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Lecture et mises en réseaux de livres

Madeleine Couet-Butlen
CRDP

Intervenante : Madeleine Couet-Butlen

Cette animation fait référence aux travaux de Catherine Tauveron et Bernard Devanne.

L'intérêt de la mise en réseau    

La mise en réseau concertée de textes est un moyen privilégié de construire une culture littéraire. Un livre ne peut prendre racine qu'à partir d'une mémoire culturelle spécifique à chaque enfant. D'où l'intérêt de construire une culture commune dans la classe, afin d'échanger à partir de cette mémoire culturelle commune.
Les résultats des évaluations de CE2 mettent en évidence des difficultés de quatre ordres :
- la désignation des personnages (repérer le nombre de personnages, faire la différence entre personnages présents, personnages évoqués)
- les repérages spatio-temporels, la chronologie de l'action
- le système d'énonciation (qui parle et à qui s'adresse le texte ?)
- le repérage des connecteurs logiques et des connecteurs de temps
L'enseignant doit donc avoir ces difficultés en tête pour mettre en œuvre des activités.

Les programmes de 2002 préconisent certaines démarches pour entrer dans les textes litttéraires dont la mise en réseau de ces textes. La mise en réseaux est une opération intellectuelle fondamentale. Il s'agit de créer les conditions pour que les enfants associent, dissocient, explicitent, bref, mettent en relation, pour ensuite déduire des règles qui seront ensuite stabilisées.
Ces mises en relation, ces comparaisons, à force de pratique, de rencontres, gagnent progressivement en précision et en pertinence : l'enfant met en réseaux en ce sens qu'il exprime une relation perçue entre tel livre présenté et d'autres livres précédemment rencontrés. Il compare les éléments du récit : présence d'un même personnage, similitude de la structure narrative (répétitive notamment), thème récurrent… Il fait partager sa propre démarche de pensée en réseaux.
Cette manière de penser est au cœur de tout apprentissage : repérer les analogies et les différences. Lorsqu'il apprend à parler, l'enfant se construit des catégories linguistiques en associant et en dissociant des éléments de la chaîne orale.
Sur les textes, la mise en réseaux procède des mêmes principes, elle ne peut être que le fait de l'enfant. Elle a besoin de temps de réception et de temps de production sous forme de partages avec les pairs, de relectures, de feuilletages… pour permettre aux enfants d'exprimer ce qu'ils ont perçu.

Sur quels critères réunir des albums, des textes ?   

L'objectif de ces mises en réseaux est de mieux comprendre les textes et les récits littéraires. Il convient alors de distinguer l'approche des textes en réseaux de la pratique ordinaire du groupement par thèmes. En effet, celui-ci ne correspond pas toujours à des objectifs d'apprentissage clairement identifiés. Le thème abordé est souvent le seul élément fédérateur, sans attention particulière pour la manière dont le sujet est traité, et de ce fait, cette pratique n'est pas susceptible d'organiser des savoirs sur le fonctionnement des textes et de la langue écrite.
Il convient d'opérer des groupements d'ouvrages construits selon des principes analogues, afin de permettre aux enfants d'accéder au fonctionnement des textes. : permanence des personnages, rôles des héros, diversité des structures narratives…Ces principes, identifiables par les enfants, permettent de développer des pouvoirs de lecteur, en fonction des groupements proposés par le maître.

Ainsi on pourra distinguer deux types de réseaux :  

Des réseaux pour faire découvrir ou structurer le socle des références culturelles communes :   

Autour des genres littéraires : mise en résonance du texte lu avec d'autres textes appartenant à la même lignée, pour saisir les normes, les variantes du genre, le degré de conformité ou d'originalité du texte lu (policiers, contes, romans autobiographiques, romans d'aventure, romans historiques… ).

Autour des symboles particulièrement vivaces dans notre imaginaire collectif (eau, feu, mur, couleurs, saisons… ) et présents dans la littérature.

Autour des mythes et légendes fondateurs de notre société et présents en filigrane dans la littérature de jeunesse (Icare, Ulysse, Jonas… )

Autour de personnages types, traités dans notre littérature comme des figures, et de l'imagerie qui les accompagne (le loup, la sorcière, le héros invincible.., le vilain pas beau)

Des réseaux pour faire identifier des singularités   

IllustrationSingularité d'une reformulation (réseaux hypertextuels) qui conduit à regrouper dans le réseau le texte et son intertexte (citations explicites ou allusions, adaptations, réécritures, plagiats, parodies, détournements..). Il s'agit de mieux saisir les clins d'œil adressés au texte source (Le petit chaperon rouge, Les trois petits cochons, Le vilain petit canard… ).

