CRDP académie de Créteil - Centre ressources littérature de jeunesse

Télémaque

Explorer un univers d'auteur

Atelier du Livre de Melun
mercredi 09 février 2005

Intervenante : Laure Delattre

 

Comment, à partir du travail d'un auteur pour la jeunesse, amener les élèves à explorer un univers singulier, à repérer les personnages, les thèmes récurrents, le style graphique, afin de contribuer à la construction d'une culture littéraire.

 

Les programmes de 2002 pour l'école primaire font de la maîtrise des langages la priorité des priorités. C'est l'occasion de faire le point sur les démarches préconisées et les démarches exclues dans le domaine du travail avec les livres de littérature de jeunesse dans les trois cycles.

 

 

 

Un petit tour par les I.O    

Parmi les démarches préconisées :  

La lecture à voix haute par le maître
Si cette pratique n'est pas nouvelle, la demande insistante qui en est faite est elle, nouvelle. L'importance de la reformulation est également soulignée.
La prescription de listes de livres (à caractère obligatoire pour le cycle 3, incitatif pour les autres cycles). On peut trouver ces listes sur Eduscol. Tous les enseignants de cycle 3 ont reçu le document d'application.
Les prêts de livres encadrés par les maîtres à la BCD.
La mise en réseau des livres
Si des listes de livres sont prescrites, il est néanmoins recommandé de mettre ces livres en relation avec d'autres, en organisant des parcours de lecture, importants à construire avec les élèves.
C'est cet aspect que cette animation met en valeur, avec la mise en réseau par auteur.
L'importance d'instaurer des débats interprétatifs (dès cinq ans) pour faire émerger la compréhension.
Proposer des livres qui favorisent la construction de connaissances, qui aident à augmenter les compétences de lecteur.
Le carnet de lecture :
Il peut être mis en place dès l'école maternelle et garde une trace personnelle des livres lus. L'intérêt du carnet de lecture est qu'il donne la possibilité de revenir sur d'anciennes lectures, avec un regard différent. Certains livres (ceux de Ponti, de Browne) peuvent se lire à tous les âges de la vie, avec des niveaux de lecture différents. Dans un bon livre, dit Christian Bruel, on va trouver du plaisir toute la vie.
On peut aussi avoir en classe ou en BCD une trace collective des lectures, sous forme de tableaux, d'affichage des coups de cœurs, de critiques littéraires…

Parmi les démarches exclues :   

Éviter de passer de trop longs moments à analyser de manière formelle les indications portées sur les couvertures, lors de la lecture d'un album.
D'autre part, le manuel ne peut en aucun cas être le seul livre rencontré par les élèves.
Ne pas passer trop de temps sur chaque texte et ne pas se livrer à des séances d'explication de texte qui seront le travail du collège.

La notion d'auteur   

C'est une notion qui se construit petit à petit, mais qui n'est pas évidente pour les enfants. On a l'habitude, depuis la maternelle, de présenter, lorsqu'on lit un livre, le titre, l'auteur, l'éditeur. Au fil des découvertes des textes d'un même auteur, se construit une connivence avec cet auteur, qui va créer un horizon d'attente.
Les mystères de Harris Burdick.  L'école des loisirsL'accès au style d'un auteur est une construction qui se réalise dans la durée : sphères de références par comparaisons (contrastes, puis en affinant et en percevant des variations à l'intérieur même d'une œuvre).
Les mises en réseaux qui permettent l'identification d'une œuvre s'appuient d'abord sur des illustrations, parce qu'elles ont un accès immédiat. Le texte proprement dit permettra progressivement de prédire les possibles narratifs.

Souvent, il y a confusion dans l'esprit des enfants entre le personnage narrateur et l'auteur du livre. Lorsque les enfants ne sont que dans le ravissement proche du rapt, il oublient l'auteur et perdent la notion d'intentionnalité de l'auteur. Quand l'auteur s'immisce dans le texte, cela provoque une mise en scène de l'écriture problématique, une mystification provisoire. (Les mystères de Harris Burdick de Chris Van Allsburg ; Moi, Fifi de Grégoire Solotareff). Confronter des élèves à cette rencontre avec un auteur fictif est intéressant et va participer à la construction de la notion d'auteur.

