (Neruda, Char, Juliet). L'engagement n'est pas seulement au sens politique, mais plus largement, engagement au monde. Par exemple, la résistance de René Char transparaît dans ses poèmes avec une grande subtilité, en filigrane (Le René Char, Mango).

La poésie est une manière d'habiter la langue. Elle peut parfois être perçue par l'enfant, sensible au rythme du poème, comme une langue étrangère. Elle est aussi dépaysement et appelle à la lenteur et au trouble. Être passeur de poésie à l'école ou en bibliothèque, c'est avant tout la lire et la faire entendre, loin de toute analyse savante qui ne peut dire l'insaisissable. Il faut investir le poème, être présent au texte. Chaque lecteur établit un sens, l'interprête et le comprend à sa façon. Chaque lecteur est autonome et libre face au poème qui s'appréhende par le biais du sensible. De même que devant un tableau, on a le droit de ne pas tout comprendre, de percevoir avec les sens. Le poème étant encore plus ouvert à l'interprétation qu'un autre texte littéraire, il peut rester des énigmes. Même le poème classique peut être anecdotique en surface mais nécessite d'aller au-delà de l'anecdote pour comprendre son sens véritable (Fables de La Fontaine).
Le poème est à lire en profondeur et non en surface dans sa linéarité. Il faut l'aborder avec simplicité, confiance, en s'accordant le droit de ne pas tout lire. Chacun doit pouvoir trouver un poème qui lui correspond tant la diversité et la richesse des écritures poétiques est grande. Le rôle du passeur est de faire découvrir toute cette diversité (aphorismes, haïkus, poèmes classiques, prose...).
retour au sommaire

Les tendances de la poésie contemporaine   

De même que pour le théâtre, Nathalie Mansuy-Todeschini ne met pas de barrière entre poésie adulte et poésie pour enfant. La poésie contemporaine qui s'écrit aujourd'hui pour les enfants est influencée par de grands poètes qui ont écrit pour les adultes. L'enfant peut être sensible à des poèmes très complexes grâce à la musicalité, même si tout n'est pas compris. On ne parle plus de textes destinés aux enfants mais de textes accessibles aux enfants.
C'est l'expérimentation qui va définir cette notion d'accessibilité. Les enfants vont tout à fait se rendre compte que les poèmes de mots inventés ne sont pas dans la langue habituelle.

Le contexte éditorial de la poésie contemporaine   

Ces vingt dernières années, six cents livres sont publiés en moyenne annuellement, allant des publications à compte d'auteur au livre de poche. Les tirages sont faibles et s'élèvent en moyenne à mille exemplaires (Cheyne : 800 ex, P.O.L. : 1500 ex.). Il y a très peu de réédition, Nathalie Mansuy-Todeschini. Photo Chantal Bouguennecseulement pour les valeurs sûres. Quatre-cent-cinquante à sept-cents revues sont publiées par an et présentent en moyenne entre cinq et vingt-cinq nouveaux auteurs.
Un jeune poète est un poète de quarante-cinq ans. Un bon poète est un poète mort ! La critique littéraire dans la presse n'aborde quasiment pas la poésie contemporaine. Le Monde des livres qui paraît toutes les semaines, ne consacre qu'une page tous les trois mois à la poésie contemporaine. Elle est par contre très représentée chez les petits éditeurs qui par ailleurs sont peu connus et peu diffusés. On peut d'ailleurs rendre hommage aux listes préconisées par l'éducation nationale qui leur font une large part. Certaines collections de grands éditeurs telle que la prestigieuse collection Poésie de Gallimard ainsi que des anthologies sont largement diffusées dans le circuit des librairies (tirage de cette collection : 15000 à 25 000 exemplaires). Mais la durée de vie des collections est très précaire.

La poésie est absente du système commercial et médiatique : on parle peu des prix de poésie (prix Mallarmé, Apollinaire, prix de la ville de Lyon, prix de l'académie française, prix Artaud...). Cependant on peut constater ces dernières années que la poésie en France a connu une phase ascendante, en particulier grâce au travail de l'association Le printemps des poètes, qui est devenue une structure permanente chargée de la promotion de la poésie en France et un lieu ressource national. L'action culturelle des maisons de poésie (Nantes, Paris, Marseille, Belgique...) n'est pas toujours très connue, mais mérite d'être prise en compte. La Maison internationale de la poésie de Marseille, en particulier, est un lieu ressource incontournable.