Singularité d'un procédé d'écriture : permet d'aborder avec de jeunes enfants la notion de point de vue, la figure du silence, la place et le rôle du narrateur, le désordre chronologique, le schéma narratif en alternance, la structure répétitive…

Singularité d'un auteur pour peu que cet auteur ait un univers propre, permettant de regrouper dans sa production, les œuvres qui s'éclairent mutuellement (Boujon, Solotareff, Corentin, Browne, Ponti… et bien d'autres)
La connaissance de l'œuvre d'un auteur permet d'affiner la compréhension, l'interprétation de chacune de ses productions. Les histoires entendues s'inscrivent dans la mémoire ; et deviennent des références. Les enfants s'imprègnent de l'univers langagier de l'auteur, tissent une relation de connivence avec lui, comprennent qon intention d'écriture, et par là même, construisent peu à peu la notion d'auteur, si difficile à mettre en place.

Nous avons organisé au CRDP au mois d'avril une animation spécifique sur l'exploration d'un univers singulier d'auteur.
Lire le compte-rendu de cette animation.

Comment rendre possible la mise en réseaux   

L'abondance des lectures magistrales vise à constituer un vécu narratif commun à la classe pour rendre possibles et efficaces les échanges entre pairs.
La programmation des lectures est envisagée sur un temps assez long (selon Devanne 6 ou 7 semaines), afin de stabiliser les états successifs de savoirs, pour ensuite les déstabiliser et les rendre plus complexes, plus interactifs. Cette programmation doit rester ouverte afin de tenir compte des avancées des enfants, de leurs intérêts.

Un double principe pour organiser la cohérence :     

Dérouler simultanément plusieurs fils conducteurs en faisant jouer le jeu des rapprochements et des oppositions, ce qui suppose la fréquentation d'auteurs aux styles différents, de récits de formes différentes.Loulou. L'école des loisirs

Créer des effets de proximité, d'opposition :
- par effet cumulatif : par exemple connaissance d'un nombre suffisant d'histoires mettant en scène le même personnage. Les réseaux sont constitués par le maître, ou par les élèves s'ils ont déjà découvert plusieurs livres présentant des analogies identifiées par eux.
- par effet rétroactif : les nouvelles lectures éclairant le fonctionnement de lectures plus anciennes et réciproquement.
- par effet contrastif : par exemple surprise liée au statut inattendu d'un personnage familier (le loup ami d'un lapin).

Développer des conduites de mise en réseau   

Mettre en relation pour donner du sens
Organiser des savoirs sur le livre par le biais des échanges :
- savoirs sur l'auteur
- référence immédiate aux autres ouvrages
- reconnaissance de caractéristiques plastiques (couleurs, lignes, décor…)
- horizon d'attente par rapport aux personnages récurrents
- rôles des différents personnages (principaux et secondaires)
- savoirs sur les récits et leur fonctionnement
- repérage et explicitation de la structure répétitive, la structure en alternance…, en boucle…).

Percevoir, élaborer, expliciter des classes de récits :   

Les mises en réseaux successives conduisent les enfants à formuler les règles spécifiques à une classe donnée (récits de points de vue, histoires répétitives, en alternance, notion de genre... ).
Après effectué un travail sur les stéréotypes du roman policier, on pourra aussi aborder une comparaison de romans qui proposent des fausses pistes au lecteur : les enfants seront amenés à repérer, par le système de désignation des personnages et les divers procédés d'écriture, de quelle façon le lecteur est mis sur une fausse piste.
Pour reprendre l'exemple du point de vue, il est intéressant de repérer les récits conduits du point de vue d'un personnage (héros ou personnage secondaire, animal familier ou non, avec distance humoristique ou non), ainsi que de faire se confronter plusieurs points de vue dans un même récit (Petit renard perdu, Une histoire à quatre voix). Il est intéressant également de repérer l'expression des points de vue dans l'image, et dans le texte.