Des documents et des lieux ressources   

Des documents et des lieux ressources peuvent aider à travailler la notion d'auteur :    

Revue Griffon- Liste de sites sur la littérature de jeunesse (certains d'entre eux envoie vers des sites d'auteurs)
- Présentation de livres centrés sur des auteurs (Claude Ponti, Anthony Browne, Elzbieta, Ungerer…) ou de répertoires (Panorama des illustrations - Cercle de la librairie 1996)
- Les petits dossiers de l'école des loisirs sur certains auteurs (Marie-Aude Murail, Susie Morgenstern, Marie Desplechin)
- Les revues spécialisées (Citrouille, Griffon) qui proposent souvent des dossiers sur un auteur
- Il existe également des expositions sur l'œuvre de certains auteurs qui peuvent circuler dans les écoles. L'Atelier du livre de Melun dispose d'une exposition sur Philippe Corentin et d'une exposition sur Elzbieta, empruntables (contacter directement L'Atelier du livre à Melun).
- Des organismes ressources pour une mise en relation avec des auteurs (La maison des écrivains, la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse)

L'illustration dans l'album      

Dans un album, ce sont en grande partie les illustrations qui donnent à la fiction sa dimension expressive et esthétique. En regardant des albums aux styles et techniques graphiques diverses et multiples, les enfants enrichissent leurs propres représentations du monde, nourrissent leur imaginaire et distinguent différentes reproductions ou évocations du réel.

Analyse d'éléments graphiques de l'image   

- La taille de l'image : elle peut varier à l'intérieur du livre pour diverses raisons (ex : Max et les maximonstres)
- La taille du livre : une grande taille donne un sentiment de gravité, d'écrasement (Chien bleu, Jesus Betz)
- Le cadre : plusieurs types de cadres (blanc tournant, cerne noir, cadre avec texture, image pleine page…). Le cadre donne une impression de sécurité, d'univers clos. Sans cadre, tout est ouvert (remarquer l'évolution de la série Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent et l'effet produit). Des éléments qui sortent du cadre permettent à l'auteur d'attirer l'attention du lecteur sur quelques éléments (La grosse bête de M. Racine - Tomi Ungerer). Dans une illustration pleine page, le lecteur fait partie de l'histoire, il n'a pas le choix (Loulou).
- Les techniques graphiques : il est quelquefois difficile de déterminer (surtout aujourd'hui avec l'utilisation de l'ordinateur) quelle est la technique utilisée par l'illustrateur. Présentation d'albums proposant différentes techniques d'illustration. L'album Tout un monde (Antonin Louchard - Thierry Magnier) les regroupe presque toutes.
- Les couleurs : elles peuvent jouer un rôle dans la narration, participer de ce que veut dire l'auteur (Très très fort : opposition couleurs vives/noir et gris). On peut analyser la symbolique des couleurs : par exemple les couleurs de Malvina (Olga Lecaye) suggèrent la violence alors que les albums de Michel Gay évoquent une ambiance douce et reposante.
Anna et le gorille. Anthony Browne- Les plans : ils peuvent jouer un rôle descriptif souvent absent dans le texte des albums :
Le plan général et le plan d'ensemble fixent le cadre spatio-temporel de l'histoire.
Le plan moyen et le gros plan remplacent la description d'un personnage.
Le très gros plan, celui d'un élément signifiant du récit.
Les jeux entre les différents plans permettent de traduire des mouvements.
Le gros plan est un moyen d'expression connu. Il permet d'intensifier l'émotion (Anna et le gorille A. Browne).
- Chaque angle de vue a sa signification propre :
Un sujet vu en plongée donne l'impression qu'il est écrasé,
Un sujet vu en contre-plongée lui confère un sentiment de puissance
- Les indices sur l'intention de l'auteur : certaines images interpellent le lecteur et établissent une complicité avec lui (Yakouba)

Styles graphiques d'auteurs :