Cerner les différentes tendances de la poésie contemporaine   

L'approche formelle   

Deux grandes tendances apparaissent :
- une poésie qui prend la parole sur le monde, qui se place du côté du sens. Ses représentants parmi les poètes connus du vingtième siècle sont les surréalistes (René Char).
- en opposition, une poésie qui récuse la parole et se veut poésie du texte et de la forme (Nathalie Quintane, les poètes de l'Oulipo, de Tel Quel, Valère Novarina...).

La vie promise. Guy Goffette - Mercure de FranceOn peut établir un parallèle entre deux autres tendances :
- la poésie lyrique où la voix du poète exprime ses affects. Le nouveau lyrisme, le lyrisme critique, est la tendance importante dans ce type de poésie (Jean-Michel Maulpoix - Une histoire de bleu ; Guy Goffette - La vie promise ).
- la poésie conceptuelle, qui travaille la forme et refuse tout affect et tout message. Emmannuel Hockart et Olivier Cadiot sont vraiment des tenants de cette poésie.

Les poètes lyriques, qui se placent dans la transmission de la parole et de l'oralité, qui expriment leur univers et leur sensibiblité avec une poésie qui parle à l'âme, permettent une approche plus facile du genre pour les néophytes qui n'ont pas l'habitude d'entendre de la poésie. Néruda, en particulier, est emblématique d'une poésie incarnée. La poésie formelle est plus hermétique, plus intellectualisée.
Mais ce versant de la poésie lyrique, pourtant plus facile à aborder, est peu connu. La bibliographie proposée recense quelques titres qui méritent d'être lus pour aborder le genre.

La poésie se présente sous des formes très variées : vers compté, vers libre, poème en prose, happening, performance, le slam... Ce sont ces voix multiples qu'il faut essayer de faire entendre.
retour au sommaire

Pistes pédagogiques   

Pistes pédagogiques proposées par Laure Delattre pour présenter la poésie en classe

Le propos de Laure Delattre s'inscrit en cohérence avec les instructions officielles pour voir comment aborder la poésie sous les quatre dimensions : lire, dire, mémoriser, écrire.

Guy Goffette pense que les enfants sont naturellement sensibles à la poésie "parce qu'elle parle plus à l'oreille et à l'imaginaire qu'à l'intelligence ; les enfants sont donc plus à même de la recevoir que les adultes déjà formatés par une logique toute cartésienne qui vient de l'école, de l'université, des médias. Les enfants ne cherchent pas à comprendre, ils ressentent, ils entendent des couleurs, voient un monde se dessiner. La poésie, on la lit avec le nez, avec les oreilles, beaucoup plus qu'avec les yeux... Le poème est un condensé de vie qui appartient à un monde où l'irrationnel a la plus grande part."

Lire   

C'est dans ce domaine que les enfants vont avoir le plus de possibilités d'échanges, d'interprétations possibles, de part la nature de ce texte singulier.
Le sourire de Jules. AlternativesLes listes et les sélections montrent surtout qu'il est primordial de diversifier les textes au maximum. En effet chaque enfant reçoit les textes, personnellement, de façon différente.
Avoir un rendez-vous régulier avec la poésie est très important. On peut placer ce moment au début de la journée : le maître lit un poème qu'il a choisi, ou encore un enfant, à l'issue d'un atelier de lecture, lit un texte qu'il a particulièrement aimé. Ces poèmes collectés pourront ensuite constituer le répertoire commun des lectures poétiques de la classe, élaboré par les élèves eux-mêmes.

L'enseignant peut proposer des ateliers de lecture de poésie : par petits groupes, les élèves choisissent des textes, les travaillent soit pour se les approprier dans le but de les présenter aux autres, soit pour en faire des lectures à plusieurs voix. Lorsque l'activité est très régulière, ces échanges provoquent souvent un engouement et même les élèves timides ont envie de dire les poèmes qui les touchent ; ainsi, très peu d'enfants restent à l'écart.

La sélection des poésies est faite préalablement par le maître, avec la possibilité de procéder à des entrées thématiques, dans le cas d'un projet de classe plus global (par exemple : la nature, le feu, la ville, le racisme, la guerre, la mémoire, l'amour). Dans ce cas, il est très intéressant de mettre en perspective les différents textes sélectionnés. Les enfants aiment se livrer à ce travail de comparaisons des différentes sensibilités, des différentes écritures.
Les recueils sont intéressants car la préface ou la postface donne souvent des éléments de contexte de l'écriture, ou des éléments biographiques du poète qui peuvent éclairer la lecture et aider à la compréhension du texte.