Des outils : bibliographies et grilles de lecture   

Lors de cette animation, les participants ont travaillé, à titre d'exemple, sur ces entrées de mises en réseau :

De la petite taupe... MilanLe schéma narratif répétitif (récits en randonnée)
- Le bonnet rouge (John Rowe - Nord Sud 2000)
- Bon appétit Monsieur Renard (L'école des loisirs 2000)
- Edwina l'émeu (Sheena Knowles - Kaléidoscope 1999)
- Edouard l'émeu (Sheena Knowles - Kaléidoscope 1999)
- De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête (Werner Holtzwarth - Milan 1999)
- La promenade de M.Gumpy (John Burningham - Flammarion 1999)
- Rebecca la poule (Bob Graham - Flammarion 1997)
- La chasse à l'ours (Helen Oxenbury - Kaléidoscope 1997)
- Perdu ! (Antonin Louchard - Albin Michel 1996)

Les petits bonshommes sur le carreau. RouergueLe schéma narratif en alternance
- Monsieur R. et Mademoiselle B. (Carole Chaix - Frimousse 2002)
- Rue des deux maisons (Élisabeth Brami - Seuil 2001)
- Maman était petite avant d'être grande (Valérie Larrondo - Seuil 1999)
- Ne te mouille pas les pieds, Marcelle (John Burningham - Flammarion 1999)
- Veux-tu sortir du bain, Marcelle ! (John Burningham - Flammarion 1978)
- Les petits bonshommes sur le carreau (Olivier Douzou - Rouergue 1997)

Points de vue différents ou originaux
Et Pit et Pat à quatre pattes. L'école des loisirs- L'enfant Océan (Jean-Claude Mourlevat - Pocket junior 2002)
- Verte (Marie Depleschin - L'école des loisirs 2001)
- Une histoire à quatre voix (Anthony Browne - Kaléidoscope 2000)
- La fugue (Yvan Pommaux - L'école des loisirs 1995)
- Je suis le chien (Katy Couprie - Le sourire qui mord 1993)
- Petit renard perdu (Louis Espinassous - Milan 1991)
- Et Pit et Pat à quatre pattes (Jeanne Ashbé - L'école des loisirs 1997)
- Zoom (Istvan Banyai - Circonflexe 1995)
- Zoom (Isabelle Pelissier - L'école des loisirs 1993)

Explorer des univers singuliers d'auteurs
Le crapaud perché. L'école des loisirsQuelques livres de Claude Boujon à mettre en réseau :
- Je mangerais bien une souris ( L'école des loisirs - lutin poche 1999)
- Cousin Ratinet (L'école des loisirs - lutin poche 1996
- Un bon petit ogre (L'école des loisirs - lutin poche 2000)
- Le lapin loucheur (L'école des loisirs - lutin poche 2002)
- La fée au long nez (L'école des loisirs - lutin poche 2001)
- Dents d'acier (L'école des loisirs - lutin poche 1999)
La chaise bleue. L'école des loisirs- Pauvre verdurette (L'école des loisirs 2002)
- L'apprenti loup (L'école des loisirs 2002)
- La brouille (L'école des loisirs 2000)
- Le crapaud perché (L'école des loisirs 2001)
- Tignasse (L'école des loisirs 1991)
- Bon appétit Monsieur lapin (L'école des loisirs 2002)
- Bon appétit Monsieur Renard (L'école des loisirs 2000)
- On a volé Jeannot lapin ( L'école des loisirs 2001)
- Toutou dit tout (L'école des loisirs 1993)
- Verdurette cherche un abri (L'école des loisirs 1996)
- Un beau livre (L'école des loisirs 2001)
- La chaise bleue (L'école des loisirs 1998)
- Ah ! Les bonnes soupes (L'école des loisirs 2002)

Le lapin à roulettes.  L'école des loisirsQuelques livres de Grégoire Solotareff à mettre en réseau :
- Trois sorcières ( L'école des loisirs 2000)
- Moi, Fifi (L'école des loisirs 1993)
- Un jour, un loup (L'école des loisirs 2001)
- Quand je serai grand, je serai le père Noël (L'école des loisirs 1999)
- Théo et Balthazar (série)
- Mathieu (L'école des loisirs 1992)
- Non mais ça va pas ? (L'école des loisirs 2003)
- Un chat est un chat (L'école des loisirs 1998)
- Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin (L'école des loisirs 2001)
- Toute seule (L'école des loisirs 1998)
- Le lapin à roulettes (L'école des loisirs 2000)
Toi grand et moi petit. L'école des loisirs- Toi grand et moi petit (L'école des loisirs 2000)
- Mon frère le chien (L'école des loisirs 1992)
- Le diable des rochers (L'école des loisirs1998)
- Loulou (L'école des loisirs 2001)


Des grilles de lecture à télécharger et à adapter avec les enfants pour travailler sur
La structure répétitive
La structure en alternance
Le point de vue
Un univers singulier d'auteur

Les animations pédagogiques sur l'utilisation des albums au cycle 1 et des albums au cycle 2 proposent également des groupements de livres par centre d'intérêt.

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 30/04/2004

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