Quelques remarques concernant certains styles parmi les plus remarquables :
Frédéric Stehr, Michel Gay : monde ouaté, formes rondes sécurisantes
Toshiba, Ruth Brown : réalisme poétique
Nadja, Antoon Krings, Anne Brouillard, Antonin Louchard : fauvisme, très forte présence, expressionnisme (contrastes, couleurs soutenues Petit lapin Hoplà (Elzbieta). L'école des loisirsà histoires graves)
Claverie : mouvement, aquarelle, nuances et dégradés
Gabrielle Vincent, Philippe Dumas : dessins tout en finesse
Elzbieta : douceur, dessins sur papier de riz
Quentin Blake, Pef, Babette Cole, Tony Ross : caricature, humour
Boujon, Anaïs Vaugelade : proche de la caricature mais avec des traits plus marqués
Solotareff, Jennifer Dalrymple : style épuré accompagné de larges aplats de couleurs vives)
Olivier Douzou : stylisé, formes petites et minimalistes
Anthony Browne : inspiré du courant surréaliste
Ponti : inclassable, poétique, délirant, foisonnant

Les fonctions de l'image  

- Narrative (l'image, à elle seul, raconte toute l'histoire)
- Complémentaire au texte :
- indispensable à la compréhension (Le problème avec ma mère)
- en décalage avec le texte (L'Afrique de Zigomar)
- aide à la lecture (dans Qui est la bête ? l'image nous indique peu à peu qui est le narrateur)
- l'image situe le récit dans le temps (Un jour affreux)
- Renforcement de l'impact du texte : dans La promenade de M. Gumpy, l'image aide à construire la mémorisation.
- Appel aux références culturelles : dans Le billet bleu, on a parallèlement l'histoire du Petit Prince

Connaissance de quelques auteurs :   

Les auteurs choisis sont typés et leur œuvre peut s'adresser à des niveaux d'âge différents. Chaque cycle peut donc y trouver matière à travailler pour sa classe.
Atlas des géographes d'Orbae (François Place). Casterman- Grégoire Solotareff
- Claude Boujon
- Philippe Corentin
- Elzbieta
- Alain Serres
- François Place
- Anthony Browne

Un support d'aide à l'analyse : une grille de lecture pour comparer les livres d'un même auteur. A l'aide de cette grille, il s'agira, pour chaque auteur, de repérer le style graphique, les personnages récurrents, les thèmes récurrents et réfléchir à des dispositifs de présentation en classe.
Grille d'analyse à télécharger pour l'imprimer (format Acrobat)

Quels dispositifs de présentation ?   

- Au cycle 1, on peut déjà lire des livres d'un même auteur et inciter les enfants à faire des références intertextuelles.
Bon appétit ! Monsieur Lapin. L'école des loisirs- Préparer des activités autour d'une exposition des illustrations autour d'un auteur : elle crée le moment de mettre en lien l'œuvre et son auteur sous forme de jeu. Par exemple, choisir une œuvre et inventer un jeu (questionnaire, rébus, loto, reconnaissance de personnages, renvoi à des connaissances, chronologie…). On peut proposer de faire des échanges entre classes, de faire des affiches pour les parents…
- Imaginer d'autres pages d'un livre ou transformer la fin, en gardant le style de l'auteur, la cohérence du livre (par exemple, dans Bon appétit monsieur lapin de Claude Boujon, conserver le principe d'alternance)
- Activités de tris, d'intrus à trouver, qui permettent d'évaluer les compétences acquises dans le domaine de la reconnaissance du style d'un auteur.
- Repérer certains motifs récurrents dans les histoires (personnages ou décors) et chercher de quelle façon les différents auteurs les représentent.
- Jeu de l'oie (celui de Savoir Lire avec les BCD peut s'adapter pour tous les niveaux).

Une rencontre avec un auteur :   

Il faudra l'organiser à l'intérieur d'un projet et en prévoir le coût. On pourra :
- Préparer le dictionnaire du vocabulaire, des thèmes de cet auteur. Faire une maquette des objets de son univers.
- Réaliser un dossier de presse sur l'auteur et mettre en regards les différentes informations trouvées.

Compte rendu rédigé et mis en ligne par Chantal Bouguennec le 16/02/2005

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