Dire   

Aujourd'hui, tout le monde est unanime pour reconnaître la nécessité de dire la poésie.
Quelques anthologies peuvent nous aider : l'anthologie de Jacques Roubaud, 128 poèmes composés en langue française de Guillaume Apollinaire à 1968, donne de précieux conseils et informations sur l'accentuation et la façon de la travailler. Par exemple, l'accent dit tonique est toujours sur la dernière syllabe d'un syntagme, ce qui permet de mettre en avant la structure syntaxique du texte, et par là L'oiseau bleu. Rue du monded'aider à l'accès au sens.
L'enseignant peut mettre en place des exercices d'entraînement vocal, par exemple, demander aux enfants de choisir un mot dans un poème ou dans un fragment de poème. Puis, en se déplaçant, oraliser le mot :
- en chuchotant puis en augmentant le volume jusqu'à crier ce mot
- en variant le rythme
- en variant la hauteur (tonalité normale, grave, aigüe)
- en chargeant le mot de diverses émotions (peur, colère, tristesse, hilarité ?) Il est possible ensuite de faire le même exercice avec un vers entier.

La mise en voix est un outil d'aide à la compréhension des poèmes (comme de tout autre texte littéraire) et les petits exercices destinés à travailler la voix pourront être réinvestis dans la lecture de poésie.

Mémoriser   

La mémorisation de textes et de phrases fait partie de notre vie, de notre comportement. La mémorisation d'un poème est une sorte de souvenir intime que l'on garde en soi pour la vie. Le désir d'apprendre par coeur vient très facilement aux enfants habitués à entendre et à Écrits sur une écaille de carpe. L'Amourierlire. On peut expliquer aux plus grands qu'apprendre par coeur, c'est tenter de saisir et retenir la forme d'un sens.
Il est important de laisser le plus possible le choix aux élèves des poèmes qu'ils souhaitent dire et apprendre, leur faire confiance.L'adulte est parfois surpris par les choix des enfants qui sont souvent touchés par des textes complexes. Même des poèmes aux mots difficiles, voire inventés peuvent attirer l'enfant et il peut avoir envie de les mémoriser de la même façon que d'autres poèmes plus classiques. L'humour ou la gravité, la musique, la sonorité peuvent aider à la mémorisation. La mémoire s'appuie parfois sur autre chose que le sens.
Le maître lui aussi choisit à certains moments des poèmes à lire, dire et à faire apprendre.

- Exemple de jeu d'aide à la mémorisation : sur un poème écrit au tableau, on pointe ensemble quelques repères (de forme, esthétique, rythmique...). Petit à petit, on efface le reste pour ne garder que ces repères. On se souvient et on restitue ce qui est effacé.

L'enseignant doit s'efforcer de proposer une diversité maximale de poèmes. Il peut trouver ses ressources dans les bibliothèques, les médiathèques, à l'Atelier du livre... Préparer une sélection est nécessaire, c'est une ouverture pour les élèves, à condition que cette sélection soit suffisamment variée. On peut différencier les textes proposés à la mémorisation et ceux proposés à la lecture et à l'écoute.

Écrire   

L'écriture est un acte solitaire même si l'impulsion est collective. La poésie, et en particulier les textes de poésie formelle sont souvent, depuis quelques années, support d'écriture.
On utilise souvent le pastiche comme amorce efficace, à partir d'une forme repérée. Par exemple à partir d'un texte de Tardieu, faire imaginer une suite.
On peut aussi aborder le travail de création de manière ludique : collages, cadavres exquis, contraintes du type de celles initiées par l'OULIPO. Après lecture, la classe choisit les textes qui semblent les plus intéressants sur le plan de la langue ou sur le plan poétique et en constitue un recueil.
Presque poèmes. Écriture poétique. La Martinière jeunesseOn peut encore créer des ateliers d'écriture à partir d'une recherche lexicale qui constituera le matériau de l'écriture, ou partir de situations inductives : écoute musicale, observation d'oeuvres picturales... (Presque poèmes. Écriture poétique, Bernard Friot, La Martinière jeunesse 2005).

Le travail de collectage et de copie d'extraits est également intéressant car il permet aux enfants de travailler leurs choix, de réfléchir à la résonance que les poèmes ont en eux. De même qu'un carnet de littérature, les élèves pourront posséder leur carnet de poésie personnel. Dans ce carnet, recopier des fragments choisis, écrire les émotions, les pensées qu'ils suscitent. Ils pourront travailler la mise en forme du texte dans la page, l'organisation et le rythme.
On peut faire intervenir le choix de support (type et taille du papier), des instruments, du type de calligraphie, de mise en page. La copie peut être destinée également à l'affichage.
On pourra travailler à partir de déclencheurs, matériel linguistique : liste de mots, premier vers. ou non linguistique : image non figurative, fragment sonore. (Écriture poétique. La Martinière jeunesse). Faire attention à l'ordre des éléments, à l'originalité, à la mise en page.

