Atelier
du Livre
Melun
16 mars 2005
Intervenante : Laure Delattre
Présentation de l'Atelier du livre et de ses ressources :
- Lieu conseil, lieu de formation, lieu d'information
- Fonds de 12000 documents
- Prêt de malles
- Site internet.
Après la présentation de la cassette vidéo réalisée
à la suite du Rendez-vous Littéraire, disponible dans toutes
les circonscriptions du département de Seine et Marne, réflexion
sur les enjeux de l'entrée officielle de la littérature à
l'école :
- Construire une culture littéraire partagée quelles que soient
les origines sociales
- Contenus / méthodes
- Réconcilier l'école, le livre, la littérature, la lecture
(par rapport à la scolarisation pesante de la lecture qui dégoûterait
les enfants de lire - cf J. Hébrard)
- La littérature permet de travailler le commun et le personnel
- Moyen de lutte contre l'exclusion
- Cultiver le goût de la prise de risque personnelle et intellectuelle.
En se référant cette fois-ci au document d'application adressé à tous les enseignants du cycle 3, essayer de pointer les points forts en différenciant les démarches préconisées et les démarches exclues :
-
Temps raisonnable de parcours de l'uvre (< ou = à 15 jours)
- Compréhension, interprétation et non explication
- Institutionnalisation de moments de lecture en classe avec temps important :
entre 4H 30 et 5H 30 de littérature par semaine (1 heure par jour)
- On insiste sur la lecture à voix haute du maître
- 4 instruments pour parcourir le texte ; "La lecture silencieuse
ne peut être considérée comme un acte didactique"
- Lecture partagée, notion de débat au service de la compréhension
et de l'interprétation tout en reconnaissant que toutes les interprétations
ne sont pas possibles
- Programmation des lectures au long du cycle : obligation de travailler
en équipe (+ voir programmes p. 187)
- Ne pas oublier l'image
- Accent mis sur la lecture à haute voix
- Va et vient entre lecture et écriture (pas de grande nouveauté
mais réaffirmation du principe)
- Lecture personnelle contingentée et guidée : un livre par
mois
- Documents d'application avec une sélection pré-établie
dans tous les genres
Présentation des livres de la liste et des critères de choix
qui ont présidé à la sélection des ouvrages.
Liste officielle pour la littérature au cycle 3
Distribution aux participants d'un outil d'analyse et d'aide à la lecture :
Grille
d'analyse à télécharger au format PDF (Acrobat)
Analyse collective de cette grille.
Qu'est-ce que la lecture littéraire ?
Historiquement, l'intérêt de la lecture a longtemps porté
sur l'auteur, puis sur le texte.
Les théories récentes de la perception avec Hans Robert Jauss,
Wolfang Iser, Umberto Ecco et Michel Picard nous invitent à prendre en
compte le pôle du lecteur comme complément de l'uvre. Il
s'agit d'une révolution conceptuelle, d'une nouvelle définition
du texte, un système de relations entre signe et lecteur. Une uvre
est un texte, mais aussi l'ensemble de ses réceptions.
Le sens qui a longtemps été conçu comme quelque chose de
fixe se construit désormais, au vu de ces théories, dans l'interaction
entre le texte et le lecteur.
Hans Robert Jauss s'intéresse au lecteur ; il donne un statut différent
à l'objet littéraire : un livre a la propriété
d'être réactivé à chaque lecture. Le lecteur est
une instance plurielle et mobile. Avec l'évolution dans le temps, il
y a des changements d'effet de lecture. Le lecteur se réapproprie le
texte. Tout texte arrive sur une culture, sur des valeurs. Ces attentes vont
permettre d'appréhender le texte. On parle d'horizon d'attente.
Dans l'activité de lecteur, il y a une part de création à
impulser chez les élèves. La lecture devient vraiment plaisir
si le lecteur fait uvre de création.
Sans aucune expérience du monde on ne peut envisager de lecture littéraire.
La lecture littéraire permet de basculer dans l'illusion. Lire de la
littérature, c'est se trouver dans une double posture de ravissement
et de distanciation (j'interroge ce dans quoi je décide de basculer).
C'est autour de cela que s'organise l'échange autour des textes en classe :
qu'est-ce que ça me dit et pourquoi ?
Les enfants sont capables d'adopter cette double posture et cela très
tôt.
Pour oser adopter cette posture, il faut passer par une mise en sécurité
de parole. L'enfant doit être au clair par rapport à ses droits
et à ses devoirs (par rapport au texte, aux autres lecteurs et à
lui-même - pas de dérision).
Catherine Tauveron, en relation avec la définition qu'elle donne d'un
texte littéraire, pense que la lecture littéraire, c'est adopter
un comportement de lecture tel qu'on s'attende à ce que tout élément
fasse signe, c'est un jeu de stratégie entre un lecteur singulier et
un texte singulier, c'est se mettre en état d'alerte, se préparer
à accomplir un travail d'interprétation (travail conscient de
recherche de signification). De ce point de vue, contrairement à une
vision traditionnelle des choses, l'interprétation ne suit pas la compréhension,
elle est incluse et y participe.