Réaliser des jeux sur l'image :
- À partir de pliages, un enfant écrit sur un papier une question commençant par "qu'est-ce"., cache sa proposition en pliant le papier, écrit c'est . Un autre enfant doit faire une proposition de réponse. On lit les différents résultats de la classe et on choisit ceux qui nous semblent les plus intéressants.
- Même procédé avec deux éléments de comparaison séparés par comme.
- En allant plus loin et en proposant des éléments d'articulation (comme, et, mais, dans .) à intercaler entre chaque proposition de groupes de mots, on arrive à l'écriture de cadavres exquis littéraires.
- Collecter les images, comparaisons, métaphores dans un ensemble de poésies et faire un dictionnaire d'images.

Poésie / arts plastiques :
On peut faire dialoguer des tableaux, des sculptures, des photographies avec des poèmes, et réciproquement. On pourra mettre en relation l'œuvre picturale d'un artiste avec des poèmes. On pourra rapprocher des œuvres plastiques et poétiques d'une même époque, d'un même courant (Dada par exemple).
Illustration plastique : le choix des moyens, le choix de ce que l'on décide d'illustrer incitent à explorer en profondeur ce qu'on a lu du poème.
Il est intéressant aussi d'explorer l'illustration à partir des collections de poésie illustrées proposées par les éditeurs. L'enseignant pourra par exemple demander aux enfants de rendre une tonalité, une couleur, un rythme, par les arts plastiques.
Inversement, il peut proposer aux élèves une illustration, un tableau, et après avoir discuté avec eux de la place de l'illustration dans la poésie, leur proposer d'écrire à partir de cette image. On pourra ainsi travailler sur le va-et-vient entre illustration et texte. Par exemple, dans Pour un peu (Olivier Masuet - Le Dé bleu), le poète explore certains objets de la vie quotidienne (caillou, tiroir, avion...) et utilise une illustration très symbolique.

La production d'anthologies des poèmes appréciés par la classe peut être l'occasion pour les élèves de s'exprimer sur la façon dont ils perçoivent les poèmes et de débattre de leurs choix. Il faut penser à établir un lien perpétuel entre la lecture et l'écriture.
La première démarche pour faire aimer la poésie aux élèves est de mettre les livres à leur disposition et de lire très souvent pour que ce type de texte leur devienne familier, habituel.
retour au sommaire

Quelques éditeurs et collections à remarquer   

Gallimard
Collection Enfance en poésie. Gallimard jeunesse7, rue Sébatien-Bottin
75007 Paris

Guy Goffette dirige la collection Enfance en poésie qui propose un riche catalogue de sélections de textes d'un poète, ainsi que de petites anthologies thématiques (les animaux, l'école...)
Folio junior, pour des plus grands, propose aussi des anthologies (20 poètes pour l'an 2000).
Folio benjamin réunit quelques titres, par exemple Jacques Prévert illustré par Jacqueline Duhême.

Mango
2, rue Caroline
75017 Paris

La collection Il suffit de passer le pont (albums Dada) présente un chanteur ou un poète (Prévert, René Char...). L'intérêt de la collection réside principalement dans la complémentarité et la richesse du travail graphique réalisé par des plasticiens, en écho avec le poème. La collection propose aussi des anthologies (poésie surréaliste, poésie arabe, allemande...).

Rue du monde
5, rue de Port-Royal
78960 Voisins-le-Bretonneux
Le catalogue de Rue du Monde est à présent très riche et ouvert à la poésie internationale : anthologies sur la nature, l'environnement, l'interculturalité, le racisme, la paix... Ces anthologies proposent souvent des poèmes bilingues. Il sera intéressant d'associer les parents parlant une langue étrangère à leur lecture. Cette activité crée des relations fortes et touchantes dans un moment de partage.
La collection Les petits géants reprend un poème d'un poète célèbre (Charles Cros, Boris Vian, Paul Éluard, Paul Fort, Blaise Cendrars...) illustré par un artiste (Nathalie Novi, Katy Couprie...) dans un petit fommat carré. C'est une collection très réussie.

Collection Poèmes pour grandir. CheyneCheyne
43400 Le Chambon-sur-Lignon
Un petit éditeur dont Jean-Pierre Siméon dirige une collection poésie : Poèmes pour grandir.

Lo Pais d'enfance
160, rue de Combat
83300 Draguignan

Le Dé Bleu (Collection Le Farfadet bleu)
85310 Chaillet-sous-les-Ormeaux
L'illustration de la collection est très belle et apporte une poésie supplémentaire, un côté précieux.

Motus
Landemer
50460 Urville Nacqueville
Les éditions Motus produisent en particulier des textes de Michel Besnier (Le verlan des oiseaux), très en phase avec le langage contemporain.

Soc et Foc
3, rue des Vignes
La Bujaudière
85700 La Meilleraie-Tillay
SOC et FOC est une association qui édite des textes courts (essentiellement de la poésie). Le plus souvent, un poète est associé à un illustrateur, parfois à un compositeur.

Seuil jeunesse
7, rue de Savoie
75006 Paris

Milan
300, rue Léon Joulin
31101 Toulouse Cedex 09
Jean-Hugues Malineau a publié chez Milan une anthologie incontournable : Mille ans de poésie. La pertinence du corpus est impressionnante et aborde le répertoire du Moyen-Âge à nos jours. L'ouvrage propose un index et des entrées par genres, dont le haiku.

Sur un petit cheval gris. Didier jeunesseDidier jeunesse
8, rue d'Assas
75006 Paris
La collection Pirouette regroupe des comptines variées très joliment illustrées. La comptine, forme poétique du domaine de la tradition orale, peut permettre d'aborder un travail autour de la langue avec les petits, mais le choix des textes mérite une attention particulière si on veut rester dans le genre de la poésie.

L'école des loisirs
11, rue de Sèvres
75006 Paris
Les albums de poésie de L'école des loisirs ont pour intérêt de mettre en rapport poésie et peinture.

Un genre particulier : le haïku   

Fourmis sans ombres, le livre du Haïku. PhoebusLe haïku est un petit poème en trois vers écrit pour saisir l'instant, le restituer sans vouloir faire d'effet. Dans la poésie contemporaine, on s'attache à l'importance des rythmes et à la place du texte dans la page. Mallarmé en est le précurseur. Le haïiku est un bel exemple d'agencement du poème et de la langue sur la page. D'où l'importance de proposer l'objet livre aux élèves, les photocopies ne restituant pas cet élément, ni la place du poème dans le recueil.
Quelques références pour découvrir le haïku :
- Fourmis sans ombres, le livre du haiku (Maurice Coyaud - Phoebus) . À signaler pour ce titre : une partie sur l'amour comporte quelques haïku érotiques.
- Cent onze haïku (Bashô - Verdier)
- Haïku, anthologie du poème court japonais (Corinne Atlan, Zéno Bianu - Gallimard poésie)
- Issa et Buson : deux poètes japonais à lire pour découvrir le haïku.

La poésie peut être brièveté et émotion. La forme poétique donne au lecteur la possibilité de déambuler, se promener à travers les textes, y revenir avec la plus grande liberté. Jean-Hugues Malineau anime des ateliers de haïkus dans les classes, et sait rendre l'esprit de ce genre pour faire un beau travail autour de la poésie.
retour au sommaire

En complément   

Un dossier sur Éduscol : La poésie à l'école
Ce dossier s'appuie sur les sélections ministérielles des ouvrages de poésie pour proposer des suggestions pédagogiques, fruit de la réflexion d'un travail d'équipe.

Le Pôle National de Ressources Poésie
Mis en place à l'initiative de la Mission de l'éducation artistique et de l'action culturelle, le pôle de ressources consacré à la poésie rassemble une ou plusieurs structures artistiques, un Institut Universitaire de Formation des Maîtres et un CRDP susceptibles de proposer des actions de formation à vocation nationale et d'être des lieux ressources pour la documentation.

Le Printemps des poètes   

Logo du Printemps des poètesLe Printemps des Poètes est une manifestation nationale initiée en 1999 et soutenue par le Ministère la culture et de la communication (Centre National du Livre) et par le Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

L'action de l'association "Le printemps des poètes" est très importante. La manifestation se déroule chaque année en mars. Les poètes sont très soucieux de travailler en direction du public scolaire. Leur démarche permet de mettre la poésie à l'honneur dans différents lieux (bibliothèques, écoles, gares...) et de réaliser un travail au niveau de l'édition. La thématique du printemps des poètes 2006 est Le chant des villes et une anthologie sortira cette année autour de ce thème.

en savoir plus
retour au sommaire

Bibliographies   

Des sélections de poésies
L'édition de poésie

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 15/01/2005

retour au calendrier

© Académie de Créteil/CRDP/Télémaque - 15/01/05  contact
ANIMATIONS Accueil Télémaque Accueil CRDP accueil du site académique