Ceci implique que les textes donnés à lire, et ce dès le
CP, ne soient pas directement lisibles, lisses et plats, mais au contraire "résistants"
(dans certaines limites), la lecture ne devenant plaisir que si la créativité
du lecteur entre en jeu. Il faut également que la capacité à
interpréter, constitutive du savoir-lire, soit développée
dès l'amorce même de l'apprentissage de la lecture.
Favoriser l'émergence des "potentialités de significations du texte" :
Être conscient qu'un texte n'a pas un sens unique pour tous, qu'il dépend aussi des connaissances, de l'expérience, des compétences du lecteur, et favoriser le partage des interprétations.
Apporter des connaissances culturelles nécessaires à l'interprétation en amont :
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Avoir recours à la transtextualité : |
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| - Architextualité = genre | ||
| L'entrée par le genre facilite l'anticipation et donc le processus de compréhension, permet d'éduquer le jugement, de situer chaque texte dans des ensembles qui forment le paysage littéraire, d'identifier sa conformité ou non conformité aux canons, de mesurer sa part de tradition et d'originalité. | ||
| - Intertextualité = référence d'un texte à un autre texte | ![]() |
|
| L'intertextualité est le fait pour un texte de s'approprier un
autre texte en le citant, le plagiant, le parodiant, ou en y faisant allusion. L'intertextualité, lorsqu'elle est perçue procure un plaisir certain, celui qui nait du clin d'il saisi, de l'humour partagé, plaisir également d'un échange avec la mémoire, le savoir. |
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Favoriser la lecture en réseaux : |
||
| Le travail de lecture en réseaux contribue largement à la constitution d'une culture littéraire. Le rapprochement thématique se révèle souvent didactiquement pauvre (ex. Noël, les escargots…). Lui préférer le réseau intertextuel, le réseau autour d'un auteur, le réseau par genre, le réseau de motifs ou scènes (ex. : la scène de la première exploration de l'île dans les robinsonnades, la scène du dévoilement du coupable dans les romans policiers…), le réseau des variantes d'un même texte, le réseau centré sur un personnage (ex. : le loup , la sorcière, l'ogre…), le réseau par "ingrédients" du récit (ex : la description, les modes de narration…) | ||
Ils sont à adapter en fonction des problèmes de compréhension et d'interprétation que les textes soulèvent.
Texte in extenso
Permet dans un premier temps au lecteur de s'immerger dans l'univers du
livre qui procure le plaisir de savoir "ce que cela raconte". Le maître
peut aider en proposant une présentation d'accroche ou en organisant
des rendez-vous de lecture, en lisant certains passages à voix haute.
Dévoilement progressif
Le maître découpe stratégiquement le texte parce que celui-ci
conduit délibérément le lecteur sur de fausses pistes.
On favorise ainsi les errances interprétatives nécessaires et
propices à la compréhension du texte. Ceci doit être pratiqué
sur un temps court : une ou deux séances.
Lecture-puzzle
L'objectif est d'attirer l'attention des élèves sur des indices
qui sinon passeraient inaperçus, et de mettre ces indices au service
d'une interprétation fine.
Désordre concerté
Ce type de présentation rompt avec la lecture linéaire, soit parce
que le texte joue de cet ordre, soit parce que le maître choisit volontairement
d'occulter les données premières du texte afin d'entraîner
ses élèves à problématiser un texte.
Avec / sans illustrations
Sans illustration lorsque le texte fonctionne de façon autonome et que
l'image n'a qu'une fonction d'illustration qui risque parfois de figer les possibilités
d'interprétation. En revanche lorsque l'image est complémentaire
ou en opposition, on ne peut les dissocier.
Si illustrations : toutes / quelques unes
avant la lecture du texte
après la lecture du texte
pendant la lecture du texte
Texte seul / texte inscrit dans un réseau
Si inscrit dans un réseau :
réseau construit avant la lecture du texte
réseau construit après la lecture du texte
texte lu directement dans le réseau
On alterne les traces écrites :
- réponse à une question
- exprimer ce que l'on a compris
- proposer un résumé, un titre
- indiquer les passages qui posent problème
- passer d'un récit à la troisième personne à un
récit dialogique
et les échanges oraux par petits groupes et en grand groupe.
La dernière partie de l'animation fut consacrée à la reprise de la grille d'analyse (voir plus haut) et à son utilisation concrète à partir des albums de la liste pour le cycle 3. Il s'agissait pour les enseignants de voir en quoi cette grille peut être une aide à la lecture des albums. Elle permet en outre de rechercher pour chacun l'entrée à privilégier et les modalités possibles de lecture en classe.
Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 20/12/2003
